« Le pigeon anglais », Stephen KEHLMAN

Harri(son) a 11 ans. Il vient du Ghana et habite dans une banlieue de Londres, au 9ème étage d’une tour, où il vit avec sa sœur un peu plus âgée, Lydia, et leur mère. Au pays sont restés leur père et la toute petite Agnès.
Plongée dans son quotidien, à hauteur de son regard (c’est lui qui parle). Au premier plan surgit le corps baignant dans son sang d’un jeune du coin qui a été assassiné d’un coup de couteau. Harri et son copain, Dean, s’érigent en enquêteurs en chefs pour retrouver le coupable. Au gré de leurs investigations balourdes, on découvre leur environnement, collège et quartier, des lieux où la violence, quand elle ne s’affiche pas frontalement, sourd insidieusement et finit par pénétrer les esprits les plus candides…

Pas facile de faire parler un gamin de troisième et on se doute aussi que le traducteur a eu du fil à retordre. Le résultat, s’il n’a pas emporté toute mon adhésion, du fait notamment de certains tics de langage curieux (avise-toi pas, c’était brutal, ça fait trouiller, c’est fâcheux…), est très tonique et assez crédible. Suffisamment en tout cas pour nous immerger dans les pensées de Harri et tâcher de reconstituer et décrypter son univers, en s’appuyant sur son seul regard, au travers des éléments relatifs à ses conditions de vie qu’il nous fournit incidemment. On voit tout à travers ses yeux, et dans ses considérations se mêlent naïveté et trivialité. Par moments s’insinue, déjà, l’envie de faire comme les petits caïds des bandes, alors que l’on sent chez Harri un garçon élevé par une mère qui a des valeurs, religieuses en particulier. Mais dans le contexte où il vit maintenant, ça se déglingue, de manière pernicieuse, il faut faire comme les autres, pour être accepté. Et le lecteur a l’impression que le bon fond du jeune garçon finira par être corrompu par son environnement et ses cruautés, celles des adultes se dessinant aussi en filigrane.
Au bout d’un moment, j’ai cependant trouvé que ça tournait un peu en rond dans un quotidien bien campé mais qui s’éternise. Heureusement, l’ « enquête » des deux gamins, si elle n’a rien de palpitant (ce sont juste deux gosses qui jouent les curieux en singeant Les Experts), finit par distiller une certaine tension et cette impression de piétinement s’est dissipée.
Un mot avant de conclure pour évoquer le volatile donnant son titre au roman et qui vient, rarement et c’est tant mieux, s’exprimer dans quelques passages en italique, un salmigondis philosophico-pigeonneux qui m’a laissée perplexe.

« Le pigeon anglais » se lit facilement mais ne m’a pas convaincue. Le choix du prisme du regard enfantin fait tout l’intérêt de l’entreprise en même temps qu’il en dessine, à mon sens, les limites : la perspective offerte, restreinte à dessein, ne permet pas au lecteur d’appréhender l’étendue de ce qu’on veut lui donner à voir.

« Le pigeon anglais », Stephen KEHLMAN
Editions Gallimard (328 p)
Paru en juin 2011

L’avis de : Kathel, Laurence

8 commentaires sur “« Le pigeon anglais », Stephen KEHLMAN

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    1. Oui, je vois ce que tu veux dire, je l’ai plus ou moins ressenti, j’étais perturbée par l’aspect vraisemblable ou non de ce langage enfantin…

    1. J’avoue que j’étais contente de ma formule 🙂 !
      Et j’ai du mal à t’encourager à lire quand même ce roman pour te faire ta propre idée…

    1. Il sort du commun, ce roman, il a une voix bien à lui (lis-en quelques pages si tu as l’occasion), mais j’ai du mal à le recommander, il m’a laissée sur ma faim.

  1. Il me fait toujours envie et en fait, j’avais l’impression de te sentir plus emballée que ne le laisse présager la chute de ton billet et ta note.

  2. Tant mieux qu’il te fasse toujours envie, car ta perception peut différer de la mienne. D’autant plus que cette perception, mon billet le laisse transparaître, est un peu ambivalente (et la cote d’amour donnée à la fin a un aspect tranchant pas toujours bon). Je crois que j’attendais davantage de ce livre, néanmoins je serais curieuse de savoir, d’ici quelques mois, quelle sera l’empreinte qu’il m’aura ou non laissée.

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