« Le sillage de l’oubli », Bruce MACHART

Lorsque Karel Skala naît dans une ferme du Texas, en 1895, il est le quatrième garçon de la famille. Mais sa mère meurt en couches. Dès lors, le père, Vaclav, se mure dans une attitude solitaire et dure et élève ses fils en conséquence : ils laboureront les champs paternels en tirant la charrue comme des bêtes de somme. Et l’étendue de ces champs croît au fur et à mesure que Vaclav gagne ceux de ses voisins, grâce à ses chevaux de course et au talent de cavalier de Karel.
Mais, en mars 1910, surgit un riche propriétaire espagnol, Guillermo Villasenor, doté de trois ravissantes filles, dont l’une, cavalière comme Karel, conquiert immédiatement le cœur du jeune homme. Villasenor propose à Skala un pari très particulier, une course de chevaux dont l’issue déterminera l’avenir de sa ferme et de ses garçons.
Quatorze ans plus tard, en décembre 1924, Karel se prépare à être père pour la troisième fois et, parce qu’il en est éloigné, confie les clés de sa ferme à deux jumeaux qui ont un peu trop d’idées…

Malgré ses qualités flagrantes, tant dans la construction du récit (alternance présent et passé : on connaît le point d’arrivée avec la situation actuelle de Karel, mais on se demande comment se sont déroulées les choses et on craint que les événements présents n’aillent pas dans le bon sens…), que dans l’écriture et l’approche des personnages, « Le sillage de l’oubli » est un roman dans lequel j’ai eu un peu de mal à m’installer, j’ai même craint un moment avoir fait fausse route en empruntant ce sillon. Et puis mon intérêt a crû suffisamment pour que je me laisse porter par ce récit tout en souffrance(s) tue(s) et dont j’ai trouvé qu’il gagnait progressivement en intensité.
Il pèse sur ces pages le poids de vies qui n’ont pas vraiment été vécues, condamnées par l’absence d’une mère ou d’une épouse à déserter les champs de l’amour. Lorsque sentiments il y a, quels qu’ils soient, ils ne sont que difficilement reconnus : on grandit mal lorsqu’on grandit sans être aimé et les quatre garçons portent à jamais, dans la difformité physique que sont leurs cous tordus, le témoignage tangible du terrible joug paternel.
Dès lors, le lecteur se demande si les quatre fils sont ou non condamnés par le destin à continuer à tracer ce même sillon qui les enferme …

Sombre, d’une force indéniable, « Le sillage de l’oubli » n’a pourtant guère trouvé d’écho en moi, peut-être parce que les traits des personnages m’ont semblé trop appuyés pour que je parvienne à y croire, si bien que j’ai toujours conservé une certaine distance par rapport au texte. Ce qui ne m’a pas empêchée de le lire à un rythme soutenu !

« Le sillage de l’oubli », Bruce MACHART
Editions Gallmeister (335 p)
Paru en novembre 2011

Un premier roman encensé par la critique et sur les blogs.

27 commentaires sur “« Le sillage de l’oubli », Bruce MACHART

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  1. Un sillon qui t’a marquée, pourtant toi n’as pas labouré? ^_^
    OK, mais quelle écriture! Portant au départ, cette histoire avec beaucoup de chevauchées, ce n’était pas gagné pour moi!

    1. Yep, c’est un sillon qui a laissé sa trace, quoi que j’en dise !
      Et en ce qui me concerne, au contraire, j’ai plutôt un a priori positif pour les histoires avec des chevaux, donc je n’avais pas de problème de ce côté-là.

  2. Inutile de te dire que j’ai un petit pincement au coeur de savoir que tu n’as pas été aspirée par le sillage de Karel. Mais savoir que tu l’as lu sans déplaisir et apprécié la force de l’écriture me console un peu (d’un autre côté, je n’ai pas écrit le bouquin, non plus 😉 )

    1. Ah, je sais bien ce que c’est, quand on a beaucoup aimé un livre, on est toujours un peu déçu de voir que l’autre a moins adhéré…
      Mais, tu sais, il s’agit vraiment d’une réticence toute personnelle, le constat que le livre ne m’a pas parlé (contrairement à « Désolations », par exemple, pour citer un titre de chez Gallmeister, même si les deux romans n’ont rien à voir), alors que je n’ai aucun « reproche » à formuler à son encontre, oui, c’est un roman de qualité, je ne peux qu’être d’accord.

