Jiselle, ravissante hôtesse de l’air âgée d’une petite trentaine d’années, décroche le gros lot lorsque le commandant Mark Dorn, très séduisant pilote de ligne convoité par l’ensemble de ses consœurs, la demande en mariage. Seul bémol, Mark est veuf et doté de trois enfants, deux grandes filles et un petit garçon. Cela n’empêche pas Jiselle d’accepter sa proposition. Elle le suit donc pour habiter avec ses enfants près de St Sophia, jolie bourgade américaine de carte postale, dans une pittoresque petite maison en bois perdue au bout d’un chemin, au bord d’une ravine. En l’absence de Mark, toujours parti sillonner les airs, la cohabitation n’est pas aisée et ce d’autant plus que les conditions de vie sont en train de connaître un changement radical. Une épidémie de grippe, dite grippe de Phoenix, se propage en effet à travers le monde et, au fur et à mesure que le nombre de victimes augmente, le confort matériel s’effrite et l’avenir devient de plus en plus incertain…
Je ne compte plus le nombre de romans post-apocalyptiques que j’ai lus et j’ai pourtant eu envie de découvrir cette variation-ci sur le thème, publiée en littérature générale et écrite par un auteur pour lequel ma seule expérience de lecture (« A moi pour toujours ») s’était soldée par une déconvenue (alors que ce livre est plutôt bien apprécié).
En réalité, j’ai failli débuter la présentation ci-dessus par « Il était une fois une belle hôtesse de l’air… » (après avoir abandonné mon idée initiale, du style « Barbie hôtesse de l’air et Ken pilote de ligne se marient… »), mais finalement cette entrée en matière un peu ironique n’aurait pas manqué de pertinence. Car, pour moi, ce récit peut être assimilé à un conte, ce n’est pas innocemment que l’auteur, à plusieurs reprises, met en scène Jiselle lisant des contes à Sam, le fils de son mari.
Le décor (la petite maison dans les bois) et les personnages, une nouvelle mère (pas une marâtre, puisque Jiselle est tout sauf méchante) confrontée à ses belles-filles (la méchanceté est plutôt de leur côté), nous y font d’emblée penser. Par la suite, le récit ne s’embarrasse guère du monde extérieur, brossé rapidement, essentiellement grâce aux quelques (rares) incursions de Jiselle hors du périmètre domestique. Le projecteur est braqué sur la maison et ses habitants (plus quelques personnages invités), on sait que le danger plane (la maladie, le manque d’électricité, puis de carburant et de vivres…) mais Jiselle veut que la vie continue et fait tout pour.
Cette drôle de chronique d’un quotidien en proie au changement, émaillée de micro péripéties, se laisse lire, même si j’ai trouvé les personnages trop schématiques pour être vraisemblables. On est curieux de voir comment Jiselle va faire face, la manière dont ses relations avec les enfants évoluent, on observe les modifications progressives d’une vie de plus en plus isolée du monde et on se demande jusqu’à quel point l’étau autour de la maison peut se resserrer…
« En un monde parfait » distille sa petite musique vaguement inquiétante au lecteur adulte qui jouerait à se faire peur (et si, un jour…), jusqu’à une fin que certains jugeront maligne et d’autres trop facile.
« En un monde parfait », Laura KASISCHKE
Editions Christian Bourgeois (332 p)
Paru en octobre 2010
Disponible aussi en livre de poche.
Yspaddaden a été déçue et Clara a un avis mitigé, mais sinon j’ai l’impression que les avis vont plutôt de très positifs à enthousiastes, comme vous le constaterez en allant lire ou relire les billets de : Kathel, Liliba, Joëlle, Cachou, Véronique …