« Je m’appelle Lucy Barton », Elizabeth STROUT

Lucy Barton se souvient. Alors qu’elle était hospitalisée, sa mère qu’elle n’avait pas revue depuis des années surgit soudain à son chevet. Leurs bavardages, au fil des jours où la mère ne quitte pas la chaise près de son lit, font remonter à la surface des bribes de l’enfance misérable de Lucy, dans le garage qui leur tenait lieu de maison. Dans cette femme à ses côtés, à la présence radoucie, Lucy peine à reconnaître la mère qui semblait ignorer alors les souffrances de sa fille et se demande ce que nous laissons paraître de nos vies …

« Je m’appelle Lucy Barton » évoque tout en finesse et en sensibilité les blessures de l’existence et les non dits qui par moments affleurent douloureusement à sa surface. De la mère de Lucy, nous ne saurons jamais la vérité de ce qu’elle a ressenti, elle qui était incapable de dire qu’elle aimait, mais savons-nous jamais la vérité des êtres autrement qu’à travers ce que leurs actes en disent ? En contrepoint de ses échanges avec sa fille, le parcours de celle-ci prend forme sous nos yeux et la manière dont l’enfance et les comportements parentaux y ont laissé leurs traces. La composition subtile du roman, qui se poursuit au-delà de cette rencontre marquante mère-fille, permet la lente émergence des choses vécues. A voix basse mais insistante, et tout en invitant à s’interroger sur l’écriture et ce qu’elle dit de nous, Lucy creuse inlassablement le sillon de son récit : elle a l’âge où l’on peut se retourner sur son passé, l’examiner à loisir en cherchant à mieux en distinguer les contours incertains.
« Je m’appelle Lucy Barton », c’est l’écho d’une vie qui par ricochet nous renvoie à la nôtre et à laquelle la plume de l’auteur donne un relief tout particulier.

Extraits :

– Jeremy m’a regardée, le visage empreint d’une bienveillance sincère, et je me rends compte aujourd’hui qu’il avait compris ce que j’ignorais encore : que, tout en me sentant épanouie, je me sentais seule. La solitude est le premier goût que m’a laissé la vie, et il ne m’a jamais quittée, toujours tapi dans les interstices de ma bouche, comme un rappel.

– Je l’ai déjà dit : je m’intéresse à la façon dont on peut se sentir supérieur à quelqu’un d’autre ou à un autre groupe de gens. Ça arrive partout, tout le temps. Quel que soit le nom qu’on donne à ce besoin de trouver quelqu’un à rabaisser, je le considère comme ce qu’il y a de plus vil en nous.

« Je m’appelle Lucy Barton », Elizabeth STROUT
titre original My Name is Lucy Barton (2016)
traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon
éditions Fayard (208 p)
paru en août 2017

19 commentaires sur “« Je m’appelle Lucy Barton », Elizabeth STROUT

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  1. Je suis tellement d’accord avec le deuxième extrait et le pire c’est lorsque ce besoin de rabaisser existe dans un couple et que les deux s’amusent à ce jeu en soirée.

  2. J’ai aussi beaucoup aimé et je suis tout à fait d’accord quand tu parles de « finesse et sensibilité ». Un livre qui ne m’a pas laissé tout de suite, j’ai pensé à Lucy un bon moment après cette lecture!

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