« A vol d’oiseau », Jim LYNCH

Quatrième de couverture :
Brandon a toujours eu une vision un peu particulière de la vie. S’il sait reconnaître le chant des oiseaux, il a du mal à trouver sa place parmi les humains. Son père, éleveur de bovins, ne sait pas quoi faire de lui. Promu agent de la police des frontières, Brandon surveille des centaines de kilomètres entres les Etats-Unis et le Canada, là où se déroule la guerre contre le trafic de drogue, les clandestins et les terroristes. Le paysage se peuple de politiciens paranoïaques, de caméras de surveillance et d’immigrés qu’il arrête par hasard. Mais Brandon n’a aucune conscience de ces problèmes. Tel les hirondelles colonisant la région, il reste libre de franchir la frontière invisible, et d’observer les deux communautés si éloignées par la politique mais si proche à vol d’oiseau.

Acheté il y a quelques mois au vu de sa seule bonne mine (une couverture et une quatrième de couverture qui m’avaient tapé dans l’oeil) et de la lecture de quelques passages (cf extrait ci-dessous), ce roman fut lu dans la foulée, une lecture-coup de cœur… qui m’a conduite à ne cesser de remettre la rédaction de ce billet, une espèce de blocage-peur de ne pas arriver à vous donner envie de lire ce roman un peu différent. Mais comme je n’entends toujours pas parler de lui sur les blogs, il faut quand même que je m’y colle, parce que je peux vous assurer qu’il le vaut bien !

C’est une histoire ancrée dans une réalité socio-politique  méconnue (au moins par moi), ce cadre inhabituel (on entend surtout parler de la frontière américano-mexicaine) qu’est la frontière américano-canadienne avec les difficultés qu’elle engendre, passage de clandestins et trafic de cannabis, légal au Canada, mais pourtant elle rappelle le conte. Brandon y figure un personnage ne ressemblant à aucun autre, jeune géant débonnaire malgré lui en marge de ses semblables, plus près des oiseaux par la taille et le cœur. Il s’efforce de comprendre les autres, se donne un mal fou pour communiquer avec eux, mais c’est comme s’il lui manquait des codes pour décrypter leur comportement et des mots pour les atteindre. En revanche, lorsqu’il s’agit, de manière quasi inconsciente, de dénombrer les races d’oiseaux qu’il rencontre au fil de sa journée et dont il identifie instantanément les chants, ou encore de comprendre le muet langage des vaches du troupeau paternel, tout coule de source. Idem pour s’emparer de ce que la nature peut offrir, branches, feuillages ou pierres, et ériger d’incroyables sculptures dans l’écrin de leur environnement. Brandon est un être attaché à la terre et attachant par son naturel.
Il n’est pas le seul personnage important du roman, mais le récit s’articule plus ou moins autour de lui, comme s’il convenait d’apprécier ce qui s’y déroule à l’aune de sa propre perception. Car si Brandon est soudain plongé dans les turbulences de la surveillance frontalière et y tient même un rôle plus qu’actif, il n’agit pas pour autant par conviction, mais en vient à arrêter des gens sans l’avoir voulu, parce que ses facultés l’amènent à détecter ce que d’autres ne voient pas. Du coup, tout paraît décalé. La réalité frôle l’absurdité (Brandon en policier émérite), l’idée-même de frontière s’en trouve décrédibilisée, et elle le sera plus d’une fois au cours du roman, au gré des situations ou des agissements des individus.

Parmi eux les collègues de Brandon, ses supérieurs aussi et les politiques, tous tellement acharnés à lutter contre les maux qu’engendre la frontière qu’ils prennent parfois des vessies pour des lanternes. Et toute une série de voisins. Madeline, une jeune femme dont Brandon voudrait capter l’attention, attirée comme d’autres par l’argent facile du cannabis et qui dérive lentement, quasi innocemment, vers lui et le milieu qui l’entoure. Son père, vieil et acariâtre original qui prend un malin plaisir à tourmenter, verbalement s’entend, son voisin de l’autre côté de la frontière. Lequel voisin n’est autre que Norm, le père de Brandon, enseveli sous les difficultés financières de son exploitation agricole et à son tour tenté par la proposition de revenus complémentaires… Enfin, à la fois proche d’eux puisqu’elle les incite à lui confier tous leurs secrets, mais aussi à l’écart, maintenant la distance nécessaire à son poste d’observatrice, il y a Sophie Winslow, singulière masseuse-collectionneuse-d’informations- tous- azimuts.