  3. Le départ m’a fait peur aussi, j’ai cru que je ne pourrais pas continuer, mais après c’est passé tout seul. Les personnages sont peut-être un peu caricaturaux, pourtant à cette époque là, dans ce pays-là, venant de la Tchécoslovaquie profonde, je pense que tout était extrêmement rude et que la vie ne valait pas cher.

    1. J’ai eu du mal avec cette affaire de cous difformes (et l’auteur les pointe régulièrement, impossible de les oublier) et aussi quand le père cogne sur ses fils au point de les esquinter durablement… Oui, pour être rude, l’époque devait l’être, c’est sûr !

  4. Je fait partie de ceux qui ont été séduits par ce roman, malgré un démarrage un peu lent… mais tu me fais un peu douter de l’avoir conseillé largement autour de moi…

    1. Tu sais, moi, je l’ai carrément offert à une amie ! Elle ne l’a pas encore lu, mais maintenant j’ai hâte d’avoir son avis et j’espère qu’elle rejoindra le grand nombre de lecteurs qui ont aimé sans réserve, ils sont quand même majoritaires, donc ne regrette pas ton conseil 🙂 .

  5. Il faut le conseiller, c’est un grand premier roman ! D’un souffle épique rare ! Une écriture magistrale. Car finalement, tu l’as aimé, sinon, tu l’aurais refermé… ou lu tellement lentement que tu l’aurais oublié au fur et à mesure…

    1. C’est pas faux… surtout que, pour ce qui est de me tomber des mains, je venais d’avoir le cas juste avant, avec un abandon au bout de 180 pages… Et puis, je n’ai pas dit que je n’avais pas aimé, non, c’est un roman que j’ai apprécié, même si je me suis sentie loin de ce qui s’y passait.

    1. Oui, je me souviens de tes réserves et elles apparaissent dans le billet d’In Cold Blog, mais c’est vrai que j’ai fait au plus court et simplifié en ne retenant que l’avis de la majorité.

  6. Pareil que les petits copains …un début un peu difficile , on se demande si on va continuer mais après , après …. bon, tu ne vas quand même pas te mettre à distribuer 4 parts de tarte à chaque fois non plus, hein ! 😉

  7. Comme tu le sais, j’étais tentée… très tentée… et tes bémols parmi les louanges me rendent encore plus curieuse, c’est malin ! 🙂

    1. Comme toi, j’ai un a priori favorable lorsqu’il s’agit de romans publiés chez Gallmeister, mais cela ne veut pas dire que tous vont me convenir.

  8. difficile d’aimer un tel récit, quand l’histoire qu’il raconte est si dure, si apre. On ne l’apprécie pas de la même manière qu’un roman plus doux, plus lumineux. Mais je me suis laissée emportée par l’auteur et ses personnages, même si je ne les ai pas toujours compris.

    1. Tu as raison, le terme « aimer » n’est pas toujours adéquat quand on parle de certains romans (raison pour laquelle j’ai mis « marquant ! » en face de ma cote d’amour maximum, et non pas « coup de coeur », parce qu’un roman peut être remarquable mais dérangeant, donc ne pas susciter un « coup de coeur » au sens propre du terme). Mais même dans certains romans sombres ou douloureux, il m’arrive de trouver quelque chose qui ait un écho en moi, ce qui ne fut pas le cas ici.

  9. Cela m’a l’air pourtant bigrement tentant, comme histoire ! D’ailleurs, je l’ai déjà noté 😉 Ce n’était peut-être pas le bon moment mais malgré quelques bémols, tu sembles l’avoir quand même dévoré, ce qui est quand même plutôt bon signe 😉 mdr !

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