« Une place à prendre », J.K. ROWLING

Branle-bas de combat dans le pittoresque petit bourg de Pagford, niché dans le sud-ouest de l’Angleterre : le très charismatique Barry Fairbrother, conseiller paroissial, vient de mourir subitement, laissant ainsi son siège vacant. Il incarnait l’ouverture vers la cité des Champs, cette banlieue défavorisée dont lui-même était originaire et que Pagford voudrait oublier. Parce que, si cette excroissance n’avait proliféré sur ses terres, elle aurait dû dépendre de Yardvil, la ville voisine, dont elle représente tous les vices modernes, avec en premier lieu sa clinique de désintoxication.
Quatre candidats se manifestent, perturbant souvent leurs proches, et l’apparition soudaine sur le forum du conseil paroissial de « révélations » anonymes les concernant n’arrange rien.

Gros plan sur tout ce petit monde, couples et progéniture adolescente. Mais aussi sur Krystal Weedon, l’une des condisciples des jeunes gens : adolescente difficile, fille d’une junkie de la cité des Champs, Barry Fairbrother avait réussi à l’intégrer à l’équipe féminine d’aviron qu’il avait créée, mais maintenant qu’il a disparu, tout peut déraper …

« Une place à prendre » est la chronique socio-familiale d’une petite bourgade anglaise traditionnelle (comme, sans doute, il en existe encore), crispée sur des valeurs dont l’altruisme ne fait pas forcément partie. Réfractaire aux perturbations nées de la vie moderne, elle refuse (ou du moins une majorité de ses habitants) d’en assumer les effets pervers, elle érigerait même, si elle le pouvait, des barrières permettant d’assurer son imperméabilité à l’extérieur. Pourtant, cet extérieur est bien là. Il y a d’ailleurs des gens, comme Barry Fairbrother, qui sont capables de passer d’un monde à l’autre et veulent s’en souvenir.
J.K. Rowling dépeint ce microcosme avec la précision d’un entomologiste. Elle observe toute une série de personnages, en accordant une place aussi importante aux adultes (elle se focalise sur cinq couples) qu’aux grands adolescents, souvent en souffrance (maltraitance sous toutes ses formes, entre autres) quel que soit leur milieu social et rarement capables de communiquer avec leurs parents (parmi lesquels deux pères en proie à de sérieux troubles comportementaux).
Chacun, donc, des personnages, est saisi à un moment de sa vie, certains dans leurs doutes et éventuellement leurs velléités de rupture(s). Et tous vont ricocher les uns contre les autres, au gré des incidents générés par les candidatures.

L’auteur construit un récit maîtrisé, où l’étude des caractères et des milieux sociaux s’inscrit dans une logique narrative installant une tension progressive, qui va crescendo dans les 200 dernières pages. Car les diverses interactions entre les personnages convergent vers un final dont on redoute la teneur.

Une comédie de mœurs guère optimiste mais plutôt crédible et bien menée.

Quelques considérations plus personnelles :
Le thème de l’histoire ne m’attirait pas spécialement et, si je n’avais pas été mue par la curiosité et mon attachement à l’auteur (à laquelle je dois des heures de lecture mémorables) et aussi par l’idée (et l’envie) qu’elle réussirait à rendre ce thème passionnant, ce n’est pas forcément un livre vers lequel je serais allée.
Cependant, une fois posés les divers personnages, je suis entrée facilement dans l’histoire et dans le petit monde de Pagford. Je ne peux pas dire que j’ai été passionnée mais j’ai tourné les pages sans difficulté car Rowling est une bonne romancière qui sait capter l’attention.
Il reste que le roman n’a pas suscité beaucoup d’émotion chez moi (excepté à un certain moment, où j’ai été touchée), il n’a pas non plus trouvé en moi d’écho particulier si bien que je suis demeurée un peu à distance, en observatrice extérieure.
Avec le recul, je me demande si j’ai vraiment cru aux personnages, même s’ils m’intéressaient et s’ils étaient relativement fouillés. Dix jours se sont en effets écoulés depuis ma lecture et ce qui semble surnager, c’est l’impression que l’auteur a un peu forcé le trait, tant pour l’ambiance générale que pour les caractères en particulier.
Pour conclure, si l’on me demande (ce qui a déjà été le cas) si je conseille ou non ce roman, je réponds que, à mon sens, il est loin d’être indispensable.

« Une place à prendre », J.K ROWLING
Traduit de l’anglais par Pierre Demarty
Editions Grasset (680 p)
Paru en septembre 2012

30 commentaires sur “« Une place à prendre », J.K. ROWLING

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  1. J’avoue que je suis extrêmement méfiante, et ce que tu dis ne fait que renforcer mes craintes. Je crois que je vais passer mon tour, ou alors, peut-être, un jour, en poche…

    1. J’ai déjà l’impression que, avec le temps, ce n’est pas une lecture qui se bonifiera pour moi ( = parfois, avec le recul, on apprécie davantage, mais je sens que ce ne sera pas le cas ici).

  2. Moi je ne l’ai pas trouvé exagéré ce livre… je l’ai trouvé très vrai même, très fidèle à ce qui peut se passer dans des quartiers défavorisés….. Pour ma part, je le conseille à 100% ! 🙂

  3. Je venais tranquillement lire ce billet, presque sûre de ne rien noter… Il me tente tellement peu ! Il faut dire que l’extra-terrestre que je suis n’a jamais lu Harry Potter ! 😉

    1. Oh, mais je pense qu’il y a des tas de (très bons) lecteurs qui n’ont pas lu Harry Potter : c’est un univers particulier qui n’attire pas forcément.

  4. Moi qui ne suis toujours pas franchement décidée à l’acheter, ça ne m’aide pas. Je crois que je vais le mettre sur ma liste pour Papa Noël, ça arrangera sûrement quelqu’un de me l’offrir et je ne prendrais pas de risque financier xD

  5. Exagéré ? Oui et non, tout dépend où on vit. Cela dit, peu de chance que tous ces gens se côtoient bien sûr. Elle a reproduit à l’échelle du village, les réalités plus générales de la société.

  6. Ah ! Je lui dois aussi de belles heures de lecture passionnées à cette auteur 🙂 Mais ta note me convaint d’attendre la sortie de ce roman en bibliothèque pour m’y frotter…

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