« Maine », J. COURTNEY SULLIVAN

MaineL’été arrive et les membres de la famille Kelleher vont se rendre dans leur vieille maison de vacances du Maine, au bord de l’océan. A côté d’elle, un cottage plus moderne héberge Alice, leur mère ou grand-mère, âgée de 83 ans et veuve.
C’est une femme dont la beauté impressionne encore et qui consacre beaucoup de son temps à des activités paroissiales. Mais il n’y a guère de charité dans ses jugements et ses propos à l’égard des membres de sa famille, ce qui ne la gêne pas du tout, elle serait capable de vous dire qu’il n’y a que la vérité qui blesse. Alice n’est pas quelqu’un de facile et ne l’a jamais été, mais était-elle vraiment faite pour être mère de famille ? Ne s’est-elle pas plutôt contrainte à vivre la vie que sa sœur aînée, Mary, n’avait pu avoir ?
Sa fille aînée, Kathleen, a pâti de l’instabilité d’Alice et dans sa vie comme dans celle de sa mère, l’alcool a servi de refuge. Elle mène maintenant une vie qui la satisfait, en Californie, où elle gère avec son compagnon une exploitation agricole d’un genre spécial (on y élève des vers de terre), entreprise à laquelle bien évidemment Alice n’accorde aucun crédit.
Maggie, la fille de Kathleen, vit à New York où elle tente d’être écrivain et de construire un couple avec son petit ami, Gabe. Mais tout ne va pas comme elle le souhaiterait.
Quant à Ann-Marie, l’épouse de Patrick, le benjamin d’Alice, elle se passionne pour la décoration des maisons de poupées, un excellent dérivatif alors que, ses enfants devenus grands, elle n’a plus son rôle de mère au foyer à jouer.

Alice, Kathleen, Maggie, Ann Marie : quatre personnages et quatre personnalités sur lesquels le récit se focalise tour à tour (les chapitres portant leurs noms se suivent et le cycle se reproduit, à l’identique ou presque), avant des retrouvailles chaotiques au Maine qui en sont le point d’orgue…

De l’auteur, j’avais lu le premier roman, « Les débutantes », que j’avais apprécié sans être toutefois certaine que je lirais à nouveau J. Courtney Sullivan, il y a tant à lire. Mais le thème de « Maine » m’a attirée et, même si je craignais un peu de m’y ennuyer (les commentaires des lecteurs anglophones allaient de l’enthousiasme au que-suis-je-allée-faire-dans-cette-longue-galère), la curiosité m’a poussée à me lancer.
Et je ne me suis pas ennuyée une seconde ! Oh, pas d’action trépidante, ici, ni de tension narrative particulière. Non, rien de plus mais c’est déjà beaucoup quand c’est réussi, qu’une immersion dans le quotidien mais aussi les parcours de quatre femmes, dont les voix successivement racontent et se racontent, sans faux-semblant. En contrepoint, grâce à cette alternance des points de vue, on perçoit la distorsion du regard extérieur des proches, souvent figés sur une image qu’ils se sont faite des membres de leurs familles.
Chaque vie ainsi retracée s’est construite par rapport à un environnement donné. Ce n’est pas une découverte mais « Maine » l’illustre à sa manière, convaincante, s’immisçant dans une famille en enregistrant au fur et à mesure les incidents ou les événements et leurs répercussions au fil du temps. Et ce cours du temps coule aisément, entre présent et retours en arrière glissés sans y paraître, pour que le lecteur, progressivement, découvre la toile dans son entier… avec, bien sûr, quelques accrocs par endroits.

Un mot enfin au sujet du titre, « Maine ».
Si l’analyse psychologique tient le haut du pavé, on a cependant un petit aperçu du littoral du Maine et de la maison d’Alice, suffisant pour nous faire rêver : Briarwood Road, la route arborée et isolée qui y mène, semble tirée d’un conte ; quant à l’idée d’admirer l’océan de chez soi (en buvant un thé ou un verre de vin, selon l’heure), d’aller marcher sur la plage ou se baigner directement en sortant de la maison, je pense que je ne serai pas la seule à qui elle plaira.

