« Morwenna », Jo WALTON

COUV_morwenna.inddMorwenna a quinze ans lorsqu’elle doit quitter son pays de Galles natal pour rejoindre un pensionnat de jeunes filles anglais où elle ne se sent pas du tout à sa place. Mais tout vaut mieux que de rester avec sa mère. Sa sœur jumelle est morte récemment dans l’accident où Morwenna a été grièvement blessée, au point qu’elle ne peut plus se déplacer qu’avec une canne. Pour fuir sa mère, elle avait trouvé refuge dans un foyer, où son père est venu la chercher.
Il a maintenant sa garde (en dehors des périodes scolaires), lui qui avait abandonné sa famille et ne connaissait pas ses filles. Il vit en compagnie de ses trois sœurs, dont Morwenna se méfie, mais partage la passion de sa fille pour les livres de science-fiction et de fantasy. Morwenna les dévore, elle en achète une partie et emprunte les autres, fournissant aux bibliothécaires des listes d’ouvrages à faire venir car le fond local ne suffit pas à couvrir ses besoins.
Morwenna ne connaît pas la magie que dans les romans. Pour elle, la nature est peuplée de ce que, faute de mieux, elle appelle des « fées », créatures difficilement intelligibles et dont l’apparence corporelle se confond avec les éléments de l’environnement, dès lors que celui-ci est (ou bien est retourné à l’état) sauvage. Elle parvient à communiquer avec certaines, voire à utiliser les capacités offertes par la magie pour tenter d’influer sur le cours des choses.
Au point que, le jour où elle découvre l’existence d’un club de lecture de science-fiction dépendant de la bibliothèque, elle se demande si la magie dont elle a usé n’est pas en train de faire effet …

Voilà un livre encensé par les critiques et sur les blogs, il a obtenu plusieurs prix de SF prestigieux et j’étais donc très curieuse de le lire. Malheureusement, je n’ai pas communié avec l’enthousiasme général et même si, quelques semaines après cette lecture, je constate que le souvenir en est meilleur que prévu, compte tenu de l’agacement que j’ai pu ressentir en lisant le roman, je continue à m’étonner qu’il ait reçu un accueil aussi unanime (mais ceux qui n’ont pas été enchantés, oups, jeu de mots involontaire, sont peut-être comme moi, qui ai failli me dispenser de cette critique, tant je préfère parler des livres que j’ai préférés).

Certes, « Morwenna », journal intime de la jeune héroïne du même nom, est un hymne à la lecture (de SF et fantasy essentiellement) et vante les mérites des bibliothèques qui offrent à son héroïne d’incommensurables ressources pour satisfaire sa faim inextinguible de livres, mais (c’est mon côté Grincheuse qui ressort) j’en ai un peu assez des romans qui prennent la lecture comme toile de fond, j’ai toujours l’impression (que voulez-vous, j’ai mauvais esprit) que c’est une manière facile pour l’auteur de conquérir d’emblée ses lecteurs, qui seront tellement heureux de retrouver dans le ou la protagoniste quelqu’un d’aussi passionné qu’eux. Bref, tout ça pour dire que le côté apologie des livres, avec moi, ça ne suffit pas. D’autant plus qu’ici, et je ne suis pas la seule à le souligner, on verse trop souvent dans l’accumulation de titres à tout va, sans aller au-delà du simple fait de les nommer. On comprend très vite que Morwenna lit tout (et que l’auteur a tout lu elle aussi), on retrouve au passage des références à des livres qu’on connaît, d’autres pas, mais ça ne suffit pas à faire une œuvre (ni à conquérir les membres d’un jury littéraire … enfin, là, apparemment je me trompe).

Pour ce qui concerne l’histoire proprement dite, elle a une nette tendance à tourner en rond, avec Morwenna qui nous distille les infos petit à petit, ça OK, c’est de bonne guerre, mais il n’y a quasiment aucune progression dans l’intrigue, si tant est qu’il y ait une intrigue car l’ensemble est assez nébuleux. On n’en saura guère plus, in fine, sur ce qui s’est passé en amont du récit, en tout cas pas assez pour démêler le vrai du faux, notions qui ici n’ont plus guère de sens, entre ce que croit et voit Morwenna et la réalité, y-a-t-il ou non une frontière ? Difficile de répondre aussi nettement qu’on le voudrait, dès lors qu’un des personnages qu’elle côtoie semble à son tour perméable à sa conception du monde (mais cet aspect est, je le reconnais, une des forces du roman, qui m’a obligée à remettre en cause mon point de vue manichéen sur la question). Enfin, la tendance de Morwenna à ressasser ses inquiétudes quant aux effets tangibles ou non de sa (prétendue) magie, avec les risques de compromettre les réactions « normales » de ceux qui l’entourent, m’a rapidement lassée.

