« Melancholia » : j’ai aimé ou j’ai pas aimé ?

AVERTISSEMENT : exceptionnellement, je n’ai pas cherché à éviter à tout prix les spoilers (je trouvais déjà assez difficile comme cela d’expliquer ce que j’avais pensé du film), vous voilà prévenus :).
Je précise que, si vous ne lisez que les passages en gras, vous ne courez aucun risque.

Le film s’ouvre sur une suite d’images fantastico-oniriques portées par une musique majestueuse (Wagner), mettant en scène certains des personnages et dont on se demande si elles préfigurent ou non ce qui va advenir.
On entre ensuite dans le récit proprement dit.
C’est le jour de son mariage et Justine, rayonnante, s’achemine avec son mari Michaël vers le château où Claire, sa sœur, a organisé une superbe réception. La limousine est trop longue pour la petite route qui y mène. Les manœuvres se multiplient pour passer un de ses virages. Justine et son mari finissent par arriver avec deux heures de retard au château où tous les invités les attendent.
La réception bat son plein avec ses traditionnels discours de rigueur. Mais l’intervention de la mère de Justine, amère et cinglante, cueille la jeune femme de plein fouet. Dès lors, l’heureuse mécanique de ce dîner semble se gripper…
Chronique d’une drôle de soirée de mariage dans sa première partie, le film se projette, dans sa seconde partie, quelque temps après, alors que le trajet de la planète Melancholia doit la conduire à frôler la Terre voire, pour d’aucuns, à la heurter.

Voilà un film dont je suis sortie en me demandant ce que j’en avais pensé (notons au passage que ma fille et moi avons été prises d’un fou rire nerveux dès que la lumière s’est rallumée dans la salle (hmm… j’en vois qui se disent qu’on n’était pas un cadeau pour les autres spectateurs mais je peux leur assurer que nous n’avons pas pipé mot durant toute la projection) mais ça devait être la décompression après un excès de tension dramatique et aussi quelque chose du genre : « Ce coup-ci, on ne nous l’avait pas encore fait ! » (je précise que la miss n’a pas d’état d’âme, elle, elle a aimé le film, point) )… Dans la foulée, je me disais qu’avec le temps il ne pourrait que se bonifier dans mon souvenir (l’avenir nous le dira).
Pas d’enthousiasme démesuré, donc, comme j’ai cru apercevoir ici ou là (mais sans regarder précisément, j’aime bien avoir la surprise) (ensuite j’ai cessé de lire les avis, je vais aller les voir plus tard, je les avais mis de côté dans mon GR), donc vous n’aurez pas droit à un éloge dithyrambique. La rédaction de ce billet (à laquelle j’ai failli ne pas m’atteler, ne serait-ce que parce que je me demandais comment présenter le film pour finalement aboutir aux paragraphes ci-dessus) va d’ailleurs m’aider à y voir plus clair.

