Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !

« La fiancée américaine », Eric DUPONT

40 Commentaires

fiancée américaineBien des années avant la destinée que l’on sait, Madeleine Lamontagne fut d’abord la fille du Cheval Lamontagne, à Rivière-du-loup. S’il est une chose que Louis (dit Cheval, on apprendra pour quelle raison) Lamontagne appréciait par dessus tout, bien plus que son métier de croque-mort, c’était de raconter à ses trois enfants, Madeleine, Marc et Luc, de préférence en l’absence de son épouse, Irène Caron, les histoires de sa vie.
Suspendus à ses lèvres, les gamins apprirent ainsi comment le beau Louis aux yeux  couleursarcelle était venu au monde et comment, plus tard, il se découvrit une force herculéenne, de quoi concourir dans les foires avec les meilleurs hommes forts du Québec …

« La fiancée américaine » est la chronique d’une famille québécoise dans les années 1950, de ses ascendants puis de ses descendants, avec moult récits et anecdotes enchâssés, étonnants voire même incroyables (au sens propre) et toujours hauts en couleurs.

Quand j’ai aperçu ce roman dans la liste des nouveautés d’une de mes médiathèques, je me suis empressée de le réserver car je me souvenais l’avoir repéré sur quelques blogs. Seulement, ce que j’avais oublié, c’est qu’il s’agit d’un véritable pavé (748 pages dans un papier de qualité = le résultat est impressionnant) ! Vous auriez dû voir ma tête quand je l’ai récupéré à la média, c’est tout juste si je n’ai pas failli l’y laisser. Mais n’écoutant que mon courage, j’ai emprunté et emporté en vacances ce pavé-surprise (qui ne figurait pas du tout dans la liste des prétendants au challenge Pavé de l’été). Et après « La Part des flammes », je me suis attaquée au bestiau … en espérant qu’il me plairait davantage. Pour tout vous dire, je n’avais pas l’intention de m’accrocher si je ne l’étais pas, accrochée.

Pavé ? Brique ? En tout cas, il fait son poids !

Pavé ? Brique ? En tout cas, il fait son poids !

Mais le bougre a su y faire, il m’a même ferrée illico. Parce que monsieur Eric Dupont est un conteur de la plus redoutable espèce, de ceux qui pourraient vous raconter tout et n’importe quoi (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il ne raconte pas tout et n’importe quoi) sans jamais vous lasser, évoquer machin en glissant au passage une page entière (ou plus) sur machine, qui n’a qu’un vague rapport avec lui, mais on s’en fiche parce que ça continue à être intéressant, ou piquant, ou drôle, ou les trois à la fois. A croire que notre homme a passé des vies entières à raconter des histoires, le soir au coin du feu, à la mode québécoise d’avant la télé.
Malgré tout, je m’inquiétais un peu, je ne lui faisais pas totalement confiance, à mon conteur, pour me garder en son pouvoir tout au long de plus de 700 pages. Je l’attendais au tournant des 100 pages, puis des 200 et enfin des 300. Comme j’étais toujours là, je me suis dit que, maintenant, je resterais jusqu’au bout.

Et figurez-vous que j’ai rudement bien fait ! D’abord parce que, passé la page 306, on change subitement d’époque, de pays et de point(s) de vue. Cette rupture dans la narration ne sera pas la dernière, avec par moments l’insertion de séquences distinctes en forme de cahiers à l’intérieur du récit. Ensuite, parce que les motifs que mon conteur nous tricotait, dont j’admirais l’inventivité et la vivacité, tout en notant les connexions et autres rapprochements entre eux, se sont, dans le dernier tiers du roman, riche en rebondissements et surprises, agencés de manière à créer une vaste toile : j’ai adoré cette construction parfaitement maîtrisée que je n’avais pas vu venir (c’est à ce moment que la cote d’amour du roman est passé de 2 (déjà bien copieuses) à 3 parts de tarte).

Sans avoir eu sur moi l’effet d’un page-turner, « La fiancée américaine » est un roman hautement dépaysant qui ne m’a jamais ennuyée (et avec moi, ce n’est jamais gagné). Truculent et excellent divertissement, où la tragédie côtoie la comédie, je ne pense pas l’oublier de sitôt (et il m’a donné très envie de découvrir l’opéra La Tosca).

Extraits :

– A Fraserville, sur le point de devenir Rivière-du-Loup, la nouvelle de l’arrivée de l’Américaine se répandit comme la syphillis dans un bordel berlinois. Fraserville ne boudait pas le plaisir du racontar. Les commères les plus talentueuses du haut et du bas de la ville prirent le relais de la légende comme si c’eût été une torche olympique.

– Louis Lamontagne devait mesurer juste un peu plus de deux mètres ; il avait les cheveux noirs et ondulés, comme ceux des empereurs romains des péplums américains en noir et blanc. Contrairement à ses concurrents, qui semblaient tous avoir été roulés dans un baril, Louis Lamontagne n’avait pour ainsi dire que viande sur les os. Mais quelle viande ! Quand il plia le bras droit pour faire bondir un biceps gros comme un cantaloup, un murmure admiratif se fit entendre dans la tente. Vêtu d’un maillot marine moulant, Louis Lamontagne ne semblait pas croire aux vertus que sont, aux yeux d’une certaines société l’humilité et la pruderie. Personne dans l’auditoire ne sembla s’en préoccuper. Ce corps était offert à leur regard de la même manière que celui d’Adolf le veau, qui était au même moment, à quelques centaines de mèretre de là, observé, évalué, jugé et noté sur tous ses aspects.