« Maine » est un roman vivant (dans tous les sens du terme car l’écriture est agréable et les dialogues abondent), où l’étude réaliste d’une famille en particulier, par le biais de quatre portraits de femmes tout en finesse, nous renvoie à celle(s) que nous connaissons, avec leurs forces et leurs failles (on a tous quelque chose en nous des Kelleher) et aussi à nos propres chemins, de doutes et de choix.

J'ai bien aimé !« Maine », J. COURTNEY SULLIVAN
Titre original Maine
Traduit de l’anglais (américain) par Camille Lavacourt
Editions rue Fromentin (450 p)
Vient de paraître

« Une merveille de roman« , pour  Cuné.
Et Cathulu estime que « Si ce roman , impossible à lâcher, ne devient pas LE roman de l’été, c’est à n’y rien comprendre ! »

26 commentaires sur “« Maine », J. COURTNEY SULLIVAN

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  1. Oui, que deux parts? J’ai lu plein de billets enthousiastes, et noté. Mais je lirai le précédent, déjà à la bibli, on peut attendre!

    1. « Plein de billets enthousiastes » ? Il est sorti aujourd’hui, donc le nombre de billets est encore réduit … et heureusement que nous ne sommes pas toutes exactement du même avis.

  2. Deux parts ou quatre, peu importe désormais puisque je l’ai noté et surnoté au point d’avoir envie de sortir rien que pour l’acheter. Trop de bons billets enthousiastes ont applaudi et conseillé cette lecture ces derniers jours et Clara et toi, aujourd’hui, vous apportez le coup de grâce à qui serait encore hésitante.

    1. Ah ! Tu me fais plaisir, Mango ! Je me demandais si mon billet avait été lu ou si on avait seulement regardé le nombre de parts de tartes 😦 !

  3. Il semble avoir tout pour me plaire, et ton avis me le confirme (mais oui, je l’ai lu !). Pourtant, je commencerai raisonnablement par Les débutantes qui vient de sortir en poche !

    1. J’ai préféré « Maine » (même si ça ne se voit pas au niveau de l’attribution des parts de tarte 😉 ! en fait, pour « Maine », j’en aurais bien mis 2 et 1/2 ), qui m’a davantage parlé.

    1. Oui, Cathulu, c’était juste une impression globale, après 4 commentaires d’affilée se focalisant sur mes parts de tarte 🙂 !

  4. Bon alors d’abord : moi je ne fais pas attention au nombre de parts de tarte, enfin, pas trop, c’est plutôt le détail de ton commentaire qui me parle. Ensuite : un auteur que je ne connais pas du tout, mais le sujet me dit bien. Je note (pour le jour où ma PAL aura baissé : ha ha ha!).

    1. Les parts de tarte (qui n’ont pas toujours existé sur mon blog, elles ont fait leur apparition il y a deux ans environ (j’ai ajouté le logo sur certains des billets déjà parus) après un long débat avec moi-même …) permettent de percevoir, sans ambiguïté, la manière dont, moi, j’ai apprécié le livre, au-delà de ses qualités intrinsèques. Mais j’attache beaucoup plus d’importance au contenu dudit billet, of course.
      A part ça, une PAL qui baisse, c’est du jamais vu, enfin 😈 !

  5. je l’ai fini ce week-end et j’ai adoré moi aussi cette lecture! j’ai aimé ces portraits, cette atmosphère et cette fresque passionnante et émouvante.

  6. moi j’avais pas vu les parts de tarte … j’ai lu les Débutantes il y a quelques mois, le terminant avec un « bof » et pas mal de réserves, mais j’ai donné sa chance à l’auteur en lisant Maine. J’ai préféré c’est sûr, mais sans que ce soit fracassant. Pas vraiment d’action, mais il se lit bien c’est sûr. Pour moi, un roman de vacances, sans plus !

  7. C’est vraiment bien analysé. Je retrouve mes impressions à la lecture de ce livre. Alice m’a souvent exaspérée, je dois le dire. Je me suis dit que les enfants souvent paient pour une faute qu’ils n’ont pas commise.

  8. j ai mis un lien vers ton article
    J ai bien aimé ce roman , je trouve cependant que les caractères sont un peu simplifiés
    Luocine

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