« Kinderzimmer », Valentine GOBY

Kinderzimmer« […] il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent. »
C’est dans ce but, raconter au plus près de l’instant, que Valentine Goby a écrit l’histoire de Suzanne Langlois, alias Mila dans la résistance, déportée politique arrivant en avril 1944 au camp de Ravensbrück. Jeune femme dont la grossesse débutante passe inaperçue, elle découvrira plus tard l’existence, sur place, d’une Kinderzimmer (chambre des enfants) pour les nourrissons…

Dans « Kinderzimmer », des mots sont mis sur l’horreur au quotidien, dans les détails de l’intime des corps, ceux que les images d’un film ne peuvent montrer. Et les images, les sons et les odeurs se forment en nous et malgré nous, on voudrait les tenir à distance mais c’est impossible, on est submergés par tout cela qui n’aurait jamais dû exister et que pourtant des êtres humains ont vécu, tandis que d’autres, ces surveillantes monstrueuses, s’y complaisaient.  Ce n’est pas l’espoir, cramponné à la volonté de survivre, que je retiendrai de ce roman, tant il a été balayé par l’insoutenable de ce qui m’a été donné à ressentir.
J’ai lu ce livre rapidement car c’était une lecture éprouvante, mais à celles qui ont tant enduré on doit au moins cela.

Au cours d’une interview que j’ai écoutée ensuite, l’auteur explique que la Kinderzimmer de Ravensbrück a existé de septembre 1944 à la libération. Elle précise que ce camp n’est pas documenté, raison pour laquelle dire Ravensbrück est d’autant plus nécessaire. Cette nécessité apparaît déjà, dans le roman, à Mila :
« […] dire, dire maintenant, pour qu’un jour ce soit dit dehors par elle ou par une autre, qu’importe, que celles qui réchappent soient armées de ses yeux à elle, des yeux de toutes. Pourvu qu’on s’en souvienne. Précisément. Chaque soir avec Teresa, se répéter encore une fois les événements. Les noms. Les chiffres. Les dates. Ne pas abandonner, parler, donner à voir. »
Réussir à témoigner aura, sans aucun doute, représenté une nouvelle épreuve pour les survivantes. Valentine Goby, en offrant ainsi ses mots à des vies humiliées et pour la plupart anéanties, contribue à son tour à perpétuer leur mémoire.

Marquant !« Kinderzimmer », Valentine GOBY
Editions Actes Sud (224 p)
Paru en août 2013

Les avis de : Véronique, Clara, Jostein, Krol,  Stephie

42 commentaires sur “« Kinderzimmer », Valentine GOBY

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  1. C’est un roman dont j’ai aimé l’ecriture et auquel j’ai attribué de plus en plus de qualités bien après en avoir tourné la dernière page.

  2. Je comprends la nécessité de ce livre, mais je ne suis pas certaine de vouloir le lire. Pourtant, tu as raison, on doit bien à celles qui ont vécu cela d’en supporter le récit…

  3. Je me souviens d’une lecture forte sur Ravensbrück dans les années 80, je ne sais plus si c’était un collectif ou le témoignage de Germaine Tillion. Toujours est-il que je n’ai pas encore franchi le blocage que j’ai par rapport à une fiction. Je pense que je le lirai plus tard.

  4. Grâce à un livre de témoignages avec photos dont je ne sais plus le titre, j’ai découvert l’existence des camps et j’ai beaucoup lu à leur sujet depuis mais une lecture comme celle-là reste toujours un choc!

  5. Depuis sa sortie, ce livre m’attire mais je crains vraiment qu’il soit trop éprouvant. Ton billet me fait penser qu’il vaut tout de même la peine de s’y attarder. Je le ferais le moment venu. Comme les com, je crois vraiment qu’on ne témoignera jamais assez sur cette période. Et heureusement que cela nous affecte.

    1. Je ne connaissais pas la plume de Valentine Goby. Je n’ai pas trouvé le roman émouvant, au sens où il ne met pas les larmes aux yeux (excepté tout à la fin, mais c’est bien longtemps après, on n’est plus dans le camp). L’auteur ne joue pas sur le pathos, non. ce qu’elle raconte est cru-choquant-révoltant, on est plongés dans la chair malmenée du camp et on souffre avec les détenues. Dans ce sens, c’est plutôt à notre compassion, au sens propre de « souffrir avec » que l’auteur fait appel.

  6. Il est sur ma liste… grande envie de le lire. Ta chronique me pousse encore plus 😉 Mais je prendrai mon souffle avant de le lire, je me doute qu’il sera tout aussi éprouvant que ceux que j’ai lu avant…

    1. Oui, il fait souffrir, ce livre, pour ce que ces femmes ont vécu et pour la manière dont l’humain a été nié à travers ce qui leur a été fait.

      1. On a toujours nié l’humain, avant et encore maintenant… 😦 La pire des créatures sur terre, c’est l’homme (être humain), aucun animal ne fait autant souffrir les autres.

        Notre capacité de réflexion nous fait inventer des concepts pour tuer plus vite, mieux, faire souffrir plus… Brrr, certains de mes semblables me dégoûtent.

        Je devrais me blinder avant d’ouvrir ce livre, sinon, j’aurai du mal à le finir.

  7. Pour l’instant je lis L’élu de Chaïm Potok, mais je compte bien me plonger dans celui-ci très bientôt. Mais jusqu’à présent j’ai lu beaucoup de choses « noires », donc j’attendais.

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