« Plage de Manaccora, 16h30 », Philippe JAENADA

Voltaire (le narrateur), sa femme Oum et leur petit garçon, Géo, sont en vacances sur la côte italienne, quand un terrible incendie se déclenche et ravage la forêt bordant tout le littoral. Il les contraint, avec d’autres vacanciers, à fuir leur lieu de villégiature et à longer la côte, à la recherche (désespérée) d’un endroit à l’abri des flammes…

Parfois, on se demande pourquoi on met aussi longtemps à aller vers un livre ! C’est le cas avec cette « Plage de Manaccora, 16H30 », au sujet de laquelle j’avais pourtant vu fleurir des billets sur les blogs… mais je crois bien que je les avais zappés. A ma décharge, il me semble avoir vaguement tenté une incursion chez un des précédents romans de l’auteur, mais faute d’avoir été convaincue par mon butinage, j’en avais déduit que l’intéressé n’était pas pour moi.
C’était compter sans Kathel, dont le tout récent billet m’a interpellée : serais-je passée à côté d’un roman qui pouvait me plaire ?!
Eh bien oui ! Parce que le ton de cette « Plage de Manaccora » m’a tout à fait convenu (mais il ne convient sûrement pas à tout le monde, en matière d’humour, nous ne sommes pas réceptifs aux mêmes choses) et j’ai moult fois souri, voire ri en cours de lecture. Et pourtant, me direz-vous, le sujet a priori ne s’y prête pas. Certes. Et Philippe Jaenada n’occulte en rien l’aspect dramatique de la situation, bien au contraire (j’y reviendrai). Bon, d’un autre côté, et je ne pense pas être en train de spoiler, le narrateur nous raconte tout cela après et, visiblement, il n’est pas en plein deuil de sa femme et de son fils. Donc, au moins pour ce qui les concerne tous les trois, on est au cœur de l’action mais pas en train de stresser comme des fous pour eux.
Si bien qu’on peut malgré tout s’amuser au passage des multiples commentaires que l’auteur nous glisse en douce, dont les plus drôles sont sans conteste ceux où il se moque de lui-même. Au-delà de ces apartés présentés entre (multiples) parenthèses (insérées l’une dans l’autre, pour le plus grand bonheur du lecteur), les événements donnent aussi lieu à quelques réminiscences ne manquant pas de piquant, dont l’inénarrable scène de l’Hippopotamus où le narrateur expose (avec candeur ou mauvaise foi, au choix) comment il s’est vu, pour cause d’ébriété manifeste (au moins aux yeux du portier-videur), refuser l’accès du restaurant (pas sûr que je suivrais indéfiniment l’auteur sur ces chemins alcoolisés dont il a l’air coutumier, d’après ce que j’ai pu apercevoir d’un autre de ses titres, mais cette séquence hippopotamienne est d’anthologie).
Reprenons.
Philippe Jaenada rapporte avec brio des événements terribles. Il nous projette in situ, n’en fait jamais trop mais dépeint de manière saisissante les différentes étapes de la fuite des estivants poursuivis par le feu, en donnant à chaque fois les indications topologiques nécessaires pour qu’on se représente parfaitement la scène : on voit le film catastrophe se dérouler sous nos yeux. Il raconte en ayant le souci d’observer, au fur et à mesure, les réactions de son narrateur et le lecteur ne manquera pas d’imaginer qu’il pourrait se trouver à sa place.
Mais l’humour qui, en toutes circonstances, pointe le bout de son nez, aide à tenir le tragique à distance : sans le nier, il le met en perspective, comme si l’auteur voulait nous dire que voilà, ainsi vont nos vies, alternance de désespoirs et de ridicules, le drame y côtoie le dérisoire, elles sont tellement humaines.

Ah oui, j’oubliais : j’étais persuadée, en cours de lecture, que l’auteur avait réellement vécu quelque chose de similaire à ce qu’il relatait (comme le laisse d’ailleurs entendre la dédicace à son fils, « héros du feu ») et, renseignement pris ensuite, c’est effectivement le cas.

Un roman distrayant et très bien vu !

« Plage de Manaccora, 16H30 », Philippe JAENADA
Editions Grasset (281 p)
Paru en janvier 2009
(disponible aussi en collection de poche)

21 commentaires sur “« Plage de Manaccora, 16h30 », Philippe JAENADA

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  1. Je l’ai découvert très très récemment avec Le chameau sauvage, et cet auteur (français, eh oui, comme quoi!) me plait bien! Et je l’ai rencontré AVANT de le lire (style : euh quel est votre nom; la honte)

    1. Ah, ah ! Je me reconnais bien là dans mes a priori par rapport à la littérature frenchy !
      Et faudra que tu me racontes cette rencontre (de vive voix, au Festival America ?) !

  2. C’est étonnant la contagion des parenthèses… ça gagne vite du terrain, ces petites bêtes-là ! Je suis ravie que tu aies apprécié l’humour de ce roman !

    1. J’ai toujours aimé les parenthèses, donc il m’est facile de me laisser aller !
      Et merci encore de m’avoir donné envie d’aller découvrir cette fameuse Plage de Manaccora !

    1. C’est vrai que ça ne court pas les rues, des romans de ce genre (en plus, ce n’est jamais gagné, car ce qui fait rire les uns ne fait pas toujours rire les autres).

  3. J’ai souris à la lecture de ta note, c’est déjà bon signe !!! Je gared un souvenir très amusant du « Chameau sauvage » (avec une scène alcoolisée assez mémorable aussi, alors je ne vois pas ce qui me retient plus longtemps !

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