“L’Appel des origines”, tome 2 “Nairobi”, Callède, Séjourné et Verney

Ce livre est le tome 2 du triptyque « L’Appel des origines », dont je vous avais présenté le premier volet ici.
ATTENTION SPOILERS CONCERNANT LE TOME 1

Résumé du tome 1 :
Nous avions laissé Anna, jeune métisse vivant à Harlem avec son oncle et sa tante, dans les années 20, alors qu’elle s’embarquait pour l’Afrique. Elle venait en effet de découvrir, secret de famille jusque-là bien gardé, l’identité de son père, un Blanc, en même temps qu’elle apprenait qu’il était porté disparu, avec les autres membres d’une expédition de chercheurs partie en Afrique sur les traces des premiers hommes et dont il était le guide. Son voyage s’effectue en compagnie d’une équipe composée d’un duo de cinéastes et d’un duo de chercheurs du Museum d’Histoire Naturelle de New York (dont Simon, tombé amoureux d’elle). Ce sont les bénéfices attendus du film (la mode est aux aventures africaines en cinémascope) qui ont permis de financer cette expédition de secours non programmée.
Tome 2 :
Le tournage commence sur le paquebot, où l’épopée d’Anna est filmée au jour le jour. La traversée est sereine, même si Anna et Simon préfèrent dissimuler leur liaison. Escale à Lisbonne puis arrivée à Mombasa et enfin à Nairobi, d’où l’expédition doit partir. Mais quelques complications surviennent, d’ordre matériel et relationnel…

L’histoire se poursuit donc au fil du périple d’Anna et se fait l’écho du journal intime qu’elle tient. Le lecteur l’accompagne ainsi durant la traversée et continue à partager ses sentiments et ses émotions lorsqu’elle pose le pied sur le continent africain. Ici comme auparavant à Harlem, sa condition de métisse pose problème : ni blanche, ni noire, elle a toujours du mal à trouve quelle peut être sa place, puisque les uns comme les autres, souvent, la rejettent. La quête du père s’inscrit donc dans une quête identitaire au sens plus large du terme, laquelle entre en résonnance avec une quête scientifique, elle, puisqu’il est question de situer le lieu où sont apparus les premiers hommes.
Qu’il s’agisse d’une fiction, avec tout ce qu’elle peut avoir d’improbable, n’empêche pas le scénariste d’inscrire son récit dans un contexte bien documenté (chemin faisant, on a d’ailleurs le plaisir de croiser Dennis Finch-Hatton et Karen Blixen) où les notations sur des faits historiques trouvent chez le lecteur moderne un écho particulier. L’Afrique est encore un continent magnifique et quasi inviolé, regorgeant de milliers d’animaux sauvages. Mais l’homme blanc fond sur lui, prédateur s’y adonnant aux safaris à tout va (j’ai découvert que Roosevelt avait fait partie de ces chasseurs qui abattaient le gibier sans aucune retenue) et le commerce de l’ivoire est le prétexte à l’extermination d’une quantité effarante d’éléphants…

J’ai eu autant de plaisir avec ce tome 2 qu’avec le premier. Après Harlem, le récit nous emmène en Afrique et c’est un vrai bonheur d’en admirer les paysages. « L’Appel des origines » se confirme comme étant une bonne histoire, celle d’une jeune femme à un tournant de sa vie, portée par un graphisme élégant et des couleurs superbes.
J’espère que le troisième et dernier tome de ce triptyque viendra clore avec le même talent cette belle fresque aventureuse.

