Salon LIRE EN POCHE à Gradignan (dimanche 5 octobre 2014)

La médiathèque de Gradignan
La médiathèque de Gradignan

J’ai démarré ma seconde journée (pour la première, c’est ici) au salon Lire en poche de Gradignan par un petit tour sur les stands de livres et cette fois j’ai eu la chance d’y rencontrer Jeanne Benameur, que j’avais ratée la veille. J’étais contente de pouvoir lui dire à quel point j’avais été sensible aux romans que j’ai lus d’elle (« Les insurrections singulières », « Profanes ») et marquée par son texte autobiographique, « ça t’apprendra à vivre ».

Jeanne Benameur
Jeanne Benameur

Puis j’ai rejoint la grande salle du théâtre des quatre saisons pour y assister à l’ interview donnée par Yasmina Reza. Je la connais à travers deux de ses pièces de théâtre : « Art » (bien sûr) et « Le Dieu du carnage » (dont j’ai ensuite vu l’adaptation au cinéma), mais aussi d’un récit, « L’aube le soir ou la nuit ». Je ne suis pas venue à bout de « Hommes qui ne savent pas être aimés » (pas le bon moment, peut-être, j’avais trouvé cette lecture déprimante …).
J’ai respecté le souhait de Yasmina Reza de ne pas être photographiée.
ArtL’entretien, mené par Jacqueline Petroz, a permis de revenir sur le parcours de l’auteur et le succès de « Art » notamment (on a eu droit à une anecdote amusante sur la distribution des rôles). Celui-ci lui a ouvert les portes de l’étranger, dont elle rêvait. De par ses origines multiples, elle ne conçoit pas en effet le théâtre comme régional, il faut qu’il soit soumis aux regards d’autres cultures pour être valable et Yasmina Reza souhaitait tout particulièrement être jouée outre-Atlantique. En contrepartie, le danger est venu, pour elle, quand non seulement on a associé sa personne au succès (alors que celui-ci est hasardeux) mais aussi à la drôlerie. Le recueil de textes qu’elle a publié ensuite, qui n’était pas de la même eau, lui a permis de se recaler et de retrouver sa liberté.

Parmi les propos que Yasmina Reza a tenus, j’ai noté ses considérations sur le couple, venues alors qu’elle parlait d’ « Heureux les heureux » : « Pour la fiction dramatique, le couple est le meilleur endroit. Il s’agit d’une stratégie existentielle pour échapper à notre solitude à l’intérieur de soi, qui est comme un gouffre […] S’associer à quelqu’un, c’est croire qu’on peut être plus fort pour affronter cette solitude. Mais ça demande énormément d’efforts pour assurer le bien-être de cette nouvelle entité ».heureux les heureux

A la question qui lui est posée : « Avez-vous inventé une vie en plus à vos personnages ? », Yasmina Reza répond qu’elle ne le fait pas et que quelque chose en elle est totalement réfractaire à ça. Elle ne comprend même pas qu’un acteur ait besoin d’en savoir plus sur son personnage, il doit jouer à l’instinct, utiliser la matière biologique de son rôle. L’auteur ne veut pas qu’on connaisse la biographie de ses personnages. Ceux-ci ne sont pas prémédités, ils ne font que bouger durant le temps d’écriture.
Qu’on puisse lui reprocher de ne pas s’intéresser aux gens heureux la fait rire. « Le terrain de l’écriture n’est pas dans un champ de pâquerettes en gambadant ! ».

partieEn évoquant « Comment vous racontez la partie », Yasmina Reza précise : « Comme le personnage, je suis terriblement réfractaire aux interviews, à la radio etc. » Et elle ajoute (ce avec quoi je suis foncièrement d’accord … même si la médiatisation des auteurs me conduit à chercher à rencontrer ceux que j’aime dans les salons littéraires 😉 ) : « Au fond, ce qui compte, c’est ce que j’écris, pas ce que je dis par ailleurs. Dès que la question devient un tout petit peu privée, je me cabre, à la fois par pudeur et parce que je suis convaincue que je vais diminuer la portée de ce que j’écris. J’ai beaucoup de mal avec les écrivains trop savants sur ce qu’ils écrivent. Je vais les soupçonner immédiatement d’avoir écrit un métadiscours pour vendre », car « On ne détient pas les clés de la fable ». Pour elle, l’écriture est synonyme d’immédiateté, en cela elle n’est pas loin de la peinture.

Un mot enfin au sujet de l’interprétation de ses pièces, parce que ça m’a fait sourire (elle le disait d’ailleurs avec le sourire). Au début, elle allait toujours assister aux pièces d’elle qui étaient montées. Mais elle a fini par renoncer car parfois elle était « horrifiée » par ce qu’elle voyait : il y a un large spectre d’interprétations (dans tous les sens du terme) possibles, mais certaines vont au-delà et c’est « faux ».

