« Et mon coeur transparent » : sous le charme d’une écriture

Est-ce parce qu’il y avait eu trop de battage médiatique au moment où Véronique Ovaldé avait obtenu le Prix du Livre France Culture-Télérama 2008  pour « Et mon cœur transparent », mais je n’avais pas été spécialement attirée par ce livre et tout ce que j’avais pu en entendre ne m’en avait, en fin de compte, pas donné une idée très claire (je comprends un peu mieux pourquoi maintenant !).

Néanmoins, lorsque j’ai aperçu l’ouvrage sur le présentoir de la bibliothèque, la curiosité l’a emporté !

Je suis donc allée m’asseoir et j’ai lu les deux premières pages.

Et là, je peux vous l’assurer, vous auriez eu du mal à m’empêcher de rapporter le bouquin chez moi, parce que c’était un cas (grave ?!) de coup de cœur pour une écriture !

Un extrait de la première page, pour que vous compreniez mieux ce soudain engouement :

« Elle avait un rire qui rebondissait, un rire qui faisait de petits sauts sur les surfaces lisses et réfléchissantes alentour. Lancelot Rubinstein s’était dit qu’il allait avoir du mal dorénavant à s’en passer. C’avait à voir avec quelque chose de chaud et de laineux. C’était ce qu’il s’était dit ce soir-là, le soir du jour de sa rencontre avec sa femme. Lancelot était un homme qui pouvait penser qu’un rire était chaud et laineux. »

Et moi je suis une lectrice qui apprécie ce genre de considération.

Voilà.

Donc j’ai été sous le charme de cette voix, une voix qui démarre ainsi l’histoire :

« La femme de Lancelot est morte cette nuit. »

Pas de tromperie sur la marchandise, le roman se pose sous le sceau du tragique.

Mais que dire justement du livre comme roman ?

Certes, il y a une histoire.

Ou tout au moins un fil narratif : que révèlent les circonstances étranges de la mort d’Irina, la femme de Lancelot, sur qui elle était vraiment ?

Pour le savoir, Lancelot va devoir rompre avec sa manière d’être habituelle.

Parce qu’en temps normal, Lancelot n’est pas quelqu’un aimant se coltiner avec le réel.

A un moment donné, d’ailleurs, il évoque « son inertie minérale coutumière », vous voyez, ce n’est pas moi qui le dis !

Lancelot, ce serait plutôt un homme qui se poserait à côté des choses et les regarderait. Qui irait même jusqu’à douter de leur existence.

La preuve par un extrait :

« Juste avant de sortir il remarqua quelque chose dans l’entrée qui retint son attention.

J’étais sûr, se dit-il qu’ici même il y avait une armoire.

Il demeura perplexe un instant.

Si l’armoire avait disparu, est-ce que tout ce qu’elle contenait avait disparu aussi ?

Lancelot fit une moue dubitative pour lui seul, amorça un signe de tête comme s’il saluait l’armoire absente et s’en alla en claquant la porte Il ne s’étonnait pas qu’une armoire disparaisse. Le monde de Lancelot était mouvant et précaire et les choses apparaissaient et disparaissaient selon une logique qui lui échappait mais qu’il acceptait facilement. Lancelot aimait que les choses s’égarent. ça lui rappelait en douceur l’existence de dimensions parallèles. »

Et ce ne sera pas la dernière fois qu’un élément du décor sombrera ainsi dans le néant !

Donc il y a effectivement une trame narrative.

Sauf que, à mon sens, elle n’est qu’un prétexte.

Certes, je me suis, comme il se doit, intéressée aux allers-retours effectués par Lancelot entre présent et passé pour redonner, à la lumière des événements récents, un éclairage différent sur Irina.

Certes, j’ai suivi sa quête de la vérité et, surtout, de la vraie Irina.

Toutefois, l’histoire vaut ce qu’elle vaut (et pour moi, ce n’est pas un « roman noir », comme l’indique la quatrième de couverture), d’autant que  le thème de la-personne-aimée-maintenant-disparue-et-dont-on-s’aperçoit-que-finalement-on-la-connaissait-très-mal est assez rebattu, même si le caractère de Lancelot en rend le traitement plus original ; elle ne m’a pas tenue en haleine et la fin m’a laissée dubitative…

Mais, pour ne rien vous cacher, c’est avant tout l’écriture qui m’a captée.

Une écriture ondoyante, épousant à merveille les pensées du héros.

Quand tout s’y enchevêtre, qu’une considération en entraîne une autre et ceci, semble-t-il, presque à l’infini, j’ai vu la phrase, unique, truffée d’incises, se dérouler sur deux pages. Plus loin, la prose s’est muée en une série de segments courts, les pensées du héros s’étant, à ce moment-là, éclaircies.

Et toujours ce présent de l’indicatif faussement simple (on dirait l’écriture d’un conte), camouflant le complexe, ces petites métaphores parsemant le récit, ces touches incongrues au hasard de la plume …

Je ne sais pas si vous aimerez cette écriture. Les mêmes raisons qui m’ont fait l’apprécier peuvent vous amener à la rejeter, parce que nous n’aimons pas tous les mêmes musiques.

Pour ma part, je n’ai pas regretté ma plongée dans l’univers de Lancelot, héros atypique aspiré malgré lui dans un monde au bord duquel il avait jusque là veillé, témoin contemplatif et étonné, à se tenir prudemment. Voir par son intermédiaire est rafraîchissant, surprenant.

C’est une expérience de lecture que je ne saurais trop vous conseiller d’au moins d’essayer (en espérant que vous serez, vous aussi, séduit !).

« Et mon cœur transparent », Véronique Ovaldé

Editions de l’Olivier (233 p)

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