« Dans les yeux des autres », Geneviève BRISAC

J’interromps ma publication des billets relatifs aux romans lus dans le cadre du Prix Confidentielles (dont j’ai achevé la lecture + rédaction des critiques il y a 15 jours) pour vous parler du premier roman (de la rentrée littéraire) lu juste après cette série.

dans les yeux des autresBien des années plus tard, Anna Jacob parcourt ses anciens cahiers, à défaut de poursuivre son œuvre littéraire. L’écrivain qu’elle fut s’appelait Deborah Fox. Le procès que ses proches lui ont intenté, quand elle a exposé aux yeux des autres le quotidien de leur vie de combattants révolutionnaires, a signé son arrêt de mort.
Sans ressources, Anna a fini par retourner vivre auprès de sa sœur, Molly, devenue médecin, avec laquelle elle fit jadis ses premiers pas de militante. C’est à cette époque que toutes deux rencontrèrent Marek Meursault et aussi Boris …

De ce roman qui n’a rien de gai mais dont la vérité frappe, je retiendrai avant tout le brio de l’écriture, à la fois enlevée et réfléchie, et de la construction, ainsi que certaines images ou séquences marquantes (Boris rue Vauquelin et l’épisode des mains, Anna et les chaussures de Molly, entre autres) car emblématiques.
Pour revenir sur le parcours de quelques jeunes gens, militants convaincus au point de rejoindre l’Amérique du sud pour aider à la révolution, devenus maintenant des adultes d’âge mûr, l’auteur croise les fils narratifs, mêle présent et passé sans jamais perdre quiconque (grâce à ses titres de chapitres alertes et n’hésitant pas à situer les moments), alterne les points de vue, en usant toujours d’une écriture vive, directe et souvent piquante, mais aussi apte à décrire précisément les mouvements intimes de chacun. Loin d’occulter sa présence, elle l’intègre au récit au travers d’un « on » ou d’un « nous » qui s’adjoint le lecteur dans l’analyse de son propre exposé, commentant les gestes des personnages en s’approchant d’eux au plus près, au point de les sentir respirer, vibrer, douter, vivre en somme.

Un roman dont le fond sonne profondément juste et dont la forme m’a vivement impressionnée.

Extrait :

Si l’on scrutait l’âme d’Anna, on découvrirait la naïveté de celle qui n’a pas compris que le temps passe pour de bon, et l’optimisme terrifiant qui jette des êtres par-dessus les balustrades. On peut se demander ce qu’Anna espère. Sans attendre de réponse, car la plupart des espoirs sont sans nom.
Le soir venu, elle se rend à la fête. Elle porte une robe noire à col rond et à manches trois quarts, qui s’arrête à mi-mollets. Dessus, un collier d’ambre. En bas, des escarpins qui lui scient la base des orteils. Elle ressemble assez à l’idée que nous pouvons nous faire de la dignité blessée. Le plus dur est de ranimer ses yeux, elle les a regardés dans la glace, ils sont ternes et éteints, ses iris tilleul ont pris une couleur jaunâtre et boueuse, et le blanc de l’œil est un peu gris, elle compte sur le champagne et les sourires.

J'ai beaucoup aimé !« Dans les yeux des autres« , Geneviève BRISACDialogues Croisés
Editions de l’Olivier (306 p)
Paru en août 2014

L’avis de Cathulu.

12 commentaires sur “« Dans les yeux des autres », Geneviève BRISAC

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  1. Le billet de Cathulu m’avait déjà tentée, voilà que tu enfonces le clou. J’attendrai que la bibliothèque réagisse, tranquillou 😉

    1. Comme je le disais plus haut, il me semble que ses thèmes précédents ne me disaient rien. Mais du coup, je vais vérifier, car je serais heureuse de retrouver sa plume.

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