« Karoo », Steve TESICH

Présentation de l’éditeur :
[…] Ce roman est l’odyssée d’un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul « Doc » Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon sans talent séparé de sa femme et traînant plusieurs tares émotionnelles. En tant que script doctor pour Hollywood, Saul Karoo mutile et « sauve » le travail des autres. En tant qu’homme, il applique le même genre de contrôle sournois à sa vie privée et se délecte de nombreuses névroses très particulières : son incapacité à se saouler quelle que soit la quantité d’alcool absorbée, sa fuite désespérée devant toute forme d’intimité, ou encore son inaptitude à maintenir à flot sa propre subjectivité. Même s’il le voulait, il ne pourrait pas faire les choses correctement, et la plupart du temps, il ne le veut pas. Jusqu’à ce qu’une occasion unique se présente à lui : en visionnant un film, il fait une découverte qui l’incite à prendre des mesures extraordinaires pour essayer, une fois pour toutes, de se racheter. Si Karoo est bien l’ambitieux portrait d’un homme sans cœur et à l’esprit tordu, c’est aussi un pur joyau qui raconte une chute vertigineuse avec un humour corrosif. C’est cynique. C’est sans pitié. C’est terriblement remuant. C’est à la fois Roth et Easton Ellis, Richard Russo et Saul Bellow.

« Karoo » raconte certes une histoire, mais qu’elle tarde à démarrer ! En attendant, la personnalité atypique de Karoo nous est exposée en long, en large et en travers. Bien sûr, la présentation se veut dynamique et prend la forme de diverses scénettes où il est confronté à ses proches et aux gens qu’il fréquente. Mais cela n’a pas suffi à retenir mon attention, une fois appréhendés les contours originaux de l’énergumène. Et si l’humour est présent, je n’y ai pas été sensible puisque même le moment de bravoure virant au grand guignol qu’est son rendez-vous médical n’est pas parvenu à me faire sourire.
J’envisageais donc un abandon pour cause d’ennui patent, quand le récit a commencé à prendre, au-delà de la farce (ou tragicomédie) qu’est la pseudo-vie de Karoo, une tournure un peu plus dramatique, avec l’épisode où notre homme emmène une jeune et jolie jeune fille, Laurie, aux yeux de laquelle il représente une respectable figure paternelle, à un dîner mondain avec le très cynique producteur Cromwell. A partir de là, l’enchaînement des événements était plus dynamique et je me suis dit (il était temps, j’atteignais les 200 pages !), que je mordais enfin à l’hameçon.
Malheureusement, je m’étais trompée et j’ai recommencé, plus loin (et là, j’avais trop avancé pour abandonner) à trouver que les choses s’éternisaient. Le style était certes alerte mais on tournait à nouveau autour des mêmes considérations, du même nombril, on piétinait avec un anti-héros se lançant dans une entreprise de réécriture de sa vie où il s’avérait toujours irrémédiablement semblable à lui-même, à savoir quelqu’un n’ayant aucune idée (je le cite) de son vrai moi, « ayant toujours senti qu’[il] pouvait être n’importe qui ».

J’ai forcé par pure curiosité : « Karoo » était apparemment devenu un phénomène éditorial, du fait de son lancement par des libraires passionnés et je ne demandais qu’à partager un tel engouement (je ne voulais pas passer à côté de quelque chose), consciente d’avoir la chance de pouvoir le lire en bibliothèque et me faire mon idée à son sujet. Mais j’ai opté, en attaquant la seconde moitié du roman, pour la lecture en mode rapide, car je n’en pouvais plus de m’engluer ainsi dans une histoire qui n’en finissait pas.
Parvenue au bout, j’ai eu la satisfaction du devoir accompli, pardon, de la curiosité satisfaite, mais c’est bien tout (oui, je le confesse, zéro empathie pour Karoo, pas d’antipathie non plus, on va dire de la compassion… mais ai-je réellement cru à ce personnage tout en faux-semblants, y compris vis-à-vis de lui-même ? en tout cas son destin n’a pas réussi à me toucher) !

« Karoo » n’est pas un roman inintéressant (on y décortique minutieusement un homme comme on le fait souvent dans les romans et cet homme essaie de changer, au travers d’événements qu’il maîtrise plus ou moins), mais il ne m’a que très modérément intéressée (tant pis pour moi). Passer autant de temps avec un individu (bien plus pathétique que détestable) qu’on parvient à cerner et qui n’évolue pratiquement pas ou si peu, m’a lassée. On n’est finalement, sinon jamais, du moins pas souvent, surpris par ce qui arrive (c’est que notre héros devient de plus en plus prévisible), malgré quelques idées de scénario (le métier de Karoo rejaillit sur moi) percutantes. Quant aux considérations sur le monde moderne (et l’individu au sein de celui-ci) que le roman peut véhiculer, elles concernent surtout un certain milieu et, à l’image du reste du propos de l’auteur, elles n’ont trouvé que fort peu d’écho chez moi (on va dire que je n’étais plus réceptive).

Il ne me reste qu’à vous renvoyer vers le billet enthousiaste et argumenté d’In Cold Blog (en le lisant, et alors que je sortais de la lecture, un rien fastidieuse, de « La conjuration des imbéciles », je m’étais pourtant immédiatement dit  que ce roman n’était pas pour moi… comme quoi il faut parfois se fier à ses premières impressions) et vers les liens qu’il indique, auxquels j’ajoute, car leurs avis sont parus ensuite, ceux de ClaraDasola et Lucie (à compléter ad libitum par toutes les critiques élogieuses qu’on peut trouver sur le net) : de quoi vous convaincre d’aller, à votre tour, vous frotter à ce fameux « Karoo » !

