« En un monde parfait », Laura KASISCHKE

Jiselle, ravissante hôtesse de l’air âgée d’une petite trentaine d’années, décroche le gros lot lorsque le commandant Mark Dorn, très séduisant pilote de ligne convoité par l’ensemble de ses consœurs, la demande en mariage. Seul bémol, Mark est veuf et doté de trois enfants, deux grandes filles et un petit garçon. Cela n’empêche pas Jiselle d’accepter sa proposition. Elle le suit donc pour habiter avec ses enfants près de St Sophia, jolie bourgade américaine de carte postale, dans une pittoresque petite maison en bois perdue au bout d’un chemin, au bord d’une ravine. En l’absence de Mark, toujours parti sillonner les airs, la cohabitation n’est pas aisée et ce d’autant plus que les conditions de vie sont en train de connaître un changement radical. Une épidémie de grippe, dite grippe de Phoenix, se propage en effet à travers le monde et, au fur et à mesure que le nombre de victimes augmente, le confort matériel s’effrite et l’avenir devient de plus en plus incertain…

Je ne compte plus le nombre de romans post-apocalyptiques que j’ai lus et j’ai pourtant eu envie de découvrir cette variation-ci sur le thème, publiée en littérature générale et écrite par un auteur pour lequel ma seule expérience de lecture (« A moi pour toujours ») s’était soldée par une déconvenue (alors que ce livre est plutôt bien apprécié).
En réalité, j’ai failli débuter la présentation ci-dessus par « Il était une fois une belle hôtesse de l’air… » (après avoir abandonné mon idée initiale, du style « Barbie hôtesse de l’air et Ken pilote de ligne se marient… »), mais finalement cette entrée en matière un peu ironique n’aurait pas manqué de pertinence. Car, pour moi, ce récit peut être assimilé à un conte, ce n’est pas innocemment que l’auteur, à plusieurs reprises, met en scène Jiselle lisant des contes à Sam, le fils de son mari.
Le décor (la petite maison dans les bois) et les personnages, une nouvelle mère (pas une marâtre, puisque Jiselle est tout sauf méchante) confrontée à ses belles-filles (la méchanceté est plutôt de leur côté), nous y font d’emblée penser. Par la suite, le récit ne s’embarrasse guère du monde extérieur, brossé rapidement, essentiellement grâce aux quelques (rares) incursions de Jiselle hors du périmètre domestique. Le projecteur est braqué sur la maison et ses habitants (plus quelques personnages invités), on sait que le danger plane (la maladie, le manque d’électricité, puis de carburant et de vivres…) mais Jiselle veut que la vie continue et fait tout pour.
Cette drôle de chronique d’un quotidien en proie au changement, émaillée de micro péripéties, se laisse lire, même si j’ai trouvé les personnages trop schématiques pour être vraisemblables. On est curieux de voir comment Jiselle va faire face, la manière dont ses relations avec les enfants évoluent, on observe les modifications progressives d’une vie de plus en plus isolée du monde et on se demande jusqu’à quel point l’étau autour de la maison peut se resserrer…

« En un monde parfait » distille sa petite musique vaguement inquiétante au lecteur adulte qui jouerait à se faire peur (et si, un jour…), jusqu’à une fin que certains jugeront maligne et d’autres trop facile.

« En un monde parfait », Laura KASISCHKE
Editions Christian Bourgeois (332 p)
Paru en octobre 2010
Disponible aussi en livre de poche.

Yspaddaden a été déçue et Clara a un avis mitigé, mais sinon j’ai l’impression que les avis vont plutôt de très positifs à enthousiastes, comme vous le constaterez en allant lire ou relire les billets de :  Kathel, LilibaJoëlle, Cachou, Véronique …

22 commentaires sur “« En un monde parfait », Laura KASISCHKE

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  1. J’étais dans les enthousiastes… et je croyais à te lire que tu l’étais aussi !! jusqu’au pauvre petit quart de tarte tout seul…

    1. Ah, mais c’est qu’avec seulement une « petite musique vaguement inquiétante » on n’obtient guère plus qu’une part de tarte !

    1. Honnêtement, j’ai hésité, mais pas longtemps. C’est une cote d’amour (mal taillée, comme toutes les cotes) relative, qui tient compte aussi de ce que j’ai lu juste avant (« Le sillage de l’oubli », en l’occurence). Et puis, si je n’avais pas emporté ce roman pour m’accompagner durant un trajet en voiture, pas sûr que j’aurais poursuivi ma lecture jusqu’au bout, j’étais curieuse mais pas super accrochée et j’aurais bien été capable de lire en diagonale juste pour voir où ça allait nous mener (et je n’ai pas apprécié la fin ouverte, c’est trop facile).

  2. J’avais aussi fait partie des enthousiastes (mais c’est ma co-blogeuse qui avait rédigé le billet). C’est juste de parler du conte, dans ce roman : il y a plein d’indices qui vont dans ce sens. Et j’ai trouvé que la petite musique était justement ce qui rendait ce livre encore plus inquiétant. Cette existence qui peu à peu se réduit à de la survie, sans l’impression de catastrophisme.

    1. Certes, mais ça manque quand même rudement de profondeur psychologique, je trouve, les personnages sont vraiment peu fouillés (et c’est là que tu me rappelles que j’ai évoqué le conte… qui ne nécessite pas qu’on fouille le caractère du personnage 😉 !).

  3. Il est dans ma PAL ! Je n’avais pas été pleinement convaincue par « à moi pour toujours », je n’étais pas très partante pour relire l’auteur, jusqu’à ce que je lise quelques billets enthousiastes sur celui-ci. Il se peut qu’il ne sorte pas rapidement de la PAL.

    1. J’étais dans le même cas que toi et je me suis d’autant plus laissée tenter par celui-ci que j’étais curieuse de voir comment l’auteur traiterait le thème.
      J’ai malgré tout l’intention (a priori) de récidiver avec son dernier paru, « Les revenants », cette fois aussi en raison du thème (enfin, du titre, car je ne connais pas grand-chose du contenu, j’ai rapidement zappé les critiques, ayant décidé que je lirais le livre).

    1. J’avais failli l’acheter, maintenant qu’il est en poche, mais je ne regrette pas de l’avoir plutôt emprunté en bibliothèque, car je ne l’aurais pas gardé.

  4. Je fais partie des enthousiastes, mais j’ai eu quelques retours mitigés après l’avoir conseillé… et je ne suis pas trop étonnée de ta part de tarte ! 😉

  5. Je l’ai lu récemment, je fais partie des enthousiastes. Pareil que Anne, en lisant ton billet j’ai pensé que tu l’étais aussi, jusqu’à la part de tarte.

    1. C’est parce que mes critiques sont feutrées 😉 !
      Blague à part, ma réponse ci-dessus à Véronique (« arrajou ») t’apportera quelques précisions quant à l’attribution d’un unique morceau de tarte.

  6. Ah ben, je viens de terminer Les revevants pour ma part et j’ai été bluffée par la qualité de ce roman ! Peut-être saurais-je te convaincre… 😀

  7. J’avais bien aimé, moins que d’autres Kasischke mais je me suis laissée prendre au jeu du « Et si… » Reste à aller faire un tour du côté des « Revenants » !

  8. J’ai eu peut-être un peu de mal avec le début conte de fée où tout va bien et avec une Jiselle un peu trop naïve à mon goût mais j’ai aimé le développement de l’histoire, même si je reconnais que cela parait assez prévisible 😉 Savoir comment ça va se passer n’a pas enlevé le pouvoir de l’ensemble sur moi !

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