J'ai beaucoup aimé !« La fiancée américaine », Eric DUPONTpavé 2015-petit Mle 180
paru au Québec en 2012
Editions du Toucan (748 p)
paru en avril 2014

Repéré chez : Karine, Hélène, Claire Jeanne

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40 réflexions sur “« La fiancée américaine », Eric DUPONT

  1. Evidemment ma biblioithèque ne connaît pas … (soupirs).

  2. Ah mais que voilà une belle suggestion pour ton challenge ! Si je n’embraye pas sur ma seconde tentative, je saurai sur quoi me rabattre, car c’est extrêmement tentant 😉

  3. Rien dans mes deux biblis…

  4. Pas encore prête pour un nouveau pavé … et pourtant ! Il me tente celui-là ! Rien que la couverture ! A voir pour l’été … prochain ? Mais, je suis comme toi, et beaucoup d’autres lectrices, je me laisse souvent tenter … Par surprise !

  5. Ma libraire du Québec me souffle que c’est vraiment bien chaque fois que je tourne autour à Bruxelles… et tes 3 parts de tarte… c’est du gâteau ! 😉

  6. En premier, fou rire en imaginant ta tête à la bibli en ressortant avec le pavé, ça m’est arrivé récemment et j’ai vu la tête du bibliothécaire quand je n’ai pas su refréner un « oh! » en voyant sa taille !

    Mais la bonne nouvelle c’est que tu as aimé et ça c’est top !
    et j’ai de la chance, il est dispo en bibli – pas pour tout de suite (je pars avec une mini valise) mais pour l’automne, j’irai bien faire un tour au Québec !

  7. je tourne autour et j’avais peur d’éventuelles longueurs , je sais ce qu’il me reste à faire!

    • Pas ressenti de longueurs (et comme tu sais que je suis du genre à en trouver facilement 😉 ) ! Tente le début, pour voir si tu accroches ou pas !

  8. J’ai adoré ! Comme tu le dis on ne sent pas passer les 800 pages et on aurait même envie que cela continue !

  9. Il me tente vraiment, mais 800 pages quand même alors que tant d’autres livres attendent d’être lus !

    • Je suis tellement difficile (et puis ça dépend tellement de l’humeur du moment, mes choix de lecture), que j’ai rarement une liste d’attente de livres. Donc ce pavé n’a pas eu, avec moi, cet obstacle à franchir :).

  10. Pourquoi pas ? Tu es vraiment très enthousiaste et bravo pour le pavé 🙂

    • C’est un pavé qui sait y faire, pour séduire son lecteur !
      (et j’aime bien que tu me dises « bravo pour le pavé », parce que comme c’est moi qui organise le challenge, en fait, et bien je n’ai pas de félicitations quand je le réussis 😉 )

  11. Une brique pavé !! Je ne note pas, trop à lire !

  12. Contente que ça t’ait plu! Je l’ai dévoré, quant à moi!

  13. moi je savais qu’il était très long et c’est pour cela qu’il me fait peur évidemment ….ton billet est réjouissant (c’est un peu toutes les phases de lecture du pavé mine de rien).

    • Tu me rassures, en me disant que « c’est un peu toutes les phases de lecture du pavé », car je me demandais si on allait comprendre pourquoi j’avançais avec autant de circonspection ! C’est vrai qu’il y a aussi des pavés pour lesquels on ne se pose pas de question : on tourne les pages, point final, sans regarder leur nombre. Mais ça ne veut pas dire, au final, que ce seront ceux qui nous resteront le plus longtemps en mémoire (cf le deuxième pavé que j’ai lu, dont je parlerai bientôt).

      • Exactement, j’ai remarqué cela aussi. Plus le pavé est exigeant, plus il reste paradoxalement en mémoire, ce n’est pas toujours le cas des page-turner…hâte de voir quel était ce deuxième pavé.

  14. Comme d’autres, il me tente tout autant qu’il me fait peur par le nombre de pages. Il est dans ma liste à lire mais il faudrait d’abord que je lise les pavés de ma PAL !

  15. Dans ma PAL depuis l’été dernier, son épaisseur m’effraie un peu pour tout dire !

  16. J’ai adoré le début (j’en garde un souvenir très vif) mais je me suis beaucoup ennuyée ensuite … Toute la partie contemporaine notamment … J’avais aussi attendu des vacances pour le lire, ce pavé, qui ne serait jamais entré dans mon sac à main lol !

  17. Ton billet m’a ferré 🙂

    Je note pour le mois québécois de novembre 🙂

    Bon week end 🙂

  18. Arf, ce fut un flop pour moi, je comprends parfaitement qu’on puisse aimer, mais mon bel enthousiasme est retombé comme un soufflet. Dommage il était parfait pour ton challenge.

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