« Karoo », Steve TESICH
Editions Monsieur Toussaint Louverture (607 p)
Paru en février 2012

25 commentaires sur “« Karoo », Steve TESICH

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  1. Tu apportes ta petite note discordante. ICB et Lucie, très enthousiastes, m’avaient quasiment vendu le Karoo mais là, après ton billet, j’hésite un peu. Les longueurs, les nombrils autour desquels on tourne comme autour d’un rond-point dans l’attente de la bonne direction me fatiguent assez vite aussi. J’attendrai de voir si mes bibliothécaires se lancent dans l’aventure ou pas…

    1. Tu sais, on présente les choses en fonction de la manière dont on les a perçues et j’aurais pu évoquer une analyse extrêmement fine d’une personnalité hors du commun. C’est cela, oui, sauf que je l’ai ressenti comme pesant et redondant, ce que nos amis blogueurs n’ont pas du tout reçu ainsi.

  2. Rha la la , j’hésite toujours ,ne voulant pas tout comme toi, passer à côté de quelque chose mais pressentant pourtant ( j’ai détesté et abandonneé La conjuration des imbéciles) que ce n’est sûrement pas tout à fait pour moi …
    Mais, dis-moi, quid des partes de tartes ? Disparues ???

    1. Non, elles n’ont pas disparu… mais je n’étais pas motivée, sur ce coup-là, donc je ne me force pas ! En fait, j’aurais bien mis une part, mais peut-être que pas de tarte du tout correspondait mieux parce que ce n’était « pas pour moi » (légende du 0 part de tarte). D’un autre côté, c’est un livre que j’aurais dû abandonner, parce que je ne le sentais pas et auquel, du coup, je ne suis pas certaine de rendre justice (et comme mes parts de tartes peuvent encore être assimilées par certains à une « note » alors que c’est une cote d’amour, j’ai préféré éviter pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté).

  3. Ah, crotte de zut ! Comme toi, j’avais ressenti un petit coup de mou vers les pages 100/200 et après, tout s’est mis en place et j’ai vraiment aimé suivre Karoo. Alors certes, il n’est pas aimable, (dans le sens premier du terme) mais il peut être touchant. Et même si l’on sent que malgré sa bonne volonté de dernière minute, son plan va foirer sec, je me suis vraiment « amusé » à le voir se démener.
    Bon, on ne peut pas gagner à tous les coups. Et sur ce coup-là, il y avait effectivement un risque pour que ça ne passe pas. Mais pour être honnête, j’aurais été bien plus triste si j’avais lu un tel billet pour « Vie animale » 🙂

    1. Te surprendrai-je en disant que si j’ai persisté dans ma lecture c’est un peu (grâce à, non) à cause de toi 🙂 ?! Allez, tu n’es pas le seul « fautif », tout le monde crie au chef d’oeuvre : au moins, je sais de quoi il retourne, maintenant !
      Quant au personnage de Karoo, il ne m’a pas amusée car j’avais l’impression de voir un pauvre pantin pris au jeu de ses propres manipulations. Et puis, j’ai trouvé tout cela un peu trop appuyé (mais, quand ça me plaît, je sais bien que je m’en moque, que ce soit appuyé…).

  4. Voilà un sérieux bémol ! Je l’attendrai à la bibliothèque (et encore ..) et si je n’accroche pas rapidement, je me souviendrai de ton billet et laisserai tomber.

    1. Oui, c’est du bémol avec un grand B ! Il faudra que tu essaies, mais ne laisse pas tomber trop rapidement : regarde le commentaire d’ICB, qui reconnaît avoir eu aussi un coup de mou vers les 100/200 pages, mais ensuite, pour lui, ça a roulé.

  5. Je ne connais pas, je suis complètement passée à côté du phénomène éditorial… Hum hum! Je vais aller voir les billets que tu conseilles pour ce roman, mais c’est vrai qu’à première vue, je ne suis pas certaine d’aimer non plus… Tu mentionnes La Conjuration des imbéciles : en voilà un que j’aurais aimé aimer et que j’avais eu du mal à terminer. D’ailleurs, j’en ai tout oublié!

    1. C’est In Cold Blog qui avait attiré mon attention sur ce roman et j’ai ensuite vu sur un autre blog qu’il avait été recommandé par les libraires dans l’émission « La Grande Librairie ». Et l’autre jour, j’ai feuilleté le dernier magazine « Lire » et il figurait (sur la page en face du top des meilleures ventes) parmi les romans dont on parle beaucoup ces temps-ci, d’où ma remarque.
      Quant à « La conjuration des imbéciles »… elle m’a laissée fort dubitative 😉 !

    1. Le personnage de Karoo est spécial, mais ce n’est pas vraiment cela qui est gênant (on voit toutes sortes de bizarreries en littérature), c’est la manière dont l’histoire est traitée. En version resserrée, peut-être que cela m’aurait davantage convaincue (disons que j’aurais moins eu le temps de m’ennuyer !) … mais ce n’est même pas sûr car le fait est que le fond de l’histoire ne m’a pas « parlé » !

  6. Me voilà bien hésitante devant « Karoo » ! J’en ai entendu et lu beaucoup de bien mais j’ai eu aussi des avis très mitigés comme le tien. Ne sachant plus trop si j’ai envie de lire ou non, je vais attendre un peu et m’y frotterai lorsqu’il recroisera ma route !

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