« L’Appel des origines », tome 2 « Nairobi », Callède, Séjourné, Verney
Editions Vents d’Ouest
Paru en janvier 2012

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“A vol d’oiseau”, Jim LYNCH

Quatrième de couverture :
Brandon a toujours eu une vision un peu particulière de la vie. S’il sait reconnaître le chant des oiseaux, il a du mal à trouver sa place parmi les humains. Son père, éleveur de bovins, ne sait pas quoi faire de lui. Promu agent de la police des frontières, Brandon surveille des centaines de kilomètres entres les Etats-Unis et le Canada, là où se déroule la guerre contre le trafic de drogue, les clandestins et les terroristes. Le paysage se peuple de politiciens paranoïaques, de caméras de surveillance et d’immigrés qu’il arrête par hasard. Mais Brandon n’a aucune conscience de ces problèmes. Tel les hirondelles colonisant la région, il reste libre de franchir la frontière invisible, et d’observer les deux communautés si éloignées par la politique mais si proche à vol d’oiseau.

Acheté il y a quelques mois au vu de sa seule bonne mine (une couverture et une quatrième de couverture qui m’avaient tapé dans l’oeil) et de la lecture de quelques passages (cf extrait ci-dessous), ce roman fut lu dans la foulée, une lecture-coup de cœur… qui m’a conduite à ne cesser de remettre la rédaction de ce billet, une espèce de blocage-peur de ne pas arriver à vous donner envie de lire ce roman un peu différent. Mais comme je n’entends toujours pas parler de lui sur les blogs, il faut quand même que je m’y colle, parce que je peux vous assurer qu’il le vaut bien !

C’est une histoire ancrée dans une réalité socio-politique  méconnue (au moins par moi), ce cadre inhabituel (on entend surtout parler de la frontière américano-mexicaine) qu’est la frontière américano-canadienne avec les difficultés qu’elle engendre, passage de clandestins et trafic de cannabis, légal au Canada, mais pourtant elle rappelle le conte. Brandon y figure un personnage ne ressemblant à aucun autre, jeune géant débonnaire malgré lui en marge de ses semblables, plus près des oiseaux par la taille et le cœur. Il s’efforce de comprendre les autres, se donne un mal fou pour communiquer avec eux, mais c’est comme s’il lui manquait des codes pour décrypter leur comportement et des mots pour les atteindre. En revanche, lorsqu’il s’agit, de manière quasi inconsciente, de dénombrer les races d’oiseaux qu’il rencontre au fil de sa journée et dont il identifie instantanément les chants, ou encore de comprendre le muet langage des vaches du troupeau paternel, tout coule de source. Idem pour s’emparer de ce que la nature peut offrir, branches, feuillages ou pierres, et ériger d’incroyables sculptures dans l’écrin de leur environnement. Brandon est un être attaché à la terre et attachant par son naturel.
Il n’est pas le seul personnage important du roman, mais le récit s’articule plus ou moins autour de lui, comme s’il convenait d’apprécier ce qui s’y déroule à l’aune de sa propre perception. Car si Brandon est soudain plongé dans les turbulences de la surveillance frontalière et y tient même un rôle plus qu’actif, il n’agit pas pour autant par conviction, mais en vient à arrêter des gens sans l’avoir voulu, parce que ses facultés l’amènent à détecter ce que d’autres ne voient pas. Du coup, tout paraît décalé. La réalité frôle l’absurdité (Brandon en policier émérite), l’idée-même de frontière s’en trouve décrédibilisée, et elle le sera plus d’une fois au cours du roman, au gré des situations ou des agissements des individus.

Parmi eux les collègues de Brandon, ses supérieurs aussi et les politiques, tous tellement acharnés à lutter contre les maux qu’engendre la frontière qu’ils prennent parfois des vessies pour des lanternes. Et toute une série de voisins. Madeline, une jeune femme dont Brandon voudrait capter l’attention, attirée comme d’autres par l’argent facile du cannabis et qui dérive lentement, quasi innocemment, vers lui et le milieu qui l’entoure. Son père, vieil et acariâtre original qui prend un malin plaisir à tourmenter, verbalement s’entend, son voisin de l’autre côté de la frontière. Lequel voisin n’est autre que Norm, le père de Brandon, enseveli sous les difficultés financières de son exploitation agricole et à son tour tenté par la proposition de revenus complémentaires… Enfin, à la fois proche d’eux puisqu’elle les incite à lui confier tous leurs secrets, mais aussi à l’écart, maintenant la distance nécessaire à son poste d’observatrice, il y a Sophie Winslow, singulière masseuse-collectionneuse-d’informations- tous- azimuts.

