« L’affaire de l’esclave Furcy », Mohammed Aïssaoui

Quatrième de couverture :
Le 16 mars 2005, les archives concernant « L’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d’octobre 1817, dans l’île de La Réunion, que l’on appelle alors île Bourbon, décide de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté.
Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-six ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris.
Malgré un dossier volumineux et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n’a laissé aucune trace, ou si peu. J’ai éprouvé le désir – le désir fort, impérieux – de le retrouver et de le comprendre. De l’imaginer aussi.
M.A.

Ce que ne précise pas cette quatrième de couverture intriguante, c’est que Furcy détenait cette liberté de droit : il l’ignorait jusqu’alors, mais sa mère avait été affranchie et il n’aurait donc pas dû naître esclave. Mais là où nous ne voyons qu’un homme réclamant, preuves à l’appui (il détient tous les documents nécessaires), ce qu’une procédure légale, même en ces temps d’esclavage, ne pouvait a priori lui refuser, ses contemporains ont cru discerner le germe potentiel d’un mouvement d’ampleur. Dès lors, la requête personnelle d’un homme est devenue « l’affaire de l’esclave Furcy », elle a suscité une levée de boucliers de la part des colons (et même de certains Noirs affranchis) et a pris une tournure terriblement négative, le pot de terre contre le pot de fer.

C’est la méconnaissance de cette affaire qui a poussé Mohammed Aïssaoui, journaliste (mais pas historien, il le précise), à se lancer dans une quête passionnante et passionnée. On peut dire que cette histoire l’a littéralement habité, il l’a portée en lui durant plusieurs années et a mis toute son habileté technique d’investigateur mais aussi tout son cœur dans ses recherches (il y a beaucoup d’émotion lors des moments clés de son enquête, quand il fait la découverte de documents capitaux, ou bien lorsqu’il se rend sur les lieux où Furcy a vécu).

Le récit s’avère non seulement digeste car l’auteur a opté pour la concision (sans occulter pour autant l’essentiel), mais aussi dynamique. Des chapitres courts ponctuent en effet une narration rythmée, qui alterne passages romancés (scènes reconstituées) et évocation chronologique des étapes principales de l’affaire. Régulièrement, l’auteur intervient personnellement : il fait part au lecteur (qui le sent très proche de lui, tant il s’ouvre avec sincérité sur la manière dont il a vécu son enquête) de ses réflexions personnelles et de ses analyses sur le sujet.
Entreprise de reconstitution à la fois historique et humaine, à partir du peu d’éléments détenus, « L’affaire de l’esclave Furcy » offre une mise en perspective historique pertinente d’une époque où l’esclavage, pour le seul bénéfice de l’économie qu’il servait, n’hésitait pas pour se justifier à recourir aux plus fallacieux discours.

Pour ma part, je n’oublierai pas l’attitude des deux représentants de la justice (qui se heurteront au pouvoir politique et économique en place) qui n’ont pas hésité une seconde à accorder leur aide à Furcy, dans ses premières démarches. Et je resterai marquée par le rappel que l’auteur fait des traitements infligés aux Noirs récalcitrants et par la dignité de Furcy, sa vie durant, quelle que soit la difficulté des situations dans lesquelles il s’est retrouvé.

Un essai intelligent et sensible : une réussite (et un prix Renaudot Essai 2010 parfaitement justifié) !

« L’affaire de l’esclave Furcy », Mohammed Aïssaoui
Editions Folio (222 p)

Repéré chez In Cold Blog  et Voyelle et Consonne .

20 commentaires sur “« L’affaire de l’esclave Furcy », Mohammed Aïssaoui

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  1. En folio? la belle nouvelle. Peu de blogs en ont parlé, en effet (tu trouveras clara et moi, quand même!)(je crois me souvenir qu’elle me l’avait prêté, la chère âme)

    1. J’ai relu ton billet et vu que, toi aussi, les considérations relatives à la difficulté d’écrire l’Histoire (ici, celle de l’esclavage) quand il n’y a pas ou peu de traces écrites, t’avaient marquée (je n’en ai pas parlé dans mon billet, j’avais trop de choses à dire, déjà).

  2. Je réagis à ton « En passant » : que tu n’aimes pas Audrey Tautou, k, mais même pas Rmain Duris ?? ou tu les adores tous les deux et tu vas faire une crise cardiaque de bonheur ? ^_^

    1. Aucune ambiguïté dans mes propos (cf « Je crois que le réalisateur m’en veut« ) : aucun des deux ne trouve grâce à mes yeux (enfin je caricature : disons que les films où ils jouent ont un peu plus de mal à passer avec moi) 😉 !

  3. Je l’avais noté car le sujet est vraiment intéressant mais j’avais eu un peu peur de l’aspect documentaire. Mais tous les billets sont unanimes pour dire que cela se lit vraiment facilement 🙂

  4. Je ne l’avais pas encore vraiment remarqué, mais tout semble vraiment passionnant dans cette enquête, et ton avis en plus… Vite, ma liste ! 😉

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