« Kafka sur le rivage », Haruki MURAKAMI

Un jeune homme de 15 ans décide de quitter le domicile où il vit avec son père, chacun ignorant plus ou moins l’autre. Il a préparé sa fugue de longue date, conseillé en cela par « le garçon nommé Corbeau », qui s’adresse régulièrement à lui . Il change de nom et adopte celui de Kafka. Dans la ville où il arrive, il entame pendant quelques jours une vie routinière, consacrée en particulier à la lecture dans une très ancienne bibliothèque. Jusqu’à ce qu’un événement vienne bouleverser cet ordre des choses précaire et lui rappeler la prédiction qui pèse sur sa destinée…

En 1944, dans une province japonaise, un curieux incident s’est déroulé, qui a été classé secret défense. Une dizaine d’enfants, emmenés par leur institutrice en randonnée dans la montagne, se sont en effet évanouis et n’ont repris connaissance (tous, sauf l’un d’eux) que deux heures plus tard. Ils n’auraient apparemment eu aucune séquelle de cet incident.

Nakata, l’enfant qui était resté dans le coma, n’est revenu à lui que deux mois plus tard. Mais tout ce qu’il savait jusque là s’était effacé de son esprit. Et il n’a plus été en mesure d’y imprimer quoi que ce soit, lecture, écriture etc. Il a maintenant une soixantaine d’années, bénéficie d’une pension et arrondit ses fins de mois en retrouvant les chats égarés. Il y parvient sans trop de difficultés, parce qu’il connaît le langage des chats (mais ça, il ne l’a dit à personne).

Un terrible accident va le contraindre à quitter la ville où il coulait des jours paisibles.

Ainsi commence cet étrange roman.

On suit parallèlement, un chapitre après l’autre, l’odyssée de Kafka et celle de Nakata, deux chemins dont on se demande où ils vont les conduire, deux personnages auxquels on s’attache (avec, pour ce qui me concerne, une préférence pour Nakata, dont le compagnon de route, Hoshino, m’a aussi beaucoup plu, avec sa manière de grandir au fil du parcours).

Embarquer dans « Kafka sur le rivage », c’est savoir renoncer à ses habitudes et ses certitudes. Ici, rien ne se passe comme on l’aurait attendu.

Le monde réel est bien présent dans des notations très concrètes dont je me suis au début inquiétée de l’intérêt qu’elles avaient pour le récit : des précisions sur tout ce que mange le jeune héros, sur les parties (intimes !) de son corps objets de sa toilette… à ce compte-là, je voyais pourquoi j’avais affaire à un pavé ! Heureusement, les péripéties sont rapidement arrivées et ma crainte du « remplissage » était tout compte fait infondée. Mais ce goût pour le détail matériel demeure tout au long du roman qui ne jette d’ailleurs aucun voile pudique sur le sexe, lorsqu’il en est question.

Pourtant, ce monde réel jouxte et rejoint sans cesse celui du rêve, voire des limbes. Qu’est-ce qui est métaphore et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Une pluie de poissons, une autre de sangsues, s’abattent soudain. Une jeune fille fantôme apparaît, quand la femme qu’elle est devenue vit encore. Un homme cruel coupe la tête des chats et dévore leur coeur . Un crime est perpétré dans d’étranges conditions. Un vieillard avance sans savoir où il va, mu par une force mystérieuse qui le porte d’étape en étape. Un jeune homme, Hoshino, le prend en amitié et découvre progressivement qu’il y a autre chose dans la vie que son métier de chauffeur routier, la musique, par exemple. Une pierre s’avère plus ou moins lourde selon qu’elle ouvre ou non la porte d’un autre monde. Dans une ténébreuse forêt, deux soldats de la dernière guerre mondiale montent la garde.

« Kafka sur le rivage » est un roman où l’on doit apprendre à vivre sans y être guidé, un roman où l’on se perd pour mieux retrouver sa place au sein de l’univers, un lieu énigmatique où il faut accepter de voir ses interrogations pas obligatoirement résolues. Un long moment magique où le lecteur se fond dans un univers mouvant, à cheval entre la vie et la mort, où il reçoit des leçons philosophiques qu’il ne comprend pas toujours, parce qu’il n’est pas question, ici, de rationalité mais de perception globale d’un réel déroutant dans les dédales duquel j’ai aimé abandonner mes repères.

C’est un livre marquant, de ceux qu’on n’oublie pas et que je relirai, sans doute (alors que je ne relis quasiment pas, voire jamais), au moins partiellement, parce qu’il y a des passages sur lesquels je serai heureuse de revenir alors que je ne m’y suis pas appesantie, pressée que j’étais de découvrir la suite de l’histoire.

Ce roman envoûtant, qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire auparavant, représente une aventure de lecture dont seul le lecteur qui la tente pourra découvrir si elle le séduit ou non.

« Kafka sur le rivage », Haruka MURAKAMI

éditions 10/18 (637 p)

C’est le billet de Karine, puis celui de Papillon qui m’avaient donné envie de tenter l’aventure !

(réédition d’un article paru le 8/11/2008)

11 commentaires sur “« Kafka sur le rivage », Haruki MURAKAMI

Ajouter un commentaire

  1. Pfff ! ça prend un temps fou, même en copiant le code HTML de l’article initial, parce qu’il faut remettre en forme à chaque fois. Heureusement que je ne reprends qu’une sélection d’articles !

  2. Beau billet. Livre sur ma PAL de puis une éternité, ça me donne envie de le faire remonter un peu ! Joli, ton nouveau chez toi, et bien plus facile à naviguer qu’avant !

  3. Je n’ai toujours pas osé approcher Murakami. J’ai un peu peur de la thématique déjà, du style ensuite. Et puis, le plus connu, celui-ci, est tout de même un joli pavé…

  4. Si tu ne le sens pas, je comprends que tu hésites à te lancer. Mais il y en a d’autres de l’auteur qui t’attireraient peut-être davantage… et qui sont moins longs ! Quelques recherches sur les blogs (car pour moi je n’ai pas lu d’autres romans de l’auteur) devraient t’aider à choisir.

  5. J’ai bien aimé mais celui-ci n’est pas mon préféré et d’ailleurs le souvenir que j’en ai après seulement 2 ans de lecture me semble bien plus floue que d’autres livres d’Haruki Murakami que j’ai lu, il y a plus de 10 ans.

  6. C’est un roman qui était dans ma PAL mais je ne le retrouve plus. Il faut que je me le rachète sinon je pense que je vais passer à côté d’un magnifique livre.

Pour commenter, c'est ici :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