La deuxième rencontre que j’avais soulignée pour ce dimanche était celle réunissant Maylis de Kerangal, Carole Zalberg et Jeanne Benameur (rien que ça !) autour du thème « Devenir soi/Devenir autre ? », que je trouvais particulièrement attractif. Je n’avais pas regardé la présentation détaillée fournie dans un autre fascicule que celui du programme où j’avais fait mes repérages et me suis méprise en imaginant qu’il s’agirait d’une réflexion croisée sur les pouvoirs de l’écriture et de la littérature en général. Je ne m’attendais donc pas à ce que ces interrogations soient posées au sujet des personnages des romans de nos auteurs et me suis passablement ennuyée à écouter les analyses psychologiques relatives aux uns et aux autres qui en découlaient, toutes pertinentes qu’elles soient. L’année prochaine, je ferai plus attention !

Aucune erreur de ma part, en revanche, en choisissant d’assister à la pièce de théâtre « Les années » : je m’étais assurée qu’il ne s’agissait pas d’une lecture (je ne suis pas fan) d’extraits du livre d’Annie Ernaux. J’étais cependant loin de m’attendre à une interprétation de cette qualité (et la pièce était donnée pour la première fois) ! Laetitia Andrieu, jeune comédienne talentueuse, s’est emparée du texte, se l’est approprié au point de l’incarner au sens propre du terme. Au-delà de la simple performance (une heure seule sur scène et on ne voit pas le temps passer), la prestation illustre à merveille le projet de Frédéric Maragnani avec la Bibliothèque des Livres vivants : des comédiens apprennent un texte par cœur puis le donnent à entendre, ils « sont » le livre.
Les pages de la vie d’Annie Ernaux se sont ainsi tournées et les spectateurs, portés par le souffle vibrant de la comédienne, naviguaient entre émotion, sourire, réflexion sur soi et sur les changements autour de soi. Un moment inoubliable.Laetitia Andrieu

Nous avons beaucoup et longtemps applaudi Laetitia Andrieu. Puis le théâtre s’est vidé.
Dehors, une camionnette commençait à charger du matériel, alors que les stands de livres n’étaient pas encore totalement déserts (allez, au passage un petit au revoir et quelques mots à un de « mes » auteurs allemands, encore présent). Le salon s’achevait tranquillement en même temps que le parc de Mandavit s’habillait de cette lumière flatteuse du jour qui décline.
Aucun doute, je serai au rendez-vous l’année prochaine !affiche Lire en poche

6 commentaires sur “Salon LIRE EN POCHE à Gradignan (dimanche 5 octobre 2014)

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  1. Encore une belle journée ; je me souviens d’une rencontre avec Jeanne Benameur, c’est très agréable d’échanger avec elle ; je n’ai rien lu de Yasmina Reza, j’ai seulement vu la pièce de théâtre « Art » à la TV. Je ne suis pas très attirée par ses sujets. C’est dommage pour le débat et ce n’est pas toujours possible de s’éclipser. Je vais vérifier si la pièce « les années » tourne dans mon coin, tu me donnes furieusement envie d’y aller. Merci pour le compte-rendu détaillé (je suis incapable de prendre des notes quand j’écoute).

    1. On a parlé bouquins (évidemment !) avec Jeanne Benameur, qui m’a recommandé le dernier Siri Hustvedt, pour lequel j’étais très circonspecte.
      Pour le débat, je n’ai même pas songé à m’éclipser, parce que j’étais toujours sur mon idée de départ et je croyais que ça allait finir par « décoller » ! De toute façon, je ne m’étais pas placée de façon à pouvoir m’éclipser discrètement, j’étais convaincue que ça allait me plaire.
      Quant à la pièce, je ne crois pas qu’il y ait de tournée prévue pour le moment, mais j’essaierai de surveiller ça.
      Enfin, pour ce qui est des notes prises durant les interventions, ce sont elles qui m’aident à rester concentrée : si je n’écris pas, je suis beaucoup moins attentive (un vestige de mes années d’étude, sans doute), donc j’ai tout intérêt à noter 😉 ! Après, il me faut élaguer pour faire un billet lisible (enfin j’espère !). Et quand ça ne me plaît pas, au lieu de notes sur mon bloc, il y a des gribouillis, parce que là, je ne note pas, quand même.

  2. Excuse-moi de poser une question bête mais il n’y a donc pas que des livres de poche au salon du livre de poche?

    1. Théoriquement, il n’y a que des livres de poche, Valérie. Mais lorsque le dernier-né des auteurs n’est pas un poche, il est quand même présent. Et puis, dans certaines éditions, ce ne sont ni tout à fait des poches, ni tout à fait des brochés. J’ai aussi vu un stand avec de beaux livres Carnets de voyage. Mais bon, majoritairement, le salon présente des livres de poche, bien sûr, et les titres dont il est question, au cours des rencontres, sont pour la plupart (mais pas toujours, c’est vrai) sortis en poche. Et compte tenu de la longueur de ma réponse, tu vois que ta question n’était pas si bête que ça, en fait 🙂 !

  3. Eh bien quand tu fais un salon, tu ne le fais pas à moitié !!!!
    Désolée de ne pas t’avoir vue avant ton départ…
    J’espère que tout va bien dans ta nouvelle vie
    bizzzz

    1. En réalité, si tu voyais l’étendue du programme du salon, tu te rendrais compte que je ne l’ai fait qu’au dixième !
      Et oui, tout va bien dans ma nouvelle vie :).
      Bises à toi aussi.

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