« Mudwoman », Joyce Carol OATES

mudwomanQuatrième de couverture :
Abandonnée par une mère démente au milieu des marais des Adirondacks, Mudgirl, l’ « enfant de la boue », est miraculeusement sauvée puis adoptée par un brave couple de quakers résolu à lui faire oublier son horrible histoire.
Devenue Meredith « M.R. » Neukirchen, première femme présidente d’une université de renom, Mudwoman, brillante et irréprochable, animée d’une ferveur morale intense, se dévoue entièrement à sa carrière. Mais, précisément épuisée par sa conception excessivement rigide des devoirs de sa charge, tourmentée par ses relations mal définies avec un amant secret et fuyant, inquiète de la crise grandissante que traversent les Etats-Unis à la veille d’une guerre avec l’Irak, confrontée à la malveillance sournoise des milieux académiques, en bref, rongée par trop de défis imprévisibles, M.R. vacille.
Un voyage sur les lieux qui l’ont vue naître va la jeter dans une terrifiante collision psychique avec son enfance.

C’est poussée par ma fille cadette (Ariane), qui avait adoré ce roman, et aussi parce que je me souvenais avoir lu des avis positifs à son sujet sur les blogs, que je me suis décidée à partir à la rencontre de cette Mudwoman. Et j’ai dévoré ce gros livre (j’en suis la première étonnée, moi qui avais laissé « Les chutes » en plan à mi-parcours, me disant que je le reprendrais un jour, je pouvais m’arrêter car il y avait à cet endroit une césure dans l’histoire, sauf que je ne l’ai jamais repris ; j’avais aussi lu « Fille noire, fille blanche », dont je garde un bon souvenir : ce sont mes deux seules lectures de l’auteur jusqu’à maintenant) ! Car la narration et le style sont enlevés et, surtout, il m’était difficile de demeurer dans l’expectative, inquiète comme je l’étais de découvrir si M.R. allait réussir (ou pas) à surmonter ce qu’elle traversait.

Porté par une plume remarquable, « Mudwoman » est le portrait fouillé et nuancé d’une femme attachante, forte aux yeux des autres mais en réalité terriblement fragilisée par les traumatismes de son enfance, demeurés le terreau (pour rester proche de la métaphore de la boue, filée tout au long du récit) de son psychisme. Roman prenant et troublant, il superpose faits présents et souvenirs résurgents sans qu’on discerne toujours, du moins de prime abord, ce que l’héroïne se remémore exactement. Il s’avère à l’occasion déstabilisant, pour ne pas dire inquiétant, quand il se plaît à rendre floues les frontières entre réel et imaginaire, raison et folie.
Sombre, certes, mais fascinant et passionnant à plus d’un titre (psychologie de l’héroïne bien sûr mais aussi place de la femme dans la société, pour ne citer que ces deux-là), avec une fin très particulière qui m’a beaucoup plu.

Extrait :

Elle n’avait pas dit à Konrad Neukirchen qu’elle passerait trois nuits à moins de cent cinquante kilomètres de Carthage parce que chaque minute ou presque du congrès serait occupée par des rendez-vous, des tables rondes, des entretiens – et que d’autres personnes encore souhaiteraient s’entretenir avec M.R. quand le congrès débuterait. Elle n’avait pas voulu décevoir son père, qui avait toujours été si fier d’elle.
Son père, et sa mère aussi, bien sûr. Les deux Neukirchen : Konrad et Agatha.
Qu’il était pénible à M.R. de décevoir les autres ! Ses aînés, qui avaient tant investi en elle. Leur amour pesait sur ses épaules comme un lourd manteau, comme l’une de ces protections en plomb contre les rayons X dont on vous revêt chez le dentiste – vous étiez content de cette protection, mais encore plus content d’en être débarrassé.
M.R. préférait de loin être déçue par les autres qu’être elle-même cause de déception. Car M.R. pardonnait – volontiers ; elle était très douée pour le pardon.
Elle était aussi très douée pour l’oubli. L’oubli est le principe même du pardon.
C’était peut-être – ou cela aurait dû être – un principe quaker qu’elle avait hérité de ses parents : oublier, pardonner.
Hardiment maintenant elle avançait le long de la rivière sans nom. Quelqu’un qui l’aurait observée du pont, un peu plus loin, aurait été étonné de la voir : une femme bien habillée, seule, dans cet endroit impraticable, entre jungle et terrain vague. De grande taille, M.R. avait un dos droit, une tête haut levée qui la faisaient paraître plus grande encore – c’était une femme d’une quarantaine d’année au visage séduisant de jeune fille – la joue rose et pleine. Son regard était à la fois timide et vif, scrutateur. Un regard de faucon dans un visage de jeune fille.

J'ai beaucoup aimé !« Mudwoman », Joyce Carol OATES
Titre original Mudwoman (2012)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban
Editions Philippe Rey (563 p)
Paru en octobre 2013

Les avis de : Sylire, Claudialucia, George , Mrs Figg

26 commentaires sur “« Mudwoman », Joyce Carol OATES

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  1. J’aime énormément Joyce Carol Oates, découverte à l’adolescence avec son livre « Nulle et Grande gueule » qui m’avait marquée. Donc il faut absolument que je lise celui-ci !! Ton joli billet m’y encourage fortement.

  2. J’étais déjà convaincue d’avance, il fait partie des romans de JC Oates que j’ai envie de lire, mais que tu l’aies aimé me conforte ! Je sais que tu es exigeante !

  3. J’avais beaucoup aimé ce livre, certes exigeant, difficile et dérangeant. Cette auteure se renouvelle constamment, c’est impressionnant.

  4. Il avait fait partie des pré-sélections Elle l’année où j’étais jurée, malheureusement il n’était pas passé, ce que j’avais regretté car je n’ai jamais lu JCO (je ne saurais dire exactement ce qui me retient), et je comptais sur celui-là pour la découvrir. J’ai peur qu’elle me bouscule cette romancière…tu es drôlement enthousiaste.

  5. Cette note me fait plaisir car j’ai envie de relire cette auteur mais je ne sais jamais quel titre emprunter 🙂 J’avais beaucoup aimé « Nous étions les Mulvaney' » mais abandonné « Petite soeur mon amour ». Je note donc cette « Mudwoman » qui m’intrigue déjà…

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