Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !

« Wild Idea », Dan O’BRIEN

12 Commentaires

Wild ideaCela faisait un moment que je tournais autour de Dan O’Brien (enfin, façon de parler) et j’ai finalement franchi le pas avec son dernier livre paru, « Wild idea – Des bisons à la terre et de la terre aux bisons ».
Même s’il s’inscrit dans le prolongement direct de son précédent opus, « Les bisons du Cœur-Brisé », il peut se lire indépendamment (la preuve). L’auteur y raconte comment il a décidé, parce que l’opportunité s’est présentée, de procéder au transfert et à l’extension de l’élevage de bisons qu’il possédait déjà vers un emplacement d’une taille beaucoup plus importante au sein des Grandes Plaines, où les Indiens chassaient ces animaux avant que les colons débarqués ne les exterminent (les Indiens et les bisons). En parallèle, il faudra réaliser un abattoir mobile grand modèle, qui « moissonnera » les bisons et traitera la viande sur place, toujours dans le souci de respecter au mieux les bêtes. Deux opérations d’envergure, donc, qui permettront de réintroduire des bisons en terre indienne et auxquelles les Indiens seront associés. Le tout ne fonctionnera, d’un point de vue économique, que si le versant commercial n’est pas négligé (il faudra augmenter les ventes).

Dis comme ça, l’affaire sonne un tantinet trop technique pour attirer le chaland, pardon, le lecteur potentiel. Mais s’il y a effectivement de la technique, avec des tas de questions matérielles et surtout financières à traiter (comprendre au sein desquelles Dan O’Brien se débat alors qu’il n’y connaît pas grand-chose et ne s’y intéresse guère), il n’y a pas que cela. Dan O’Brien est avant tout un homme de passion et de conviction et il en faut pour faire aboutir une idée aussi wild (sauvage), un projet presque fou car il remet complètement en cause l’équilibre qu’avait trouvé l’entreprise menée jusque-là. De fait, ce n’est pas l’appât du gain qui motive le narrateur (il risque de tout perdre dans l’histoire), mais la volonté d’agir, à son niveau, pour continuer à remettre un peu d’équilibre dans un écosystème sinistré, en rendant aux bisons, même à une toute petite échelle, la place qu’ils y occupaient et en fournissant aux amateurs de la viande saine d’animaux vivant en liberté.

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt ce récit, qui nous offre au passage quelques belles incursions dans les Grandes Plaines, nous donne un aperçu de la vie rude qu’on y mène et de l’élevage des bisons. Si l’aspect technique (financier notamment) n’est pas ce qui m’a le plus accrochée, j’ai aimé partager les différentes étapes de cette aventure, les moments forts mais aussi ceux où règnent le doute et l’inquiétude, que l’auteur nous fait vivre en nous plongeant dans son quotidien (souvent stressant) et dans celui de ses proches. Car il est aussi question de la femme de l’auteur (qui tient un restaurant jusqu’à ce qu’elle travaille à temps plein pour la Wild Idea Buffalo Company), de sa fille, de son plus précieux collaborateur … Les évoquer donne lieu à nombre d’anecdotes extrêmement vivantes, parfois très émouvantes.Moving-Buffalo

« Wild idea » raconte avec une fièvre et un enthousiasme communicatifs une aventure risquée mais réussie (voir le site  ici), dans laquelle Dan O’Brien s’est senti obligé de se lancer parce qu’il est profondément, viscéralement attaché à la terre qui le (nous) porte.

Extrait :
(l’auteur va rencontrer, avec sa femme, un certain Joe Ricketts, un homme très fortuné qui l’a contacté sans préciser l’objectif de l’entrevue)

« […] malgré tout mon pessimisme, je ne pouvais m’empêcher d’attendre quelque chose de cette rencontre. Joe était un homme d’affaires qui avait monté une compagnie dont la réussite était incroyable. […] D’une simple pichenette, ce type pouvait transformer tout mon univers et remettre les Grandes Plaines sur la voie de la santé et de l’équilibre.
Quand nous sommes arrivés à l’hôtel local pour le petit déjeuner, j’avais fait taire en moi le désabusé lassé du monde et c’est l’optimiste simple et naïf des Grandes Plaines qui a tendu la main et souri à Joe. […] J’étais prêt à affirmer qu’un immense troupeau pouvait regonfler le moral des Américains. Je voulais parler de la diversité des espèces, de la séquestration du dioxyde de carbone, de l’injustice sociale. Mais je n’en ai pas eu l’occasion. A la place, j’ai appris que Joe avait commandé de la viande chez nous et l’avait trouvée si bonne qu’il avait l’intention de démarrer sa propre société de viande de bisons. En réalité, il était venu nous soutirer des informations.

