« Un père idéal », Paul CLEAVE

père idéalA 9 ans, Edward Hunter a vu son père arrêté et incarcéré à perpétuité pour avoir tué une dizaine de prostituées.
A 29 ans, tout semble aller bien pour lui : il a une femme qu’il aime, Jodie, et une petite fille, Sam. Mais Jodie et Edward se retrouvent dans une banque au moment de son braquage et Jodie est tuée.
Edward va-t-il obéir à cette étrange voix intérieure qui le pousse à se venger ?

Voilà, de manière lapidaire, le pitch de ce polar dont la couverture, à sa parution, m’avait tellement rebutée que j’avais zappé les billets le concernant. Du coup, j’étais persuadée qu’il s’agissait plutôt d’humour noir (c’est l’impression que me donnait cette couverture) que de noir tout court, or certes il y a de l’humour noir, mais au final c’est le noir qui domine, et lorsqu’un bibliothécaire spécialiste en littérature du genre me l’a conseillé (j’avais une soudaine envie de polars), je me suis laissée tenter. Bon, je ne peux pas dire que je regrette cette lecture, en tout cas je n’ai pas eu envie de la lâcher, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi sombre …

Après le braquage, qui intervient dès le début du roman, le rythme est relativement lent, le lecteur partage le choc et le deuil d’Edward. Puis les événements s’enchaînent et le tempo s’accélère, en même temps que l’atmosphère du roman s’alourdit de plus en plus.
Les événements sont racontés (sans qu’il y ait de doublon) d’une part par Edward, à la première personne, d’autre part via l’enquête menée par l’empathique inspecteur Schroder. Ils se déroulent à la veille de Noël, en Nouvelle-Zélande, dans la ville de Christchurch, la deuxième plus importante du pays (merci Wikipédia) et je peux vous assurer que la découvrir ne donne pas envie d’aller faire du tourisme là-bas (ou alors, on se rendra directement sur les lieux de tournage du Seigneur des Anneaux). Côté météo, le dépaysement est garanti puisqu’il fait 27 ° dès le matin et 35° l’après-midi (inutile de se demander s’il y aura de la neige à Noël). Pour le reste, la ville nous est dépeinte comme bruyante, polluée et surtout gangrénée par les délits et crimes en tous genres, au point d’être jugée totalement irrécupérable. Les journalistes ainsi que le commun des mortels, ceux qui se complaisent à regarder le plus insoutenable, y sont aussi brocardés. Je pense en particulier à ce passage, lorsqu’Edward découvre les informations télévisées rapportant le braquage :

« On voit des images enregistrées par les caméras de sécurité. D’autres tournées après les événements par les équipes de journalistes. Et aussi une vidéo filmée au moyen d’un téléphone portable par une personne trop paniquée pour intervenir mais suffisamment courageuse pour filmer ce qu’elle peut. L’angle de prise de vues me rappelle les adolescents affublés de capuches, et je suis à peu près sûr qu’ils sont les auteurs de ce film. Je me demande combien il leur a rapporté, à quel point tout ça les a excités. La vidéo montre Jodie qu’on entraîne hors de la banque, et même si je connais la suite, je prie pour que les choses se passent différemment. Et alors on me voit sortir à la poursuite des hommes, cinq d’entre eux dans la camionnette, le sixième avec son arme, et, les nouvelles de la nuit étant ce qu’elles sont en ces temps où la morale s’est suffisamment relâchée pour qu’on puisse jurer en direct sans être censuré, on peut aussi voir ma femme se faire descendre, parce que la vidéo ne s’arrête pas, elle continue, car les taux d’audience sont plus importants et certainement plus lucratifs que l’éthique, alors tout le pays peut voir le sang jaillir de Jodie comme j’ai pu le voir aujourd’hui, tout le monde peut la voir tomber, se mettre à ma place et voir ce que j’ai vu sans ressentir ce que j’ai ressenti, et après la scène repasse au ralenti, le téléphone portable capturant tout à la manière d’un téléphone portable – pas de la grande qualité, mais de la qualité quand même. »

Un polar efficace, avec certaines « surprises » qui m’ont beaucoup plu, mais quand même très noir.

J'ai bien aimé !« Un père idéal », Paul CLEAVELire-le-monde-icone
Titre original Blood Men (2010)
Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Fabrice Pointeau
Editions Sonatine (406 p)
Paru en 2011

L’avis de Belette (qui voit davantage le côté humour noir que le noir tout court, normal pour un Cannibal Lecteur 😉 ) .

17 commentaires sur “« Un père idéal », Paul CLEAVE

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    1. En matière de tolérance au noir, nous avons tous des seuils différents : là, c’était tolérable (même pour moi) mais, bon, je préfère prévenir.

    1. A une époque, je ne lisais que des polars et certains m’ont beaucoup plu (Dennis Lehane) mais l’escalade dans le gore m’a un peu éloignée du genre. Dans celui-ci, il y a peu de trash (et j’ai survolé les passages) mais c’est vraiment sombre.

  1. Très noir et efficace, je retiens ! Ce n’est pas toujours très réussi, mais ça me plait bien en général (même si Sandrine Colette, moi, ça ne passe pas bien … pour l’instant !)

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