« La fille du roi des marais », Karen DIONNE

A 18 ans, Helena a changé de nom. Pas question de continuer à être reconnue comme celle surnommée par les médias « La fille du roi des marais ». L’homme avait enlevé une jeune fille de 16 ans, qui porterait ensuite son enfant, pour la séquestrer 12 années durant dans une cabane perdue au fin fond des marais du Michigan. C’est grâce à Helena qu’elle et sa mère ont pu s’échapper. Lui, il a été emprisonné … enfin jusqu’à ce qu’il s’évade, aujourd’hui, en tuant deux gardiens de prison. Et Helena, de peur qu’il s’en prenne à ses deux petites filles, laisse son mari (auquel elle n’a jamais confié ses origines) et ses enfants pour partir à sa recherche, bien décidée à l’empêcher définitivement de lui nuire…

Deux fils narratifs se croisent dans le roman : le présent, avec Helena traquant son père, et le passé, où elle nous raconte sa vie autrefois dans les marais. Deux trajectoires parallèles qui pourraient permettre à Helena de progresser à nouveau dans sa vie, si tant est qu’elle échappe aux griffes de son père. Il y a aussi, en filigrane, des fragments d’un conte d’Andersen utilisé comme une allégorie de la relation qu’Helena entretient avec son père.
Le présent est un peu plus convenu mais ça fonctionne, même si j’ai trouvé que ça ne thrillait  que vers la toute fin. L’élève affronte le maître, car son père a enseigné à Helena toutes les techniques permettant de pister dans la nature ; elle s’en sert ici contre lui mais elle a affaire à forte partie.
C’est le passé qui m’a le plus accrochée, d’autant qu’il contient son lot d’interrogations et de suspense puisqu’on ignore comment Helena et sa mère ont fini par se tirer de leur guêpier. Et puis, au-delà de cette tension narrative, il y a au moins trois aspects passionnants dans ce récit. Le premier est l’existence du trio au sein des marais, sans eau courante ni électricité, telle qu’elle était organisée par le père, descendant d’Indiens et féru de leur culture et de leur mode de vie. Le respect de la nature, dont j’ai apprécié les descriptions, y est manifeste. Dans cet environnement isolé, Helena ne connaît le monde extérieur qu’à travers des numéros de National Geographic des années 50.
Le deuxième est la relation de la fille (ignorant tout de la situation réelle de sa mère) à son père, homme autoritaire et fascinant, soucieux de former son enfant selon ses propres conceptions de la vie. Avec la découverte, très tardive, des aspects les plus sombres de la personnalité de son père, Helena remettra en question ce qu’elle pensait de lui, mais elle continue à nourrir à l’égard de l’homme des sentiments forts et ambivalents.
Enfin, tout ce qui concerne les difficultés d’acclimatation d’ Helena, une fois qu’elle a rejoint la communauté de ses semblables, ne manque pas non plus d’intérêt.
Un bon moment de lecture !

« La fille du roi des marais », Karen DIONNE
Titre original « The Marsh King’s Daughter » (2017)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert
Editions J.C Lattès (400 p)
Paru en mars 2018

6 commentaires sur “« La fille du roi des marais », Karen DIONNE

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    1. Sujet OK pour moi et j’ai trouvé l’écriture de qualité. Non, j’ai juste quelques réserves sur le côté thriller, pour la partie au présent, parce que je ne peux pas dire que j’étais stressée en lisant le récit d’Helena traquant son père (alors que je l’étais, dans la partie au passé, quand on en vient au moment où on sait qu’elle et sa mère vont quitter la cabane et échapper aux griffes du père, et pourtant on connaît l’issue).

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    1. Je comprends ce que tu veux dire : ma fille cadette était en train de lire « My absolute Darling » quand je lui ai parlé de « La fille du roi des marais » … et on a convenu qu’on ne risquait pas d’enchaîner les deux livres, compte tenu de certaines similitudes dans les thématiques. Et j’ai effectivement pensé à « Room » pour l’après séquestration.

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  1. C’est Véronique je crois qui en disait beaucoup de bien. Du coup, j’ai demandé à ma bibliothèque de le commander. J’attends … Pour l’instant, je ne me sens pas prête à lire « My absolute Darling » il a l’air très gratiné.

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