Un roman aussi atypique que son drôle de héros, chronique d’incidents frontaliers et de leurs dérives, mêlant habilement improbable et réalisme, acuité de la description et ironie réfléchie du propos, pour le plus grand bonheur du lecteur !

« A vol d’oiseau », Jim LYNCH
Editions des Deux Terres (424 p)
Paru en août 2011

Extrait :
“Brandon traversait les rues de son existence, maintenant plus que jamais, en étant payé, lui semblait-il, pour faire ce qu’il avait toujours aimé faire, observer les choses de près, encore et encore. Le côté répétitif et familier lui convenait. Il avait passé les vingt-trois années de sa vie sur ces terres agricoles et dans ces petites villes modestes coincées entre les montagnes et la mer intérieure qui longeait l’Etat de Whashington. Dès qu’il voyageait en dehors de ce réseau, il était désorienté, surtout quand il s’agissait de villes frénétiques grouillant de néons, de pigeons et de nains aux yeux exorbités qui le regardaient bouche bée. Deux heures passées dans les canyons de verre de Seattle ou de Vancouver et ses circuits s’enrayaient, ses mots se mélangeaient, et il craignait que son existence s’achève avant qu’il ait pu en comprendre le sens.”

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“Le pigeon anglais”, Stephen KEHLMAN

Harri(son) a 11 ans. Il vient du Ghana et habite dans une banlieue de Londres, au 9ème étage d’une tour, où il vit avec sa sœur un peu plus âgée, Lydia, et leur mère. Au pays sont restés leur père et la toute petite Agnès.
Plongée dans son quotidien, à hauteur de son regard (c’est lui qui parle). Au premier plan surgit le corps baignant dans son sang d’un jeune du coin qui a été assassiné d’un coup de couteau. Harri et son copain, Dean, s’érigent en enquêteurs en chefs pour retrouver le coupable. Au gré de leurs investigations balourdes, on découvre leur environnement, collège et quartier, des lieux où la violence, quand elle ne s’affiche pas frontalement, sourd insidieusement et finit par pénétrer les esprits les plus candides…

Pas facile de faire parler un gamin de troisième et on se doute aussi que le traducteur a eu du fil à retordre. Le résultat, s’il n’a pas emporté toute mon adhésion, du fait notamment de certains tics de langage curieux (avise-toi pas, c’était brutal, ça fait trouiller, c’est fâcheux…), est très tonique et assez crédible. Suffisamment en tout cas pour nous immerger dans les pensées de Harri et tâcher de reconstituer et décrypter son univers, en s’appuyant sur son seul regard, au travers des éléments relatifs à ses conditions de vie qu’il nous fournit incidemment. On voit tout à travers ses yeux, et dans ses considérations se mêlent naïveté et trivialité. Par moments s’insinue, déjà, l’envie de faire comme les petits caïds des bandes, alors que l’on sent chez Harri un garçon élevé par une mère qui a des valeurs, religieuses en particulier. Mais dans le contexte où il vit maintenant, ça se déglingue, de manière pernicieuse, il faut faire comme les autres, pour être accepté. Et le lecteur a l’impression que le bon fond du jeune garçon finira par être corrompu par son environnement et ses cruautés, celles des adultes se dessinant aussi en filigrane.
Au bout d’un moment, j’ai cependant trouvé que ça tournait un peu en rond dans un quotidien bien campé mais qui s’éternise. Heureusement, l’ « enquête » des deux gamins, si elle n’a rien de palpitant (ce sont juste deux gosses qui jouent les curieux en singeant Les Experts), finit par distiller une certaine tension et cette impression de piétinement s’est dissipée.
Un mot avant de conclure pour évoquer le volatile donnant son titre au roman et qui vient, rarement et c’est tant mieux, s’exprimer dans quelques passages en italique, un salmigondis philosophico-pigeonneux qui m’a laissée perplexe.

