« Un hiver à Paris », Jean-Philippe BLONDEL

hiver à parisVictor, professeur et écrivain, reçoit un jour une lettre qui le replonge trente ans en arrière.
Il était alors en classe préparatoire dans un grand lycée parisien, un élève transparent aux yeux de ses condisciples. Il lui arrivait malgré tout de bavarder un peu avec Mathieu, autour d’une cigarette. Mais des liens n’ont pas le temps de se créer entre eux car Mathieu, excédé par les remarques humiliantes d’un professeur, saute par-dessus une rampe et se suicide en se jetant dans la cour du lycée.
L’événement, traumatisant, a aussi des conséquences imprévues : Victor acquiert la douteuse popularité de celui qui était « l’ami de la victime » et le père de Mathieu se rapproche de lui …

En quelques mois, le temps d’ « Un hiver à Paris », beaucoup de choses vont changer pour Victor, des rencontres, voire des confrontations qui l’amèneront à mieux définir ce qu’il est et ce qu’il veut devenir. Ce parcours, Jean-Philippe Blondel le retrace aussi bien au travers des trajets physiques de Victor, entre les lieux connus et ceux qu’il découvre, chacun avec sa propre signification, qu’au travers de ses réflexions, souvent clairvoyantes mais pas toujours : il faut parfois que les autres nous contraignent à mieux voir en nous-mêmes.

Le cheminement de ce jeune homme m’a suffisamment intéressée pour que je m’attache à ses pas (sinon à lui), pourtant, alors que j’avais suivi le même cursus que lui dans le même établissement, cinq ans auparavant, je ne me suis pas retrouvée dans la description qui en est faite (oui pour la quantité de travail insensée, non pour la volonté de certains professeurs de rabaisser et humilier), d’où un certain recul de ma part. Mais la personnalité de Victor est plus que finement analysée, autant que celle des personnages qu’il côtoie ou croise ; chacun a ses parts d’ombre celées, si difficiles à entrevoir et il y a souvent beaucoup d’interférences et de malentendus dans nos relations avec les autres, nos parents notamment. Certains passages m’ont paru extraordinairement bien vus, ils clignotaient dans le récit tant ils me parlaient et la toute dernière partie du roman m’a surprise par sa force et sa richesse.

J'ai bien aimé « Un hiver à Paris », Jean-Philippe BLONDEL
Editions Buchet Chastel (268 p)
Paru en janvier 2015

Les avis de Saxaoul, La Sardine, Albertine, Clara, Stephie , SD49 …

32 commentaires sur “« Un hiver à Paris », Jean-Philippe BLONDEL

Ajouter un commentaire

  1. j aime beaucoup cet auteur et je ne suis jamais déçue par ses livres que je ne chronique pas assez , celui-là je ne sais plus si j e l’ai lu , mais j’en ai lu plusieurs avec les classes prépa parisiennes en toile de fond.

  2. Oui, c’est vrai qu’il y a souvent beaucoup de malentendus dans les relations entre proches, sans doute parce que le dialogue n’est pas de bonne qualité… Et aussi parce que les relations humaines ne sont jamais simples.
    Et au sujet de l’attitude des professeurs qui est différente de ce que tu as connu, c’est peut-être pour les besoins de la fiction, tu ne crois pas ?

    1. Comme Blondel nourrit ses romans d’éléments autobiographiques (en l’occurrence le suicide a bien eu lieu, l’auteur le disait dans « La Grande Librairie »), je ne sais pas si ce qui concerne l’attitude des professeurs en fait partie ou appartient au registre de la fiction, mais c’est vrai que c’est possible, tu as raison de le souligner.

  3. Il me tente, car j’apprécie l’auteur, mais je suis très agacée par l’image négative des classes prépa que véhiculent trop souvent les oeuvres de fiction et les médias, à savoir que les professeurs passeraient leur temps à humilier et rabaisser les élèves (ce qui est très objectivement assez loin de la réalité dans la plupart des cas, du moins dans les filières scientifiques).

  4. Je rebondis sur le commentaire de Miss Léo ; il suffit que l’auteur ait eu connaissance d’un cas pour avoir eu envie d’en faire un écrit, mais à partir de là il ne faut sans doute pas généraliser. Je le lirai si je tombe dessus, mais en ce moment j’en ai un peu assez des sujets dramatiques.

    1. Il faut dire que ce sont eux, ces sujets dramatiques, qui sont au cœur de beaucoup de romans. Il faut parfois bien chercher pour trouver des thématiques autres.

