« Les insurrections singulières », Jeanne BENAMEUR

les insurrections singulièresParce qu’elle aborde parfois des thèmes que je trouve a priori trop durs (je pense aux « Demeurées » ou à « Laver les ombres »), j’avais décidé de ne pas lire Jeanne Benameur, jugeant qu’elle n’était pas un auteur pour moi (jusqu’à « Profanes », qui m’a récemment fait changer d’avis). Au point de zapper complètement ses « Insurrections singulières » (et donc tout le bien qui a pu en être dit), roman sur lequel je suis tombée en librairie, dans sa version (récente) en poche. Je l’ai ouvert, j’en ai lu le début et je me suis dit que ce roman était pour moi.

« Les insurrections singulières » raconte l’histoire d’Antoine, rentré à l’usine sidérurgique comme son père avant lui, faute d’avoir trouvé sa voie après son bac et quelques années d’errance à l’université. Au moment où le lecteur fait sa connaissance, Antoine traverse une passe plus que critique : il a la trentaine bien tassée et a dû retourner vivre chez ses parents après sa rupture avec Karima. Karima, c’est 4 ans de sa vie, 4 ans avec une femme professeur de français, amoureuse des mots, ces mots qu’Antoine ne parvient pas à dire et qu’elle s’est lassée d’attendre. Pourtant, les mots lui viennent quand il s’agit, à l’usine, de prendre la parole au nom du syndicat pour échauffer les esprits de ses camarades, alors que l’avenir de tous est précaire, suite à des délocalisations au Brésil. Car, chez Antoine, la révolte gronde, une rage qu’il parvient seulement à assouvir en se fonçant à moto à travers la nuit. Cela, ses parents ne peuvent le comprendre. Mais un de leurs vieux amis, Marcel, bouquiniste attentif aux autres, noue avec Antoine un lien particulier qui, de fil en aiguille, va les emmener tous les deux bien loin de leur ville natale…

Dans ce roman, il est question d’un individu, Antoine, mais ses interrogations rejoignent si souvent les nôtres qu’il y est aussi question de nous, tant de choses nous interpellent au passage. La crise économique et la mondialisation, thèmes abordés frontalement dans le cadre de l’usine d’Antoine, posent par ricochet les questions de la valeur et du sens du travail. Et parce que le travail fait partie intégrante de nos vies, voire les définit, impossible de ne pas se recentrer sur elles, ce qu’elles sont (devenues), comment elles ont (le cas échéant) fini par nous limiter/emprisonner, par rapport à ce que nous les rêvions. Traversant tout cela, est évoquée notre relation à nous-mêmes, qui nous cherchons, et aux autres, des êtres aimés aux simples passants, cette fraternité humaine dont Antoine ressent la proximité.
Enfin, « Les insurrections singulières » est un livre qui parle des mots ou de leur absence et du pouvoir qu’ils détiennent : le sujet, cher à Jeanne Benameur, romancière mais aussi poète, fut d’ailleurs, elle l’explique à la fin du livre, le point de départ du récit.

Un roman vivant, au sens plein du terme, et enrichissant, de ceux dont je me dis, à peine l’ai-je terminé, que je le parcourrai à nouveau, parce qu’il y a des notations ou des réflexions sur lesquelles je veux prendre le temps de revenir.

J'ai beaucoup aimé« Les insurrections singulières », Jeanne BENAMEUR
Editions Actes Sud, collection Babel (230 p)
Paru (dans la version brochée) en 2011

41 commentaires sur “« Les insurrections singulières », Jeanne BENAMEUR

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    1. « Les Demeurées » ne me tente(nt) toujours pas.
      Quant à celui-ci, à mon avis, la première partie (au moins) te plairait (enfin, je pense).

  1. Je n’ai pas aimé « Les demeurées », j’ai adoré « Laver les ombres », quant aux « Insurrections singulières », il m’a manqué un petit quelque chose pour vraiment aimer.

  2. Bravo pour ce billet ! Alors que je n’ai JAMAIS eu envie de lire cette romancière (même en lisant ton précédent billet sur Profanes), tu me donnes très envie de lire celui-ci, sans doute parce que les sujets me touchent en ce moment, ce rapport au travail notamment (mais je ne travaille pas en usine). Et le rapport aux mots, évidemment.

    1. Je ne garantis pas que tout, dans ce roman, te plaira, mais je pense qu’un certain nombre de ses réflexions ne te laisseront pas indifférente.

  3. D’où, pour un auteur, la nécessité de soigner tout particulièrement le premier chapitre. C’est l’accroche du lecteur, comme à la pêche. Ensuite il faut l’amener tout doucement sans qu’il rompe la ligne vers la conclusion. Le dernier chapitre c’est l’épuisette qui permet de sortir le poisson de l’eau. Il faut également dans cette dernière partie laisser le lecteur un tout petit peu sur sa faim, sans pour autant le frustrer. La pêche, comme l’écriture est un sport solitaire et délicat….

  4. Si un jour je lis cette auteure, ce sera avec ce roman. J’ai toujours fui depuis « Les demeurées »… que je n’ai pas lu mais dont le thème me fait terriblement peur. Peur de la façon dont c’est traité, en fait…

    1. « Challenge pavé de l’été » ?!!! Mais de quoi s’agit-il donc 😯 ?
      Allez, j’rigole 😛 !
      Comme son nom l’indique, le challenge commencera … en été, of course (le premier jour de l’été, normalement ) !

  5. On m’avait offert ce roman et j’en garde un très beau souvenir de lecture, une belle réflexion sur l’individu et sa place dans la société.

    1. « Les insurrections singulières » te conviendrait mieux, je pense (au regard de ce que tu as éprouvé en lisant « Profanes », que j’ai pu voir sur ton blog).

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