Ces mots qui nous parlent (de nous) …

En ce moment, je lis « Les années », d’Annie Ernaux, un livre remarquable à plus d’un titre et auquel je consacrerai un billet quand je l’aurai achevé. Mais, d’ores et déjà, je voudrais partager trois passages qui ont retenu plus particulièrement mon attention, à titre personnel certes, mais ils peuvent trouver un écho en vous aussi.

Deux concernent les livres :
P 86 (édition Folio), un extrait dont les derniers mots sonnent tellement vrais :
Entre amis, on s’offrait des livres sur lesquels on écrivait une dédicace. C’était le temps de Kafka, Dostoïevski, Virginia Woolf, Lawrence Durrell. On découvrait le « nouveau roman », Butor, Robbe-Grillet, Sollers, Sarraute, on voulait l’aimer mais on ne trouvait pas en lui assez de secours pour vivre.

P 104 :
Dans un tableau de Dorothea Tanning qu’elle a vu il y a trois ans dans une exposition à Paris, on voyait une femme à la poitrine nue et, derrière elle, une enfilade de portes entrebâillées. Le titre était Anniversaire. Elle pense que ce tableau représente sa vie et qu’elle est dedans comme elle a été jadis dans Autant en emporte le vent, dans Jane Eyre, plus tard La Nausée. A chaque livre qu’elle lit, La Promenade au phare, Les Années-Lumière, elle se pose la question de savoir si elle pourrait dire sa vie ainsi.

Le troisième extrait (p 15) prend place au sein des premières pages du livre, qui constituent une réflexion sur la mémoire, la nôtre mais aussi celle que les autres auront de nous, réflexion illustrée d’une série d’images captées par l’auteur tout au long de sa vie.
De ces « images réelles ou imaginaires » que nous portons en nous, l’auteur dit :
Elles s’évanouiront toutes d’un seul coup comme l’ont fait les millions d’images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle, des parents morts eux aussi. Des images où l’on figurait en gamine au milieu d’autres êtres déjà disparus avant qu’on soit né, de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits aux côtés de nos parents et de nos camarades d’école. Et l’on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de nos petits-enfants qui ne sont pas encore nés.
Et je n’ai pu m’empêcher, au-delà de ce que, en prenant de l’âge, ces mots peuvent susciter en moi, de rapprocher ces lignes d’une photo redécouverte il y a peu, dans la maison de ma maman disparue il y a cinq ans. C’est une photo rare car quatre générations s’y côtoient (brièvement, car ma fille ne se souvient pas de cette arrière-grand-mère à côté de laquelle elle pose, elles ne se sont pas connues assez longtemps pour cela). Je la publie ici, en ce jour de fête des mères qui est aussi, pour moi, un jour de souvenir, baigné de soleil et de sourires :
mères et fillesRC

12 commentaires sur “Ces mots qui nous parlent (de nous) …

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  1. Tu me donnes envie de relire « les années ». C’est émouvant quatre générations ensemble et une chance d’avoir retrouvé la photo qui le symbolise.

  2. C’est un très beau billet et ta photo aux 4 générations me touche beaucoup… J’avais énormément aimé « les années ». Je viens de lire d’ailleurs « mémoire de fille » d’elle, il est super aussi, il faut que tu le découvres !

  3. J’ai été très sensible à ce livre mais je sais qu’il en a déçu d’autres. Peut-être faut-il être au moins quadra pour l’apprécier.

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