« Oeil-de-chat », Margaret ATWOOD

Bien des années après, alors qu’elle est parvenue au milieu de sa vie, Elaine Risley revient à Toronto où elle vécut enfant, pour une exposition rétrospective sur sa carrière artistique. C’est l’occasion pour elle de retourner en arrière, de jeter un pont entre passé et présent, entre ce qu’elle a vécu et ce qu’elle est devenue…

Il faut accepter de suivre Elaine sur le chemin de sa vie, sans attendre de péripéties, juste un mouvement de va et vient entre présent et passé, le retour à Toronto comme tremplin à ce(s) saut(s) en arrière, ces évocations en fragments, d’une enfance notamment dont les échos n’ont cessé de se faire sentir dans la vie adulte.
Une fois de plus, j’ai été impressionnée par la qualité de l’écriture de Margaret Atwood. L’utilisation du présent prédomine. Lors des projections dans le passé, il est souvent assorti d’un rythme de scansion dont la simplicité permet l’énumération des faits saisis sur le vif, sans analyse, juste le vécu, aussi simple que le déroulement des faits tel qu’elle le ressentit alors. Quand elle se positionne au moment où elle vit, en revanche, les commentaires et la réflexion témoignent d’une conscience devenue adulte, s’interrogeant sur ces séquences remémorées et le poids qu’elles ont eu sur elle.
« Œil-de-chat » (c’est une bille plus belle que les autres qu’elle gardait dans sa poche) est une longue déambulation sur ces chemins du passé croisant ceux du présent. Trop longue par moments. Là où « La voleuse d’hommes » m’avait plu par sa tension narrative omniprésente (autour d’un personnage central dont on guettait l’apparition), « Œil-de-chat » m’a parfois lassée. Ainsi lorsqu’elle Elaine se souvient de « cette époque interminable où Cordelia avait tant de pouvoir sur [elle] », j’ai approuvé : à moi aussi, le récit de cette époque avait paru interminable !
J’ai malgré tout apprécié ce roman, cette manière de (re)vivre avec Elaine ce qui l’a tissée, de partager ses questionnements sur ce qui nous fait tels que nous sommes, certaines de ses notations trouvant en moi un écho particulier. Mais je me rends compte qu’il ne m’en reste déjà plus qu’une impression diffuse, que rien ne s’en détache vraiment et cela seulement une quinzaine de jours après ma lecture : alors qu’en sera-t-il dans quelques mois ?

Extrait (le début du roman, qui me plaît beaucoup) :
« Le temps n’est pas une ligne, mais une dimension ; comme les dimensions de l’espace. Si l’on peut modifier l’espace, on peut aussi modifier le temps. Et si l’on en savait suffisamment, on pourrait aller plus vite que la lumière, remonter dans le temps, et exister à deux endroits à la fois.
C’est mon frère Stephen qui m’a appris cela, à l’époque où il enfilait son chandail rouge foncé pour étudier et se tenait sur la tête afin que le sang irrigue mieux son cerveau et le nourrisse. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire, alors, mais peut-être ne me l’expliquait-il pas très bien. Il prenait déjà ses distances par rapport à l’imprécision des mots.
C’est à ce moment-là que je me suis mise à imaginer le temps comme une forme, comme une chose que l’on pouvait voir, une série de transparents liquides superposés. On ne regarde pas en arrière le long du temps, mais plutôt au travers, comme dans de l’eau. Parfois, ceci remonte à la surface, parfois cela, et d’autres fois, rien. Mais rien ne disparaît. »

« Œil-de-chat », Margaret ATWOOD
Editions Robert Laffont, collection Pavillons Poche (674 p)

L’avis de Cathulu .

23 commentaires sur “« Oeil-de-chat », Margaret ATWOOD

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  1. Il faudrait vraiment que je me lance dans l’oeuvre de cette auteur, mais sans doute pas avec ce livre-ci, plutôt avec « La voleuse d’hommes » alors ou as-tu un autre titre à me proposer pour débuter?

    1. J’ai lu 5 romans de cet auteur, en commençant avec « La voleuse d’hommes », qui demeure mon préféré. Mais je me suis aperçue qu’il était beaucoup trop controversé pour que je me permette de te le conseiller. « La servante écarlate », en revanche, semble faire l’unanimité et je l’avais beaucoup apprécié aussi.

  2. J’ai lu La voleuse d’hommes, il y a un bout, bon souvenir. Depuis je suis fidèle à l’auteur. Quelle imagination, et bonne écriture.

    1. « La voleuse d’hommes », comme je viens de le dire à Sybilline, demeure mon préféré, mais je n’ai pas tout lu de l’auteur, il m’en reste à découvrir.

  3. Je n’ai toujours rien lu de cet auteur, mais je ne commencerai pas avec ce titre… J’avais noté plutôt La servante écarlate ou La voleuse d’hommes…

  4. J’aime bien cette auteure … elle arrive à écrire des livres très variés mais toujours intéressants 😉 Pour l’instant, mon favori d’elle est « Le dernier homme » mais peut-être sera-t-il détrôné par un autre titre un jour ! Et Oeil-de-chat m’attend dans ma PAL !

  5. Tu as sans doute vu chez Keisha, qui l’a lu en V.O., que « Le dernier homme » (que j’avais moi aussi apprécié) avait une suite !

  6. J’avais loupé ton billet (si tu voyais l’état de mon GR ;-)) mais je partage en grande partie tes impressions. C’était mon premier livre d’Atwood et suite à ton billet et aux commentaires, je pense retenter malgré ma déception (plutôt de l’ennui en fait) sur Oeil-de-chat. Comme tu dis, après quelques mois, il ne me reste presque rien de cette lecture.

  7. et dire qu’on me demande de lire ce livre en anglais, je n’y arriverai jamais : »( !!!!!!!!!!!!

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