« Idaho », Andria WILLIAMS

IdahoDe l’ « incident » nucléaire survenu en 1961 sur une base américaine en Idaho, je n’avais jamais entendu parler ! Andria Williams, dont c’est là le premier roman, l’évoque au travers de l’histoire d’un jeune couple (ils ont à peine une vingtaine d’années), Paul, opérateur militaire sur le réacteur en question et Natalie. Parents de deux fillettes, ils viennent d’emménager à Idaho Falls, petite ville située à 80 kms du camp militaire. Loin du San Diego qui l’a vue naître et grandir, Nat peine à y prendre ses marques, épouse de militaire isolée, seule avec ses enfants (adorables, certes) toute la journée. Paul, d’un naturel réservé, ne communique guère sur son travail qui pourtant ne cesse de le préoccuper, car le cœur du réacteur est vétuste et un accident est toujours à craindre …

Le roman s’ouvre sur une scène forte : Paul vient de quitter Nat en claquant la porte de chez lui lorsqu’il croise, en voiture, les pompiers et une ambulance se dirigeant vers le camp. Ce qu’il redoute depuis son arrivée vient-il de se produire ?
Dès lors, l’inquiétude suscitée par ces premières pages plane sur tout le récit, élaboré en mode de retour en arrière, tendu et bien mené. Si le fil rouge est constitué par la vie présente des personnages, cela n’empêche pas quelques aperçus sur leur passé qui permettent de mieux les appréhender. Les portraits de Nat et Paul sont fouillés, l’auteur nous livrant leurs pensées intimes si bien que nous partageons ce qu’ils ressentent au fur et à mesure. Ce qu’ils sont (et comment ils le sont devenus), leur manière d’être ensemble et avec leurs enfants, leur position dans leur environnement, sont rendus de manière fluide et intégrés au flot du quotidien (avec un virage imprévu dans celui de Paul).

Un premier roman subtil et attachant centré sur ce qui fait (ou pas) un couple, en même temps qu’il pose des questions pertinentes sur notre rapport au nucléaire. Une réussite !

Extrait :

Sois sage, Nat. C’est ainsi que sa mère mettait fin à leurs échanges depuis des temps immémoriaux. Nat avait toujours pensé qu’elle était sage – ou, tout au moins, assez sage ; il lui revint en mémoire une période floue où tout le monde disait qu’elle était sage, l’époque où elle était une enfant choyée, adorée, soulevée dans les airs par son père, ou restant patiemment assise, tandis que sa mère la coiffait à l’aide du fer à friser. Ses frères, de douze et treize ans plus vieux qu’elle, fringants, la peau gorgée de soleil, les muscles dessinés, l’appelaient Princesse, et, devant leurs petites amies, lui réclamaient des baisers, comme si l’affection toute féminine que leur accordait Nat était le gage qu’ils mériteraient plus tard l’admiration des femmes. Mais quand Nat eut onze ou douze ans, elle sentit un changement d’attitude de la part de ses parents à son égard ; ils semblaient la considérer avec suspicion. Avaient-ils toujours été sur leurs gardes, ou bien la regardaient-ils vraiment comme une nouvelle personne, une pâle copie, peu digne de confiance, de leur innocente petite fille qui avait mystérieusement disparu ?

J'ai beaucoup aimé !« Idaho », Andria WILLIAMSAndriaBlog
Titre original The Longest Night (2016)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christel Paris
Editions Kero ( 480 pages)
Paru en juin 2016
Lu en numérique via NetGalley

19 commentaires sur “« Idaho », Andria WILLIAMS

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  1. Auteure invitée au festival America : tu as trouvé l’argument pour me faire rajouter ce livre à ma liste la plus urgente ! 😉 (ton avis est un bon argument aussi, rassure-toi !)

    1. Il y a pas des auteurs invités dont les œuvres sont publiées au premier semestre 2016 (y compris pendant la rentrée littéraire), donc si on peut en avoir découvert avant le Festival, c’est plutôt bien.

  2. Quelle belle découverte ! Je la vois prévue à America sur une rencontre autour des secrets de famille, une autre sur la vie conjugale, une autre sur les destins de femmes… : ça va être intéressant tout ça ! Par contre, je ne raffole pas de la couverture…

  3. J’aime bien le logo, on a envie! Je pense y aller à ce festival, encore!
    Et le pavé de l’été, oui? J’en ai un sur mes étagères, ça me boosterait. ^_^

    1. T’inquiète, tu vas être boostée : le challenge arrive !
      (et j’espère bien que tu y vas, à ce festival, il y a de la rencontre de blogueuses dans l’air !)

    1. Ce roman vaut vraiment le coup, j’espère qu’il fera parler de lui (c’est toujours un peu difficile pour les sorties en juin, je trouve, d’être repérées) !

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