  5. Je viens de le prendre à la bibliothèque !
    Quant au commentaire de miss Leo, il est vrai que ce que raconte l’auteur est un cas extrême, mais la mentalité dans les classes prépa, en particulier littéraires, est très spéciale. Pour ma part, j’ai pris mes jambes à mon cou après à peine deux semaines passées en hypokhâgne. Je me souviendrai toujours de ce premier jour où l’on nous avait rassemblés dans le préau en nous expliquant que nous étions l’élite de la nation… Je me suis sentie nettement plus à l’aise à la fac, où j’ai appris à travailler seule. Très bonne école aussi… dans un tout autre style !

    1. Heureusement, je n’ai pas rencontré ce genre d’attitude chez les enseignants que j’ai eus. Pour ma part, la prépa m’a appris à travailler, ce que le lycée n’avait pas fait (en fac, j’aurais sans doute eu du mal à m’auto-discipliner ; cela n’a pas été ton cas et ça, j’admire).

      1. Quel magnifique livre !
        Heureusement, tous les élèves de prépa ne sautent pas dans le vide ! Mais ce qui est très intéressant avec ce livre, c’est qu’il pointe un moment de rupture possible. Il en révèle parfaitement tous les mécanismes. C’est brillant, c’est fin, ce livre m’a vraiment beaucoup touchée !

    1. Si elles sont en filière littéraire, elles n’auront pas le temps de le lire, ce roman-ci … ou alors pendant les grandes vacances !

  6. Le suicide de Mathieu n’est pas un cas si rare. Les études supérieures (et pas seulement en classe prépa), le passage à l’âge adulte, l’envol de la maison familiale sont des moments où les jeunes sont fragiles.

  7. J’aime beaucoup l’écriture de Blondel, mais pour celui-ci je vais attendre un peu d’autant plus qu’on le voit partout.

    1. Ma sœur me l’avait, il y a deux mois de cela, très vivement recommandé car c’était un coup de cœur pour elle. Je n’étais pas convaincue au point de l’acheter (j’ai bien fait) mais j’ai eu la chance qu’on me le prête.

  8. Je n’ai lu Blondel qu’une fois, avec un relatif plaisir, mais j’étais restée un peu en retrait ( Le baby Sitter). Le thème de celui-ci m’intéresse, je le note !

    1. « Le Baby Sitter » ne m’avait pas du tout convaincue, « Blog » et « 6H41 » non plus, mais j’ai beaucoup aimé « Et rester vivant » et « G229 », qui restent mes préférés.

  9. J’ai 6h41 à chroniquer (lu fin janvier et adoré), j’aime de plus en plus cet auteur et sa perspicacité dans la psychologie des personnages…on s’y retrouve tous un peu je pense ! Comme j’ai un an de retard sur les parutions… 😀

        1. J’achète moi aussi rarement des livres brochés (trop peur d’être déçue et compte tenu du prix qu’ils coûtent, on n’a pas vraiment le droit à l’erreur), mais il m’arrive de craquer (ce que je viens de faire pour le Vargas, mais là, c’est normal : je suis fan). Pour le dernier Blondel, on me l’a prêté.

  10. J’ai plus lu Blondel en « jeunesse » qu’en « adulte »… mais toujours avec le même plaisir ! Très tentée par son petit dernier je dois dire !

  11. C’est drôle comme on est toujours plus réticent quand un auteur nous parle de quelque chose que nous avons connu, ou un lieu que nous avons fréquenté. Forcément, c’est le confrontation des souvenirs et des ressentis. C’est très intéressant ce que tu dis à ce sujet. Je vais sans doute le lire, car j’aime bien ce que tu dis « il faut parfois que les autres nous aident à mieux voir en nous même », et tu n’es pas la seule à saluer la finesse de la construction des personnages.

    1. Oui, on ne peut être que plus critiques quand un auteur parle d’un sujet qu’on connaît car impossible de tout prendre pour argent comptant comme c’est le cas, sinon.
      Si j’ai l’occasion de rencontrer l’auteur (ça avait été le cas à Lille, pour son précédent roman), je serais curieuse de comparer mes propres souvenirs du lycée en question avec les siens.

  12. Je me suis procuré ce roman que je n’ai pas encore lu, mais j’ai lu ton billet sur le Salon du livre et je serais curieuse de savoir ce qu’il t’a dit. Il aurait exagéré pour les besoins de la fiction la dureté de la classe prépa ?

    1. Non, il n’a pas exagéré, dans la mesure où le suicide a bien eu lieu, mais le ressenti de chacun est différent en fonction de son vécu.

Pour commenter, c'est ici :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