« Nos âmes la nuit », Kent HARUF

nos-ames-la-nuitUn beau jour, Addie vient frapper à la porte de Louis, qui habite non loin de chez elle, pour lui demander s’il accepterait de dormir en sa compagnie, pour le seul réconfort que cette présence à ses côtés lui apporterait. Louis donne suite à cette requête surprenante et c’est ainsi que commence, entre ces septuagénaires veufs tous les deux, une relation inattendue et qui leur fait du bien …

D’habitude, je fuis les romans mettant en scène des personnes âgées (enfin, tout est relatif, disons plus âgées que 50/60 ans), car j’ai l’impression que nombre d’entre eux s’acharnent à se vouloir décalés/truculents alors que je ne trouve rien de drôle, a priori, au fait de vieillir. J’ai fait une exception pour ce roman-ci, qui m’avait été recommandé et dont je ne savais pas grand-chose (j’ai zappé la quatrième de couverture).
J’ai été séduite par sa petite musique toute simple, autant que son histoire. Le style est sans fioriture, avec une majorité de dialogues. Chacun, en s’exposant au fil d’un récit de soi en forme de confidences de part et d’autre du lit partagé, offre à l’autre ce qu’il a été, sans fard. Leurs couples respectifs n’ont pas été heureux, on le comprend au fur et à mesure de ce qu’ils en révèlent. Chronique quotidienne d’une rencontre entre deux adultes qui ont déjà longtemps vécu et se découvrent (ils se connaissaient à peine) en s’appréciant, « Nos âmes la nuit » fait chaud au cœur en montrant que, tant que la vie n’est pas finie, elle peut encore surprendre et apporter à certains ce qu’ils n’ont pas connu.

Il m’a été impossible de comprendre, en revanche, la réaction des voisins et des habitants de la petite ville où vivent Addie et Louis, qui tiquent en les voyant se rapprocher (de quoi se mêlent-ils ?). Impossible aussi d’accepter la réticence de la fille de Louis (pourquoi ne se réjouit-elle pas de voir son père heureux ?) et j’ai trouvé le comportement du fils d’Addie, Gene, inacceptable. De quoi me rendre difficilement supportable le dénouement du roman : j’ai eu l’impression que, pour sacrifier à un réalisme dans lequel je ne me reconnais pas (non, je ne suis pas comme ces gens qui sont ici représentés et je ne pense pas être la seule, tout le monde n’est pas mesquin à ce point), l’auteur privait le lecteur du bonheur d’un happy end. Dommage pour un roman qui aurait sans cela pu se classer dans la catégorie de ceux qui font du bien (bon, ne me faites pas non plus dire ce que je n’ai pas dit, la fin n’est pas tragique, juste très triste).

J'ai bien aimé !« Nos âmes la nuit », Kent HARUF
Editions Robert Laffont (168 p)
Paru en septembre 2016

Les avis de : Keisha, Jérôme, Belette (Cannibal Lecteur) …

23 commentaires sur “« Nos âmes la nuit », Kent HARUF

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  1. Je viens de le lire. J’ai apprécié aussi sa simplicité. La réaction des gens et de la famille ne m’a pas étonnée même si je la trouve inadmissible.
    J’aime cette façon dont l’auteur a bien montré comment le bien-être pouvait rayonner autour de gens heureux. Le petit-fils et Ruth, la vieille voisine en sont les témoins.

    1. Oui, la sérénité de ces deux-là qui se découvrent et s’aiment contraste avec la petitesse des réactions qu’ils suscitent chez leurs enfants.

  2. Je suis bien d’accord avec toi sur le côté décalé des personnes âgées dans les romans, mais je m’en amuse toujours, car je vieillis moi aussi et je suis entourée de personnes vieillissantes et je sais qu’aucun cliché qu’il vienne de l’image normalisée de la vieillesse ou de l’originalité à tout prix ne peut rendre compte de l’extraordinaire variété des façons de vieillir tant que le cerveau n’est pas atteint. En revanche les réactions familiales ne m’étonne guère. Je lirai celui-ci pour la petite musique dont tu parles

  3. Les happy end ne sont pas légion dans la vie, et ce roman démontre bien la mesquinerie du fils qui, incapable de réussir sa vie amoureuse, prive sa mère d’un peu de bonheur tant il a peur que le monsieur qui fait dodo avec sa maman n’en veuille au fric, fric que le fils veut sans doute se mettre dans sa poche puisqu’il n’hésite pas à en demander à sa mère quand il en a besoin, mais ensuite, lui fait un sale chantage de saloperie de dieu.

    De plus, le fils ne s’est jamais pardonné la mort de sa grande soeur… et toussa toussa.

    Nous, on a de l’empathie pour nos deux vieux, parce que nous les avons suivi, les enfants, eux, non ! Imagine que tu découvres que ta mère ou ton père a une aventure à 80 ans et bien oui, on pourrait le prendre mal ! Pas à ce point là, peut-être, mais au départ, on aurait peur pour lui/elle.

    Moi, j’ai eu le coup de coeur pour ce roman, malgré la fin qui m’a collé une grosse boule dans la gorge. Que son fils pourrisse en enfer, tiens ! 😈

  4. Je suis la petite voix dissonante : je n’ai pas été transportée par ce livre, que j’ai trouvé un peu confit de bonnes intentions, en fait. Mais je me rend bien compte qu’il fait l’unanimité…

    1. Ah mais je comprends tout à fait qu’on ne soit pas réceptif à la petite musique de ce roman (dit celle qui n’est pas forcément réceptive à tout 😉 ) !

  5. J’ai une copine qui a près de 80 ans, ne les fait pas, et n’a pas rejeté toute vie amoureuse. Je l’approuve et écoute le récit de ses aventures (souvent très soft, t’inquiète)
    Je pense aussi aux voisins de ma mère, un veuf, une veuve récents qui se voient pour jouer aux cartes, prendre l’apéro, etc, sans doute rien de plus, mais ils ont l’air de bien s’entendre. Cela fait du bien!

  6. Je n’ai pas lu ce roman, mais j’ai adoré Le chant des plaines et la suite (Les gens de Holt County)… Plus « feel good » que celui-ci, dirait-on, même si tout n’y est pas rose.

  7. Je crois que c’est chez Jérôme que j’ai noté ce roman ; j’ai toujours l’intention de le lire, malgré tes bémols, mais c’est sûr que je vais avoir envie d’en assommer quelques uns, d’après ce que tu dis et certains commentaires.

  8. J’ai beaucoup aimé (mon billet demain) mais j’en suis sortie pleine de tristesse, tellement l’attitude des enfants est odieuse, mais pas surprenante, hélas, j’ai un vieil ami à qui il est arrivé un truc semblable.

    1. Je vois que nous partageons le même ressenti (même si j’ai quand même été plus surprise que toi, ça doit être mon indéfectible confiance en la (bonne) nature humaine 😉 ).

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