« Châteaux Bordeaux » (tomes 1 à 5), Corbeyran et Espé

chateau bordeaux série Alexandra Baudricourt, jeune femme établie depuis plusieurs années aux Etats-Unis, retourne sur les terres de son enfance où son père vient de mourir. Il possédait une exploitation vinicole dans le Médoc, le Domaine du Chêne Courbe, en difficulté depuis déjà 15 ans.

A la surprise de ses deux frères, Alexandra décide de reprendre l’affaire. Mais le parcours qu’elle entreprend va se trouver semé d’embûches …

Difficile, pour une amatrice de BD qui a emménagé dans la périphérie immédiate de Bordeaux depuis l’été dernier, de passer à côté de cette série. Je l’avais donc repérée mais il a fallu que je tombe, sans les chercher, sur les quatre premiers tomes en médiathèque (le 5ème n’a pas été trop dur à récupérer ensuite) pour que je franchisse le pas.
Bilan ?
C’est une BD grand public (qui ratisse large car elle vise les amateurs de BD et les amateurs de vins : pour ma part je suis davantage sensible aux BD qu’aux vins, du moins les rouges, que mon palais n’a jamais su apprécier) et elle a atteint ses objectifs car le succès éditorial est au rendez-vous (à noter que le projet bénéficie du soutien et de l’engouement de la communauté vinicole locale, comme le prouvent les préfaces des différents albums ainsi que la participation, dans l’histoire elle-même, de l’œnologue réputé Michel Rolland). Le premier tome est paru en mars 2011 et le numéro 5 en septembre 2014. Je ne sais pas combien de volumes sont prévus… mais ça peut durer, si le scénariste (Corbeyran, qui vit à Bordeaux depuis trente ans et n’en est pas à son coup d’essai en matière de BD où le vin joue un rôle majeur) souhaite présenter à ses lecteurs, au fil de l’histoire, toutes les étapes de la vinification.

Un mot sur le scénario. Je connaissais Corbeyran non seulement de réputation (le « Chant des Stryges », notamment) mais aussi pour son ambitieuse série « Uchronies » (qui vient de connaître encore un prolongement, alors qu’elle me semblait achevée), que j’ai beaucoup aimée mais n’ai pas eu le courage de chroniquer ici, car il fallait réussir à rendre compte efficacement de la complexité et de l’envergure de l’œuvre. Si bien que j’ai été un peu surprise avec « Châteaux Bordeaux », car je m’attendais à plonger dans une histoire davantage travaillée.
Non que le récit ne tienne pas la route, mais, sans doute pour les besoins de la démonstration (pas facile de faire du vin !), le sort s’acharne sur notre pauvre héroïne au point que cela en devient caricatural. Heureusement, il y a une bonne nouvelle (enfin, elle ne l’était pas au départ) pour la demoiselle dans le tome 5 : il était temps ! Et je passe sous silence certaines péripéties romanesques (chez les Baudricourt, la vie n’est pas un long fleuve tranquille : il y a des intrigues avec leur lot de fourbes et de traîtres et au moins une énigme à résoudre) carrément tirées par les cheveux, pour ne pas dire invraisemblables (comme celle relative à la vente aux enchères) et même une île mystérieuse (eh oui !). Bref, il ne faut pas être trop regardant sur la question, moyennant quoi on passe un moment agréable (dans le genre saga familiale autour d’une boisson alcoolisée, je me souviens cependant que « Les Maîtres de l’orge » m’avaient davantage impressionnée).

Le dessin d’Espé, quant à lui, est très plaisant et rend fort bien compte des lieux où se déroule l’histoire, qui ont fait l’objet d’un repérage préalable sur le terrain par le scénariste (pour ce qui me concerne, c’était amusant de retrouver certaines vues de Bordeaux, voire des environs, comme Soulac). Je suis moins convaincue par les visages des divers protagonistes, ceux des personnages masculins en particulier, dont les traits manquent de finesse.

Quant à l’aspect « ABC du vin », il ne se situe pas systématiquement dans le registre « grand débutant ». Ainsi, dès la page 12 du tome 1, on tombe sur « La fermentation alcoolique arrivait à son terme et le moment était venu de fixer la date de l’écoulage avant la fermentation malolactique ». Euh … Du coup, j’ai profité de la récente opération Portes Ouvertes menée par les vins de Saint Emilion (OK, c’est de ceux du Médoc dont il est question dans la série, mais on restait dans le Bordeaux) pour (enfin) appréhender le b.a.- ba de l’affaire.
Il reste que nombre d’informations au sujet du vin nous sont offertes au long des albums, renseignements toujours intéressants sur la filière en général et les modes de production en particulier, ainsi que les personnels qui y travaillent. Si les précisions données peuvent l’être de manière assez pédagogique (nous partageons les explications que l’œnologue Michel Rolland fournit à une Alexandra aussi novice que nous), certains éléments, plus pointus, m’ont paru toutefois répondre davantage aux interrogations d’amateurs déjà éclairés (je pense aux pages consacrées au classement des grands crus), mais après tout, je le disais plus haut, ils font partie du lectorat ciblé.

Au final, « Châteaux Bordeaux » est une série sympathique que j’ai eu plaisir à lire. Je n’irais pas jusqu’à dire que je brûle de connaître la suite des aventures (et déboires) d’Alexandra, mais si l’occasion de les lire se présente, je me laisserai tenter !

J'ai bien aimé !« Châteaux Bordeaux », Corbeyran (scénario) et Espé (dessin)
tome 1, Le Domaine – tome 2, L’œnologue – tome 3, L’amateur – tome 4, les millésimes – tome 5, Le classement
Editions Glénat
Parus de mars 2011 à septembre 2014
série en cours

2 commentaires sur “« Châteaux Bordeaux » (tomes 1 à 5), Corbeyran et Espé

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