« La grande nageuse », Olivier Frébourg

IMG_20150522_094930 (2)Marion est bretonne, mêlée d’un quart de sang vietnamien, grande. Nager est sa passion. Lui fait du bateau et rêve de peinture. Il s’engage dans la marine nationale. Tous deux sont de la presqu’île de Quiberon, c’est elle qui les nourrit.
Récit, par le marin-peintre, d’une rencontre puis de la route qu’ils firent, de leur presqu’île à la Martinique, puis jusqu’au Vietnam, où Marion retrouve ses racines. Mais ont-ils vraiment été ensemble ou bien seulement côte à côte, chacun porté par ses propres énergies ?

Ce roman, je l’avais repéré en librairie à sa sortie (parce que même si je ne fais pas, hélas, les 1,81 m de Marion, je suis aussi une grande nageuse), oublié depuis et voilà que, pour mon plus grand bonheur, je le croise en médiathèque, et hop je te le glisse entre deux lectures anglaises (pour une fois, je ne me fais pas surprendre et je prépare le mois anglais !).

Du narrateur, nous ne saurons pas le prénom et c’est par le seul prisme de son regard que ce récit se déroule (au passé, note le lecteur) : Marion restera silencieuse comme elle le fut souvent, mais pas toujours, auprès de lui (et sa manière de vivre l’eau ne sera pas abordée comme l’est la peinture pour le narrateur, dommage). Le dénouement, vers lequel l’histoire est tendue, nous le sentons, viendra éclairer cette figure solaire que son compagnon laisse dans l’ombre (« Il n’y en a que pour toi. », finit-elle par lui lâcher un jour), même si sa trajectoire, livrée en filigrane, s’avère aussi prenante et puissante que la sienne.

Entre passion dévorante pour une peinture de plus en plus exigeante et amour de l’eau (ce qui nous vaut quelques magnifiques passages sur la manière de peindre l’océan), pauses sur la côte bretonne et découverte de contrées lointaines, embarquement et navigation sur les bateaux de la marine nationale, le roman avance sans temps mort, dépaysant et plein de la fougue de ses deux protagonistes, nous questionnant aussi sur notre aptitude à vivre à deux, à partager, quand chacun est mû par ses propres enthousiasmes.

Une belle découverte !

Extraits :

« Un marin comme un peintre est un guetteur. L’observation, la patience. Cette mer des Antilles était mon atelier. La vie du bord se partageait entre action et contemplation. Le pacha qui avait un rare sens de l’autodérision se prétendait mauvais manœuvrier et nous laissait au second et à moi la plupart des manœuvres d’accostage et d’appareillage. Le Francis-Garnier était une savonnette qui nous glissait entre les mains. Il fallait en permanence maintenir le cap de ce bateau sans fond. Mon carnet de croquis ne me quittait pas et j’avais une petite boîte d’aquarelles qui me permettait de travailler sur le motif.
A mon retour, j’essayais de décrire à Marion les lumières vues en mer, mais c’était moi qui devenais silencieux. J’étais frappé à mon tour d’aphasie, obsédé par ces couleurs qui m’absorbaient. »

« L’eau non seulement la nourrissait, la sculptait, mais imposait un filtre entre elle et moi.
Quand je me retrouvais à bord du Francis-Garnier et en mer, je me disais que nous étions l’un et l’autre en fuite. Nous tournions le dos au monde des Terriens, à ses contingences, ses lourdeurs. Marion ne s’intéressait ni au quotidien, ni à l’action. Elle ne l’avait jamais formulé ainsi mais ce qui la retenait, c’était le beau. Le réel la laissait indifférente. »

J'ai beaucoup aimé !« La grande nageuse », Olivier Frébourg
Editions Mercure de France (154 p)
Paru en avril 2014

Un coup de cœur pour Sylire.

18 commentaires sur “« La grande nageuse », Olivier Frébourg

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  1. Merci pour ta suggestion, Brize. En fait, Sylire m’en avait parlé et m’avait donné envie. Peut-être en attendais-je trop, du coup, mais je n’avais pas été convaincue. Notamment, pour tout ce qui avait trait à la peinture. Mais il y a effectivement, de belles descriptions. Je l’ai prêté à un ami qui a bien aimé, lui, je crois… Avis partagés donc! 🙂

    1. L’essentiel, c’est que tu sois allée voir de quoi il retournait 🙂 !
      (et je ne me souviens pas, mais tu as dû lire « Les singuliers », d’Anne Percin, puisqu’on parle de peinture)

    1. Il ne fera pas l’unanimité, c’est ce que je me disais en le lisant, mais j’ai aimé sa façon d’aborder les choses et les êtres.

    1. C’était mon cas aussi, mais comme le point de vue est celui du narrateur, c’est la peinture qui est très largement privilégiée, la natation n’est vue (je dirais même aperçue) que de l’extérieur.

  2. Merci pour le lien ! Oui, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Je l’ai fait tourner dans mon comité de lecture. Il a beaucoup plu en général (2 déceptions sur une dizaine de personnes à l’avoir lu).

    1. Je n’étais pas certaine de la réception que pouvait avoir ce roman, donc l’expérience que tu en as est très intéressante !

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