« Mille ans après la guerre », Carine FERNANDEZ

Parce que Nuria, la sœur de sa femme morte depuis cinq ans, a décidé de le rejoindre à Talavera pour s’occuper de lui, le vieil homme prend la fuite, refusant de mettre un terme à son précieux isolement.
Accompagné de son chien Ramon, il retourne en Estrémadure. Là-bas, le paysage qu’il a connu n’existe plus car le village où il a passé sa jeunesse a été noyé sous les flots d’un lac artificiel créé par un barrage. Pourtant, ce voyage fait remonter à la surface les souvenirs tragiques liés à la guerre civile …

J’ai abordé « Mille ans après la guerre » avec curiosité, en espérant que ce roman pourrait m’aider à mieux appréhender ce que fut la guerre civile en Espagne. Objectif atteint et de bien belle manière : retraçant un humble parcours individuel, l’œuvre conjugue avec bonheur qualité de l’écriture et puissance d’évocation, sans manichéisme, des déchirements dramatiques vécus par un peuple.
Un livre pour raviver les mémoires peut-être oublieuses, à découvrir, sans aucun doute.

Extraits :
« Le vieux a retrouvé la peur qu’il croyait avoir laissée loin derrière lui. Elle ressemble comme deux gouttes d’eau à la terreur de la jeunesse, pendant la guerre, du temps de la servitude des camps. La jeunesse a disparu mais pas la peur, elle est là, dépouillée de ses fantasmes, une vulgaire pétoche de vieillard auquel on veut remettre le carcan.
Le vieux se cabre. Non, il échappera ! A tous les diables de Nuria, ses savates éculées et son ragoût de pois chiches. Ce n’est pas sa vie qu’il défend, c’est sa liberté. Sa liberté a un œil cerclé de noir et un sourire miraculeux. Sa liberté s’appelle Ramon. »

« Le vieux avance, escorté de son armée de fantômes, de son camp gris de vaincus, il avance, le regard brouillé, vers le drapeau rouge et or qui se déploie, au-dessus de la caserne de la guardia civil. Il voudrait ne pas le voir, l’effacer à jamais de son ciel d’Espagne et de sa mémoire. Qu’il le veuille de toutes ses forces n’y change rien. Pour cela aussi il est impuissant. Il n’a aucune prise sur le monde.
Rien ne peut faire que le drapeau ne soit là, devant lui, à lui claquer au nez ses deux couleurs auxquelles il manque la troisième : le violet de la République, la teinte du ciel quand vient le soir, la page mauve où les hirondelles écrivent leurs traits vibrants, leurs paraphes orgueilleux, leurs strophes à la liberté. Contre la dureté du monde, la méchanceté des hommes, il ne peut rien. »

« Mille ans après la guerre », Carine FERNANDEZ
éditions Les Escales (240 p)
paru en septembre 2017

Les avis, très positifs eux aussi, de Kathel et Delphine-Olympe.

4 commentaires sur “« Mille ans après la guerre », Carine FERNANDEZ

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