Un roman aussi atypique que son drôle de héros, chronique d’incidents frontaliers et de leurs dérives, mêlant habilement improbable et réalisme, acuité de la description et ironie réfléchie du propos, pour le plus grand bonheur du lecteur !

« A vol d’oiseau », Jim LYNCH
Editions des Deux Terres (424 p)
Paru en août 2011

Extrait :
« Brandon traversait les rues de son existence, maintenant plus que jamais, en étant payé, lui semblait-il, pour faire ce qu’il avait toujours aimé faire, observer les choses de près, encore et encore. Le côté répétitif et familier lui convenait. Il avait passé les vingt-trois années de sa vie sur ces terres agricoles et dans ces petites villes modestes coincées entre les montagnes et la mer intérieure qui longeait l’Etat de Whashington. Dès qu’il voyageait en dehors de ce réseau, il était désorienté, surtout quand il s’agissait de villes frénétiques grouillant de néons, de pigeons et de nains aux yeux exorbités qui le regardaient bouche bée. Deux heures passées dans les canyons de verre de Seattle ou de Vancouver et ses circuits s’enrayaient, ses mots se mélangeaient, et il craignait que son existence s’achève avant qu’il ait pu en comprendre le sens. »

23 commentaires sur “« A vol d’oiseau », Jim LYNCH

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    1. C’est bien la peine que je me décarcasse 😦 !
      (d’un autre côté, si tu ne le sens pas, je te comprends car je fais comme toi dans ces cas-là, je passe …).

  1. C’est drôle j’ai failli le prendre l’autre jour à la bibliothèque car ils l’avaient reçu en nouveauté. La couverture et le titre m’avaient attirée. Mais comme j’ai beaucoup de livres en attente j’ai laissé tombé. Et puis je n’ai pas réussi à discerner le lien entre les cris des oiseaux et la frontière Amérique/Mexique, ça m’a parut flou. Merci pour ton billet je tenterai le coup une prochaine fois alors.

    1. Un petit tour dans la rubrique « Sélection 1er blog » t’en donnera une idée, mais il y en a eu d’autres (« Comme la grenouille sur son nénuphar », « La fille sans qualité » etc.) : c’est rare, mais ça arrive !

  2. J’avais lu et aimé le premier roman de Jim Lynch, dont le titre m’échappe… une histoire de calmar géant. Oui, dit comme ça, ce n’est guère enthousiasmant, et pourtant c’est un très bon souvenir de lecture ! 😉 Ah, oui, le titre est « A marée basse » et je te le recommande.

    1. Il est noté, celui-ci ! J’avais percuté après coup (= après achat) que si le nom de l’auteur me disait quelque chose, c’est que je l’avais vu peu de temps avant chez Cathulu avec ce titre, précisément.

  3. Ouch, là, il me le faut (bon, tu en as convaincu au moins une) A priori c’est mon genre de romans. Et sache que cet éditeur a des couvertures somptueuses…

    1. Comme je viens de le dire à Kathel, si le nom de l’auteur me disait quelque chose, c’est que (je m’en suis rendu compte après) je l’avais repéré chez toi avec « A marée basse ».
      Mais, dis-moi, tu n’as pas fait de billet sur « A vol d’oiseau » (je viens de vérifier, car j’étais en train de me dire que, bon sang, il m’avait échappé, mais je ne trouve rien) ?

  4. Tu me donnes sacrément envie de lire ce bouquin. J’ai passé une fois cette frontière du côté du Montana. A côté du passage de France en Belgique, c’est la passoire la plus incroyable que je connaisse.

    1. Et de la Belgique à la France, on ne passe guère que… des chocolats 😉 !
      Blague à part, je suis ravie de t’avoir donné envie de lire ce roman !

  5. Tu as bien réussi à faire passer ton coup de coeur … ton billet est hyper tentant ! J’avais déjà noté ce titre mais je surligne carrément car c’est vrai qu’on n’entend peu parler de la frontière américano-canadienne !

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