« Tout ce que je suis », Anna FUNDER

Tout ce que je suisQuatrième de couverture :
Avec l’avènement du Troisième Reich, l’existence insouciante de quatre jeunes Berlinois bascule. Persécutés, ils s’exilent en Angleterre. Depuis Londres, ils tentent d’alerter le monde, désespérément aveugle, sur la terrible menace que représentent Hitler et le régime nazi.
Inspiré d’une histoire vraie, « Tout ce que je suis » met en lumière la destinée héroïque et tragique de ce petit groupe de militants qui organisèrent au péril de leur vie une résistance acharnée contre la cruauté indicible.
Un magnifique roman où amour et trahison se confondent dans un ballet d’ombres.

C’est sur la foi de cette quatrième de couverture et après la lecture du court prologue, qui nous emmène directement à Berlin en 1933, au moment où Hitler accède au pouvoir, que j’ai eu envie de me plonger dans ce roman.
Mais ce qui a suivi le prologue m’a déconcertée : je m’attendais à voir le récit se dérouler de manière chronologique, après les événements berlinois qui venaient d’être présentés, or cela n’a pas été le cas. On se retrouve en effet de nos jours auprès de Ruth, une très vieille dame vivant en Australie, qui se remémore son exil en Angleterre en 1934. Elle reçoit des documents de l’écrivain Ernst Toller et celui-ci, évoqué au moment où il avait émigré aux Etats-Unis en 1939, devient le second narrateur de l’histoire. Une fois compris ces aller-retour entre le présent de Ruth, malade et souffrant de troubles de la mémoire, Toller dans une chambre d’hôtel américaine en 1939 et eux-mêmes, avec d’autres, exilés à Londres en 1934, sans compter les retours en arrière avant cet exil, ça allait mieux.
Sauf que, entre-temps, m’avait pris l’idée saugrenue, puisque le récit est basé sur des faits réels, de me renseigner sur l’écrivain Ernst Toller, dont je n’avais jamais entendu parler. Un petit tour sur internet me permet de découvrir une courte biographie le concernant… et hop, je venais de m’auto-spoiler (je n’en dirai pas plus…). L’affaire aurait dû s’arrêter là, mais non, je demeurais soucieuse de démêler la réalité de la fiction (en gros, je voulais reconnaître les personnages ayant existé parmi les autres). Et rehop, je déniche une interview de l’auteur (qui parle couramment français) en podcast, (« Chemin rêvant », sur France Musique). Elle explique qu’elle a connu personnellement Ruth en Australie et, dans la foulée, j’en apprends à nouveau un peu trop sur certains protagonistes ! J’ai arrêté les frais, repris ma lecture, mais inutile de vous dire que j’ai eu du mal à ressentir une quelconque tension narrative étant donné qu’une bonne partie des faits à venir m’était connue (précision faite parce que, toujours sur la quatrième de couverture, on cite le commentaire du Sunday Telegraph : « Un captivant récit qui évoque les meilleurs romans d’espionnage »).

Ceci dit, « Tout ce que je suis » est un roman particulièrement éclairant sur les circonstances dans lesquelles Hitler est parvenu au pouvoir, plus précisément sur les moyens dont il a usé (assassinats, extraditions, envois en camps de concentration) pour museler ceux qui tentaient de lui barrer la route, le tout en conservant l’apparence de la légalité, après le providentiel incendie du Reichstag qui lui permet de se doter des pleins pouvoirs. La résistance à laquelle il a dû faire face a longtemps été passée sous silence, occultée par les terribles crimes commis par et au nom de l’Allemagne. Pourtant cette résistance a été réelle et c’est elle qui intéresse Anna Funder (et motive ses travaux : contrairement à ce que son nom ainsi que son précédent roman, Stasiland, pourraient laisser supposer, elle n’est pas d’ascendance allemande).
A travers le destin d’un petit groupe de personnes (je n’ose écrire de personnages, puisqu’une partie d’entre eux ont réellement existé), l’auteur illustre cette opposition, nous rappelant d’ailleurs au passage la révolution qu’a connue l’Allemagne en 1918-1919. Toller y avait acquis la renommée qu’il devait par la suite mettre au service de la lutte contre le national-socialisme, aux côtés du parti socialiste ouvrier. Anna Funder met aussi en lumière l’extrême difficulté dans laquelle se trouvaient les exilés en Angleterre pour mener leur combat : il leur était en effet interdit, sous peine de se voir retirer leur visa, de manifester une quelconque opinion politique ! Toute leur action militante ne pouvait donc s’effectuer que de manière clandestine et ce dans un pays dont beaucoup ne maîtrisaient pas la langue.
L’auteur brosse un tableau précis et réaliste des conditions de vie des exilés allemands en Angleterre, nous invitant à entrer dans l’appartement de certains d’entre eux pour partager leur quotidien difficile aussi bien que leurs menées engagées. En même temps, nous les découvrons tels qu’ils sont comme individus, des êtres de chair et de sang qui aiment, doutent et se trompent et tels qu’ils seront, à jamais, marqués par ce qu’ils auront vécu.

Un roman bien écrit, intéressant à plus d’un titre, ponctué d’incidents ou d’événements dramatiques, mais auquel je suis malgré tout restée un peu extérieure, j’ai du mal à m’expliquer pourquoi (perturbée par le mélange réalité/fiction ?).

J'ai bien aimé !« Tout ce que je suis », Anna FUNDER
Titre original All That I Am (2011)
Traduit de l’anglais (Australie) par Julie Marcot et Caroline Mathieu
Editions Héloïse d’Ormesson (492 p)
Paru en avril 2013

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15 commentaires sur “« Tout ce que je suis », Anna FUNDER

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  1. Je suis contente de voir ton avis, il me tente beaucoup. Moins le mélange réalité/fiction et je ne ferai pas comme toi, je n’irai rien lire avant !

    1. Oui, il est préférable de ne rien lire avant pour mieux apprécier le roman en tant que tel.
      Je l’avais repéré en librairie et lorsque j’ai vu qu’il figurait dans la dernière édition de Masse Critique, j’en ai profité.
      Si tu souhaites que je te l’envoie, n’hésite pas à me faire signe.

  2. Il me tente, celui-là… et je n’ai pas de mal avec le mélange réalité-fiction du coup, ça peut me plaire… et j’aime les constructions bizarres!

  3. Comme Aifelle, ce roman me tente depuis sa sortie, et continue de me tenter encore ! Par contre, je n’avais pas repéré que l’auteure était australienne, je la croyais allemande de l’Est.

    1. Je savais qu’elle était australienne, mais j’étais persuadée qu’elle était d’origine allemande (le nom + l’intérêt pour le pays), alors qu’en fait son nom est d’origine suédoise.
      Et pour ce qui est du roman, comme je l’ai dit à Aifelle, n’hésite pas à me le demander.

    1. Je te comprends, je suis assez rarement impulsive pour les achats de bouquins, je me tâte un moment, par peur d’être déçue (comme cela m’est déjà arrivé). Heureusement qu’il y a les bibliothèques !

  4. Je viens de lire un article plutôt enthousiaste sur BibliObs au sujet de ce roman, et il me semblait bien que tu en avais parlé auparavant. Je suis donc revenu lire ton avis, plus réservé.
    Ça ne sera donc pas une priorité pour moi, mais s’il croise mon chemin, pourquoi pas…

    1. J’ai ressenti la même chose, je lisais mais je restais extérieure, alors que le sujet avait tout pour me passionner (j’avais été particulièrement sensible à « La Rose Blanche », d’Inge Scholl) …

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