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« Moonlight Mile », Denis LEHANE

7 Commentaires

Note personnelle : La lecture préalable de « Gone, Baby Gone » est très vivement recommandée avant d’aborder ce nouvel opus des aventures de Patrick Kenzie et Angela Gennaro (et si vous avez effectivement l’intention de lire « Gone, Baby, Gone », mieux vaut éviter tout ce qui concerne « Moonlight Mile » si vous n’aimez pas les spoilers !).
Quatrième de couverture :
Patrick Kenzie et Angela Gennaro ne sont plus détectives privés. Patrick travaille pour une grosse société de surveillance qui refuse de l’embaucher définitivement car il n’est pas assez « lisse » pour son patron. Il est toujours consumé par la colère face aux injustices et c’est peut-être cela – ainsi que la culpabilité – qui le pousse à accéder à la demande de Béatrice, la tante d’Amanda McCready. Douze ans plus tôt, Angie et lui avaient enquêté sur la disparition de la petite Amanda, mais le fait d’avoir retrouvé l’enfant s’était soldé par un fiasco humain. Selon Béatrice, Amanda, aujourd’hui âgée de seize ans, a de nouveau disparu et est peut-être en danger…

Je suis bien embarrassée pour parler de cette lecture (d’ailleurs j’ai failli renoncer et j’ai finalement résolu d’utiliser la quatrième de couverture, bien faite, pour vous la présenter), tant ce roman, certes prenant, m’a laissé un goût amer. Vous me direz que, dans la série des enquêtes de Patrick Kenzie et Angela Gennaro, « Prières pour la pluie », le dernier en date (lu il y a une paire d’années), était déjà terriblement noir. Je sais, mais là, comment dire… je crois juste que, pour moi, c’était de trop. Est-ce lié au fait que, il y a à peine plus d’un mois, j’avais lu « Gone, Baby Gone », le seul de la série que j’avais zappé (j’avais l’intention de voir l’adaptation au cinéma mais ça ne s’est pas fait et quand le film est passé sur le petit écran, je n’ai pas tenu plus de dix minutes, tant cela me dérangeait de voir (à mon sens mal) incarnés les deux héros, que je voulais pouvoir continuer à imaginer à ma guise), parce qu’on m’avait expliqué (voir ici) que sa lecture était nécessaire avant de se lancer dans « Moonlight Mile » ? Jusque-là, c’est vrai, j’avais toujours évité de lire deux romans de Lehane de manière trop rapprochée. Mais il n’y a pas que cela. J’ai été déçue (autant que lui, car il n’est pas fier de ce qu’il fait) de voir Patrick Kenzie accepter les missions douteuses que l’entreprise au profit de laquelle il travaille lui confie. Qu’est devenu le preux chevalier dont le bureau était perché dans le clocher de l’église ? Plus de clocher, plus de chevalier, mais un enquêteur capable de mentir à une personne honnête luttant pour une cause juste au point de la faire incarcérer. Oui, la crise est passée par là et aussi l’absolue nécessité de trouver de quoi faire vivre la petite famille, alors Patrick négocie avec lui-même, accepte des compromis (pour ne pas dire des compromissions) et s’il arrive à payer, difficilement, les factures, c’est au risque de se perdre lui-même. Dès lors, malgré l’humanité dont il fait preuve dans cette nouvelle enquête, il est difficile de continuer à le regarder comme auparavant.
Sinon, mes états d’âmes mis à part, quid de l’histoire ? On notera tout d’abord qu’elle est plus courte que les précédentes (mais était-ce une raison, monsieur l’éditeur, pour tricher sur la police de caractère et la mise en page afin de réussir à afficher 379 pages ?). Elle démarre avec un petit retour aux fondamentaux (pour ne pas dire un goût de déjà-vu), à savoir Kenzie qui se prend une méga-raclée et Bubba l’ami-psychopathe-que-rien-n’effraie qui intervient de manière musclée, comme d’hab. Mais après, c’est parti pour un récit qui tient la route malgré quelques rebondissements un peu lourds (au sens de appuyés et je ne parle pas seulement de la violence, elle a toujours été plus que présente dans la série, mais ici, j’ai par moments eu une impression de too much dans l’histoire proprement dite, j’y croyais mais quand même…) et recèle son lot de surprises, la moindre n’étant pas ce qu’Amanda, à seize ans, est devenue… Au passage, l’auteur stigmatise tout ce qui le choque dans notre société actuelle, du langage limité des adolescentes à l’incapacité de s’y réaliser, quel que soit le prestigieux diplôme obtenu, en passant par l’égoïsme forcené de ceux que la volonté de réussir aveugle, y compris lorsqu’il s’agit de leur entourage le plus proche . On ressort de cette lecture accablé par le constat qu’il ne fait vraiment pas bon vivre de nos jours et persuadé que l’Amérique, laminée par la crise, est un pays qui n’en finit pas de mal tourner, au point que sa devise pourrait bien être « no hope, no future ».

« Moonlight Mile », Dennis LEHANE
Editions Payot et Rivages, collection Thriller
Paru en mai 2011

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7 réflexions sur “« Moonlight Mile », Denis LEHANE

  1. Et ben, tout ceci est bien déprimant ! SI j’avais adoré le premier opus, j’en ai détesté pour ma part l’adaptation ciné… Je suis bien curieuse de découvrir ce qu’est devenu cette jeune fille mais en même temps, la comparaison avec Gone Baby gone ne fera obligatoirement et risque moi aussi de me décevoir…

  2. J’ai essayé d’analyser ma déception. Je ne sais pas si j’ai bien cerné ce qui l’avait causée mais elle était là, en tout cas…

  3. ayant adoré « Gone baby gone », j’ai tout de même envie de le lire, mais tu n’es pas la seule à avoir unn avis un peu mitigé…

  4. Je suis d’accord avec ta dernière phrase. Et c’est justement ça qui fait que pour moi, « Moonlight Mile » est un excellent polar !
    Ceci dit, je n’ai pas lu toute la série des Kenzie et Genaro, je n’ai donc pas été déçue par l’évolution des personnages. Au contraire, ce polar social sonne juste…
    De plus je n’avais pas lu Gone baby gone mais j’avais vu le film au cinéma et j’avais beaucoup aimé.
    Par contre, j’avoue avoir lu des polars où la violence est bien plus présente. Je ne dis pas que c’est gentil hein, bien sûr, mais vraiment, toute cette violence dont tu parles ne m’a pas autant choquée que toi.
    Encore une fois, ce qui ressort vraiment pour moi de cette lecture c’est que Lehane pointe du doigt les travers de la société américaine aujourd’hui. Et c’est souvent ce que font les bons polars !

  5. Bon, je ne suis pas sûre de me lancer dans celui-ci, alors… Surtout si le bureau dans le clocher a disparu !

  6. Bon, je note mais vu que je n’ai lu aucun des titres avec ces personnages ! De toute façon, je les avais déjà notés car j’aime beaucoup cet auteur 😉

  7. Moi aussi j’ai regretté l’ancien PatrIIIIIck, devenu terriblement planplan dans sa vie de famille…

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