J’ai aimé l’esthétique du film, la mise en scène, la musique, le jeu (excellent) des acteurs (y compris Kiefer Sutherland, capable de jouer de manière très convaincante autre chose qu’un Jack Bauer plein de tics). Bon, vous allez me dire que, finalement, j’ai tout aimé !
Pas exactement.
J’ai moins aimé, dans l’histoire, la part relative accordée à chacune des deux périodes. Tout ce qui concernait le mariage (notamment le temps passé à essayer de faire prendre son virage par la limousine même si, a posteriori, je peux trouver une valeur métaphorique à cette scène) m’a paru trop long, tout en reconnaissant qu’il fallait du temps pour parvenir à découvrir la personnalité de Justine. Et puis, concernant cette personnalité, je trouve que le trait est forcé avec un défaut de cohérence/vraisemblance, car j’ai du mal à imaginer qu’une jeune femme comme elle se lance dans un mariage de ce type, avec tout le tralala traditionnel. Pour moi, ça ne colle pas, c’est trop loin d’elle, si elle voulait faire un effort pour tâcher d’être heureuse, celui-ci est trop démesuré et donc inévitablement à côté de la plaque. Du coup, je n’y crois pas et de là à mettre en doute la vérité du personnage, il n’y a qu’un pas… et cela vient entacher toute la crédibilité psychologique du film (de même, il paraît invraisemblable que la mère, avec ses opinions sur la question, participe à la fête ; d’un autre côté, son intervention tombe à pic et constitue un excellent ressort dramatique : on dirait une sorcière qui vient briser le sortilège et sortir Justine du conte de fées qu’elle est en train de vivre, du rêve qu’elle a voulu se créer). Le point d’orgue étant pour moi lorsque Justine déclare que « Earth is evil » (« La Terre, c’est le mal »), réflexion que je ne parviens pas du tout à associer à un esprit mélancolique (pour moi, celui qui est mélancolique reconnaît que telle est sa nature, sans en conclure pour autant que rien n’est beau autour de lui, surtout quand, comme Justine, on a une soeur aussi aimante/maternelle et un neveu mignon, qui ne demande qu’à vivre soit dit en passant). Quant au changement d’attitude de Justine qui s’affermit au fur et à mesure que Melancholia approche, je trouve là aussi l’analyse psychologique simpliste : le monde court à sa perte donc ça convient à Justine et elle se sent mieux (pas très empathique, pour un tempérament aussi sensible que celui d’une mélancolique) !
Rien à dire en revanche, pour rester dans le domaine psychologique, sur la peinture de la relation que Claire entretient avec sa soeur, pleine de finesse et de justesse.
Un dernier mot sur cette notion de temps que j’évoquais plus haut.
Le film dure 2H10 mais il m’a semblé que 3 heures s’étaient écoulées quand il s’est achevé. Paradoxalement, je ne m’y suis pas ennuyée (mais on peut s’y ennuyer, c’est certain), malgré cette sensation de dilatation du temps, voulue par le réalisateur, je suppose, pour nous permettre peut-être de prendre conscience de l’importance de ce qui s’y joue.
Mais quand même ! L’histoire est réduite à peu de chose, on pourrait en résumer la trame en quelques phrases et sans le traitement qu’y a apporté le réalisateur, qu’en reste-t-il ?
Vous me direz que, dans un roman, on peut trouver l’argument mince mais aimer le livre parce que le style est brillant.
Je vous répondrai que le brillant ne suffit pas. Au fond, ce qui m’a sans doute manqué dans ce film est que, s’il m’a donné à voir et à entendre (et je ne regrette pas de l’avoir vu et en grandeur nature, au cinéma, c’est-à-dire en immersion : si vous hésitez n’attendez surtout pas de le voir sur un petit écran, il faut le voir dans les conditions pour lesquelles il a été tourné), il ne m’a pas assez donné à penser et/ou à ressentir, si bien que j’y suis entrée, certes, mais sans me laisser totalement emporter comme d’autres l’ont été (et comme j’aurais aimé l’être).

« Melancholia », un film de Lars von Trier (avec Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg)
Sorti le 10 août

22 commentaires sur “« Melancholia » : j’ai aimé ou j’ai pas aimé ?

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    1. Je n’ai vu la bande annonce qu’après et c’est vrai qu’elle rend bien compte du film (tout juste si elle ne le résume pas, en en disant trop, comme la plupart des bandes annonces actuelles), donc si tu ne le sens pas, inutile d’insister.
      (et pour les bannières, je pourrai même en ajouter ultérieurement, je verrai !)

  1. Me voilà bien avancée …. un pas en avant, un pas en arrière 🙂 Mais comme je n’aime pas beaucoup le cinéma de Lars Von Triers et qu’il en sort plein d’autres en ce moment, je crois que je vais faire l’impasse.

    1. Tsss… ça m’embête que tu n’y ailles pas, j’ai peur que tu rates un film qui t’aurait plu, il y a tant d’avis enthousiastes !
      Allez, une petite séance du matin (par temps pluvieux 😉 ), à tarif très modéré ! (pense à ta culture cinéma !)

  2. Lars Von Trier… mais oui, j’ai vu Dancer in the Dark… et suis passée à côté! la scène où elle tue quelqu’un (j’ai oublié qui) m’a paru loooooooooooongue, au point de penser « elle va y arriver ou quoi? ». pas sûr que je veuille recommencer.

    1. Ah, c’est comme ça, « Dancer in the Dark » ? Allez, j’avoue, je ne l’ai pas vu, même si j’ai déjà tourné autour (je me demande d’ailleurs si je n’avais pas regardé le début…). En tout cas, je vois que là aussi le temps se dilate !
      De Lars von Trier, j’ai vu il y a quelques années « Breaking the waves », qui m’avait fait (très) forte impression. Depuis, plus rien.