« Le pigeon anglais » se lit facilement mais ne m’a pas convaincue. Le choix du prisme du regard enfantin fait tout l’intérêt de l’entreprise en même temps qu’il en dessine, à mon sens, les limites : la perspective offerte, restreinte à dessein, ne permet pas au lecteur d’appréhender l’étendue de ce qu’on veut lui donner à voir.

« Le pigeon anglais », Stephen KEHLMAN
Editions Gallimard (328 p)
Paru en juin 2011

L’avis de : Kathel, Laurence

Publié dans Littérature anglo-saxonne | 8 Commentaires

EN POCHE !

Ils viennent de paraître en poche et je m’en réjouis pour vous :)
(cliquez sur la couverture pour accéder à ce que j’en avais dit (du bien, évidemment, sinon je ne me permettrais pas d’insister !)) :

Publié dans brizures | Tagué | 9 Commentaires

“La poussette”, Dominique de RIVAZ

Pour elle, tout a commencé avec un accident de poussette, le moment où, dans sa vie, tout s’est figé.
Elle était apprentie puéricultrice et la monitrice l’avait laissée emmener son propre bébé en promenade. Mais au retour, à la fin de la descente, la roue avant s’est bloquée et l’accident est arrivé.
Ensuite, elle a fait autre chose. De l’horticulture.
Et rencontré un homme, qui ramassait des balles de golf usagées perdues au fond des trous d’eau, des balles de toutes les couleurs rassemblées par catégories dans leurs tonneaux.
Et tout s’est enchaîné.
Mais pas forcément très bien.
Parce qu’il y avait toujours, à l’arrière-plan, ce fichu accident de poussette…

Inutile de vous en dire davantage car le récit est court, une longue nouvelle en somme.
Court et surprenant, qui commence tragiquement, puis semble se parer de fantaisie, opte pour le ton plus léger de la comédie romantique, avant d’emprunter d’autres virages.
En pointillé se dessine le portrait d’une jeune fille aux marges de la réalité, vive et spontanée, mais qui s’égare parmi les pièges de ses désirs et de ses peurs.
Une histoire comme un conte, qui vous embarque facilement au fil de son courant vers des rivages auxquels on ne s’attendait pas toujours, d’où l’on sort légèrement étourdi… et intrigué par la pirouette finale.

« La poussette », Dominique de RIVAZ
Editions Buchet-Chastel (106 p)
Paru en mai 2011

Les avis de : Cathulu, Clara

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“Une certaine idée du bonheur”, Rachel KADISH

Quatrième de couverture
Et si on parlait du bonheur ?
Le bonheur n’a rien à nous dire. Contrairement à la tragédie, à la souffrance, au mal-être, il est le plus souvent réduit à une série de clichés, plus ou moins paradisiaques, sans grand intérêt. Un champ de pâquerettes. Aussi Tracy Farber a-t-telle décidé de le réhabiliter, de prouver par tous les moyens qu’une existence heureuse peut aussi être passionnée, profonde et palpitante.
Lorsque, à l’abri de ses livres et de ses théories, elle dissèque l’existence de ses proches, sa thèse semble prometteuse. Mais, quand sa vie personnelle est bouleversée par une rencontre amoureuse qui la pousse à quitter son poste d’ « observatrice », elle se rend vite compte que toutes ses positions intellectuelles ne luis ont pas d’un grand secours.
Avec cet ouvrage à la fois spirituel et désopilant, Rachel Kadish dresse le portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui, bien décidée à ne pas se laisser duper par les clichés romantiques.
Un livre plein de verve et de poésie sur notre quête inlassable du bonheur.

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Publié dans Littérature anglo-saxonne | Tagué , , | 14 Commentaires

Quand La Voix du Nord fait sa pub…

… ça donne un panneau plutôt réjouissant, croisé hier en allant à la médiathèque des Bois Blancs :

Publié dans brizures | Tagué | 1 Commentaire