[…] (Joe Ricketts compte investir en Sibérie pour y implanter des bisons sur des pâturages vendus pour une bouchée de pain)

Malgré mes propres convictions sur la valeur de notre activité, j’étais assailli de doutes. Qu’est-ce que je faisais de ma vie ? Comment la comparer à celle de Joe Ricketts ? Il était sûr de tout ce qu’il faisait et je n’étais sûr de rien. Il avait l’air heureux de transformer des bisons en bénéfices. J’étais le seul à m’inquiéter pour leur sort et celui de leur écosystème jusqu’à en perdre le sommeil. »

J'ai beaucoup aimé !« Wild Idea – Des bisons à la terre et de la terre aux bisons », Dan O’Brien
Titre original Wild Idea (2014)
Récit traduit de l’anglais par Walter Gripp
Editions Au diable vauvert (395 p)
Paru en avril 2015

Repéré chez Keisha, bien sûr !

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12 réflexions sur “« Wild Idea », Dan O’BRIEN

  1. Dès que j’ai ouvert le billet, je suis allée voir le nombre de parts, puis ai lu ton billet, rassurée. (je te cause donc toujours)^_^
    Tu peux lire le bouquin d’avant Wild Idea, tu sais, et puis celui avec les faucons, ça ne peut faire de mal…

  2. Je suis justement en train de lire ce livre ! J’aime beaucoup.

  3. Il est dans ma PAL et j’ai prévu de le lire cet été. J’espère être aussi enthousiaste que Keisha et toi.

    • Si le thème te plaît, tu devrais y trouver ton compte car il est difficile de rester insensible à une démarche de ce genre, menée avec autant de cœur.

  4. C’est aussi un auteur que j’hésite à lire… ton avis me fait faire un pas dans sa direction !

    • C’est « Rites d’automne » qui me tentait et je viens de l’emprunter (ré-emprunter serait plus exact) à la bibli. Je le lirai peut-être cet été, on verra. C’est le genre de livre (mais ne sont-ils pas tous comme ça ?) où il faut s’assurer qu’on est dans les dispositions ad hoc.

  5. Je suis en plein dans les histoires de Cow-boy, indiens et donc bisons avec Lonesome Dove (d’ailleurs je suis dépitée car je viens de m’apercevoir qu’il manquait 30 pages à ce roman pour entrer dans la catégorie ‘pavé’… mais c’est très chouette donc bon…), j’avais également retenu ce titre chez Keisha mais j’avais peur que cela soit un peu trop technique pour moi, ton billet fini de me décider.

  6. De passage (c’est devenu rare pour moi) sur les blogs littéraires, je tombe sur votre article consacré à un bouquin de Dan O’Brien. J’ai eu la chance d’aller le voir chez lui. « Chez lui » est une drôle d’expression. Le plan qu’il m’avait fourni semblait simple « sortir de la route XX et suivre le chemin tout droit… » Je ne me souviens plus en miles combien faisait « tout droit » mais en kilomètres une bonne trentaine de kilomètres. Craignant de me perdre je me suis arrêté au moins une dizaine de fois (à chaque carrefour) pour demander aux quelques fermiers qui vivaient près de cette route en terre. Arrivé en retard au rendez-vous, je voulais lui présenter mes excuses à Dan O’Brien. Il a rigolé: « Je vous ai suivi tout le long » ! Devant mes yeux en billes de loto il m’a confié : « Mes voisins m’ont prévenu que quelqu’un me cherchait ». Les espaces infinis américains commençait à ne plus m’être impénétrables.
    J’ai rencontré un homme libre, simple, chaleureux.
    Bises à vous Brize

    • Oups ! Je t’avais répondu dans ma tête mais pas sur mon blog !
      TROP cool d’avoir pu rencontrer Dan O’Brien !!! Un grand merci pour ce partage, avec l’anecdote du « pistage » ! Dommage que je ne sois plus sur la région parisienne, je t’aurais invité à boire un pot pour que tu m’en racontes davantage !
      Bises à toi, Christian.

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