  3. J’ai été intriguée par ton billet. Je viens d’aller voir la bande annonce. Alors là, je ne suis pas convaincue du tout. Je garde mon crédit cinéma pour un autre film.
    J’en profite pour te féliciter pour tes magnifiques bannières. Ces façades sont magnifiques !

  4. Bon, on va dire que je vais voir d’abord ce qui m’intéresse et s’il passe encore après, j’irai. Et ne me parle pas de matins pluvieux alors que pour une fois, cette semaine, il fait beau.

  5. Comme précisé (ne l’ayant pas lu), j’ai lu que les passage en gras. Pas de spoil, c’est parfait, je repasserai lire ton avis entier, plus tard 🙂
    Ma foi, j’avais envie de le voir, comme ça, en passant. Tu es la 3e chronique que je lis, et finalement, ce qu’il en ressort c’et « cours-y »

  6. Tss vilaine, qui casse ma théorie de la demi-mesure :p
    Il y a une explication au changement d’attitude de Justine : c’est qu’elle a pressenti l’arrivée du désastre. Quand ils arrivent au château elle regarde le ciel et demande quelle est l’étoile rouge. Quand les autres sont partis elle continue à regarder, comme s’il y avait quelque chose d’inquiétant. Et après, son attitude devient de pire en pire, alors que dans la voiture elle semblait parfaitement heureuse.
    Quant au fait qu’elle devient sereine par après, les mélancoliques peuvent être suicidaires. D’ailleurs on peut voir tout le film comme une métaphore de la dépression profonde, la collision des deux planètes menant à la fin de toute chose, donc au suicide. Il n’y a rien de plus tourné vers soi même qu’un dépressif profond et on voit bien que Justine l’est complètement. Jusqu’à être méchante avec sa sœur paniquée en lui proposant d’aller fêter la fin du monde dans les chiottes.
    Par contre, je suis d’accord avec toi, le film est trop long.

    1. Tu lies le changement d’attitude de Justine à l’approche de la planète (et c’est vrai que régulièrement, en cours de soirée, elle va regarder le ciel). Je voyais plutôt une rupture avec l’intervention de sa mère et, après, un retour progressif à la « normale » pour Justine, c’est-à-dire son incapacité à s’investir dans ce type de relation du fait de sa nature foncièrement mélancolique. D’ailleurs, à la fin de la soirée, elle dit bien à Michael, « Tu t’attendais à quoi ? », comme s’il la connaissait suffisamment pour savoir que tout cela, toute cette tentative pour être comme tout le monde, était voué à l’échec.
      J’aime bien ce que tu dis sur le comportement de Justine et l’égocentrisme résultant de sa dépression car cela éclaire son attitude (parce que je ne voyais pas du tout le dépressif profond comme cela mais y-a-t-il, dans un domaine aussi sensible et personnel, un profil type ?).

  7. Bonsoir Brize, personnellement je suis très mitigée sur ce film (surtout la première partie qui m’a semblé vaine et pas très intéressante). Les fulgurances et images magnifiques du début et de la fin ne compensent pas tout et il y a des moments très factices. Bonne soirée.

  8. J’ai trouvé votre commentaire grâce à votre passage sur mon blog. Et j’ai mis un lien vers votre article que je trouve très intéressant. Curieux film tout de même ! il ne laisse personne indifférent
    Amicalement
    Luocine

  9. Héhé, le temps du Nord te pousse dans les salles de cinéma à ce que je vois 🙂 Beaucoup d’avis mitigés pour ce film, je ne suis personnellement pas fan de Lars Von Trier.

  10. De Lars Von Trier, je n’ai vu que « Breaking the waves, J’admire sa démarche symbolique et esthétique, j’apprécie la puissance de l’idée qui gouverne son (et sans doute ses) film(s) , mais je pense néanmoins avoir atteint ma dose avec ce film là .

    1. Je me demande si je n’étais pas dans le même cas que toi : figure-toi que, depuis « Breaking the waves », qui m’avait fait très forte impression, je n’avais vu (= j’ai prudemment évité ?!) aucun film de Lars von Trier…

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