« L’île aux mensonges », Frances HARDINGE

En 1860, Faith et sa famille, le petit Howard, son père le révérend Sunderly et son épouse, accompagnés du frère de celle-ci, sont contraints de se réfugier sur l’île anglaise de Vane, pour échapper aux rumeurs relayées par la presse : Sunderly, savant naturaliste en vue, aurait présenté comme vrais des fossiles trafiqués. Mais les flots ne suffisent pas pour arrêter l’opprobre scientifique et, sur place, le révérend se voit interdit de participation aux fouilles auxquelles il avait été convié. D’isolé, il se retrouve ensuite menacé …

Faith, quatorze ans, prend fait et cause pour son père, quelque sévère qu’il soit à son égard. Et lorsque le pire se produira, c’est elle qui s’acharnera, en dépit des dangers qu’elle court, à laver son honneur en mettant ses secrets au jour.

Ancré dans la période victorienne, où la théorie de l’évolution de Darwin a mis la communauté scientifique en émoi, « L’île aux mensonges » surprend par la rudesse réaliste de son propos lorsqu’il est question de la condition féminine et aussi de la place des enfants. Faith cumule les deux puisqu’elle n’est pas encore considérée comme une jeune fille. Sa mère l’utilise comme gouvernante de remplacement ; quant à son père, il l’écarte d’office du champ d’investigation scientifique qui la passionne, quand il ne lui affirme pas carrément qu’en tant que femme elle ne peut pas être dotée d’intelligence. Mais Faith n’a pas une posture de victime. Elle obéit à sa mère et s’occupe d’Howard (personnage très attachant, auquel on dénie le droit d’être gaucher, sans faire dans la demi-mesure puisqu’on coud sa manche gauche) et même si son père est dur avec elle (j’ai détesté son père), elle continue à l’admirer et à vouloir l’aider. Faith est une personnalité marquante, que je n’oublierai pas de sitôt. Les circonstances l’obligent à adopter un comportement contraire aux règles de son éducation et elle y va. Seule contre tous, elle prend l’initiative et, parce qu’il le faut, emprunte la voie du mensonge. Le titre anglais n’est d’ailleurs pas « L’île aux mensonges » mais « The Lie Tree », « L’arbre à mensonges », car le roman, qui baigne dans une ambiance sombre voire gothique, s’inscrit dans une veine fantastique, je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte.
Porté par une écriture de qualité, le roman chemine sur les pas de sa courageuse héroïne. En cherchant la vérité sur son père, elle finira par découvrir qui sont réellement ceux qui l’entourent. Tel n’est pas le moindre intérêt d’une quête qui, sous couvert d’aventures, conduit une jeune fille aux limites d’elle-même, au risque de se perdre.
Un roman bien mené, original et intelligent, qu’il serait dommage de réserver aux seuls lecteurs adolescents.

« L’île aux mensonges », Frances HARDINGE
titre original The Lie Tree (2015)
traduit de l’anglais par Philippe Giraudon
éditions Gallimard Jeunesse (392 p)
paru en mai 2017

7 commentaires sur “« L’île aux mensonges », Frances HARDINGE

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    1. En fait, c’est deux parts et 1/2 ! Ben oui, j’ai innové, là, j’ai ajouté une 1/2 part pour quand c’est entre le « bien » et le « beaucoup » aimé …

  1. Je l’ai beaucoup aimé moi aussi. Et je suis d’accord avec toi pour dire qu’il ne faut pas le réserver uniquement aux ados … Je n’en ai pas parlé dans mon billet mais c’est vrai que le petit Howard est attachant … Et j’ai également énormément apprécié le personnage de Faith.

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