Au-delà des critiques que je viens de formuler, il reste que « Morwenna » distille un certain charme né de l’ambiance mystérieuse dans laquelle le roman nous immerge. Quoi que j’en dise, il est en outre difficile de rester insensible à la sincérité de l’héroïne, ainsi qu’à sa boulimie livresque, surtout dans un cadre so british (ou, par moments, gallois), d’autant que sa réflexion sur certaines œuvres l’amène à l’occasion à des critiques piquantes sur le bien-fondé des comportements qui sont socialement la norme. Quant à la conception de la magie, elle a le mérite de sortir des sentiers battus en jouant la carte de l’ambiguïté. Enfin, j’ai apprécié la manière originale de représenter les fées pas du tout comme elles le sont dans l’imaginaire collectif.

J'ai aimé un peu« Morwenna », Jo WALTON
Titre original Among Others (2010)
Traduit de l’anglais (pays de Galles) par Luc Carissimo
Editions Denoël – collection Lunes d’encre (334 p)
Paru en avril 2014
Prix Nebula (2011) et prix Hugo (2012)

De très nombreuses critiques sur Babelio.

16 commentaires sur “« Morwenna », Jo WALTON

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    1. Un grand MERCI pour ton commentaire, Sentinelle ! ça m’a un peu pris la tête de rédiger ce billet, mais je l’ai fait malgré tout car j’apprécie, comme toi, de lire les échos discordants, surtout quand il y a certains livres que je ne « sens » pas vraiment , cela m’évite d’y perdre mon temps.
      Pour celui-ci, il n’est pas incontournable et je ne vois pas en quoi il pourrait marquer durablement les esprits, ce que j’attends d’un livre qui reçoit des prix de SF.

  1. J’avoue que j’ai encore du mal à me concentrer sur le sujet ô combien important et même capital pour moi qu’est la littérature, mais qui me paraît soudain bien léger. Peut-être est-ce pour cela – et aussi bien sûr en raison de ce que tu en dis -, que je ne suis pas très tentée par ce livre.
    Je sais que cela va revenir, mais qu’il est difficile aujourd’hui de retrouver le goût de la lecture…

  2. A la première lecture j’ai eu une grosse déception sur ce roman sans doute parce que moi aussi je m’attendais à quelque chose qui me toucherait plus… par contre avec le recul je lui porte bien plus d’affection, surtout depuis que je lis les romans qu’elle cite, c’est assez amusant ensuite de voir ce qu’elle en a passé, de reparcourir quelques passages…

    1. Oui, c’est marrant, ce décalage entre le ressenti immédiat et celui a posteriori ! J’ai d’ailleurs hésité entre une ou deux parts de tarte (pour ma cote d’amour) et j’en suis finalement restée à une parce que je n’ai pas de solution intermédiaire. C’est quand même un roman attachant, même s’il m’a pas mal agacée à la lecture (mais pas au point de le laisser tomber : même si l’envie de l’abandonner m’a effleurée, il n’a pas été difficile de le poursuivre malgré tout).

    1. Ma sœur, qui n’est pas plus amatrice que toi de SF, était tentée aussi et l’a commencé. Mais elle l’a abandonné parce qu’il y avait beaucoup trop de références aux romans du genre, qui ne lui disaient rien.

  3. Moi non plus, je n’ai pas été conquise. Il faut aussi le dire quand on aime pas, ça aide à avoir diférents points de vue et à pouvoir balancer les pour et les contre !

    1. Je l’ai lu en bibli (on ne dira jamais assez à quel point c’est bien, les bibliothèques 🙂 !). Je suis contente que mon avis ne vous ait pas refroidie outre mesure !

  4. Je m’attendais tellement à trouver une longue liste de livres (par les copinautes) qu’au contraire, j’ai trouvé ça encore agréable. Je ne me suis pas reconnue en Morwenna comme cela a été le cas pour de nombreux lecteurs mais j’avoue qu’elle m’a beaucoup touchée 🙂

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